Peloton
Le peloton dans la montagne | Joel Saget / AFP

Zanatta : « Comme à l’époque Indurain »

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Le directeur sportif de Liquigas Stefano Zanatta croit en son coureur Vincenzo Nibali. S’il doit reprendre du temps à Wiggins, ce sera aujourd’hui et demain. L’Italien nous explique l’état d’esprit du grimpeur sicilien et pourquoi c’est si difficile de contrer une équipe Sky façonnée pour gagner le Tour et seulement le Tour.

Nibali a-t-il perdu une occasion dans la descente de Foix à cause des clous ?
Stefano Zanatta : Non je ne pense pas. L’ascension était difficile. S’il fera quelque chose, c’est dans la montagne. Le problème n’était pas qu’Evans crève. Il n’était pas seul car il y en avait soixante. Par respect pour tout le monde on ne pouvait pas attaquer. Ce n’est pas une occasion de perdue. Notre idée n’était pas d’attaquer là.

Quelle est votre stratégie aujourd’hui ?
SZ : Aujourd’hui, on va voir ce qui se passe. Tout seul il ne fera rien. S’il a les jambes et qu’il y a des attaques dans le Tourmalet, peut-être qu’on ira et qu’on pourra arriver au pied de Peyresourde avec très peu de coureur. Et là il pourra faire la différence. S’il a bagarre et qu’il a les jambes, il ira c’est sûr !

Peut-il gagner le Tour ou veut-il simplement contrôler Evans pour le podium ?
SZ : Vous savez, c’est simple. On vient pour faire la meilleure place possible. Nibali a une grande confiance depuis le début du Tour et il a vu dans La Toussuire que des défaillances étaient possibles chez Wiggins. Il a aussi vu un Froome très fort. Il a la conviction de pouvoir jouer ce Tour jusqu’à samedi. Ça c’est sa mentalité. Après c’est sûr que sa place dans le top 5 est très respectable, surtout dans un Tour avec autant de kilomètres dans les chronos. Pour nous c’est un bon Tour mais il ne perdra pas l’occasion d’améliorer sa position.

Pourquoi c’est impossible d’attaquer le Sky. Il manque des vrais grimpeurs ?
SZ : Sur le Tour, les équipes dominent. Après il n’a pas Contador ou Andy Schleck, deux grands coureurs qui marchent dans la montagne. Ensuite, Gesink, qui est rentré à la maison après une chute, et Samuel Sanchez ont quitté le Tour, c’était aussi des concurrents sérieux dans la montagne. Il n’y a plus de Pantani. C’est comme à l’époque Indurain. S’il n’y a pas de grande attaque… Maintenant il y a beaucoup de coureurs et de courses. Si une grande équipe se prépare seulement pour le Tour, c’est difficile pour les autres coureurs d’être à leur niveau. Sky a choisi cette stratégie et a des coureurs comme Rogers er Porte qui pourraient être des leaders dans beaucoup d’autres équipes. Peut-être qu’à la Vuelta ce sera autre chose. Nous, Nibali marche bien dans la montagne et on verra s’il y a une possibilité de faire quelque chose comme il a fait à La Toussuire. Mais si les Sky mettent un rythme très fort, ce sera difficile d’attaquer. Toutes les années il y a des coureurs différents mais il y aura encore des grands grimpeurs.

Depuis plusieurs années, des équipes écrasent la course…
SZ : Pour le Tour de France, il y a une grosse préparation. L’équipe qui a beaucoup d’argent va recruter plusieurs leaders. Elle va mettre en place des projets de recherches sur la préparation, sur les vélos, le matériel. C’est devenu du très haut niveau. Mais c’est bien pour la mondialisation du cyclisme. En revanche, ce genre d’équipe va perdre un peu sur un Giro qui se déroule plus tôt dans la saison car elle ne pourra pas avoir ses meilleurs coureurs à ce moment-là. C’est le prix à payer pour la globalisation du cyclisme.

Q : C’est un Tour ennuyeux ?
SZ : « Non, ce n’est pas ennuyeux. Peut-être pour vous qui regardez la télé. Les étapes comme celle qu’a gagné Thibaut Pinot avec des belles montées ont été marquées par des attaques entre les leaders. Ils ne se sont pas lâchés mais c’était l’attaque. Dans l’étape de La Toussuire aussi Nibali a essayé dès la Croix de Fer. Ce ne sont que deux ou trois étapes qui font la différence chaque année. Quelque fois il ne se passe rien parce que les grands cols sont trop loin de l’arrivée. Aujourd’hui et demain ce ne sera pas comme ça.