Antonin Rouzier
Impérial au filet, Antonin Rouzier régale sur chacune de ses attaques. - AFP | AFP - DPPI MEDIA - JULIEN CROSNIER

Rouzier, un pointu qui tourne rond

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Après le succès en finale à Sofia contre la Slovénie (3-0), l'attaquant tricolore a, une nouvelle fois, prouvé qu'il est l'un des tauliers de ce groupe en mode "yavbou". Un sage au milieu d'une bande de gosses infernaux. Objectif désormais pour l'Isérois: les JO l'an prochain à Rio !

Désigné MVP de cet Euro en Bulgarie, Antonin Rouzier savoure. Et surtout, du haut de ses 225 sélections, lui qui débuta en équipe de France en 2006, lorsque les Bleus se remettaient tout doucement d’une décennie proche du néant, mesure le chemin parcouru. L’Isérois n’a rien oublié : « J’ai connu trois générations et, avec celle-là, je m’éclate. Je me fais avant tout plaisir sur le terrain. » Difficile de le vivre autrement pour l’un des « vétérans » d’un groupe qui a encore tout l’avenir devant lui, même si cette équipe de France vient de décrocher son premier sacre continental.

Sans Jeux, la déprime

Avec un mental en acier trempé, “Fifou“ est passé par toutes les émotions depuis dix ans sur le plan international. Du très haut aujourd’hui au gouffre en 2012. La non-qualification pour les Jeux de Londres fut un calvaire. Plus qu’un affront, une blessure. Pour lui comme pour ses coéquipiers. La claque absolue. “Après cette élimination, j’étais en état dépressif. Mais je me suis remis en question et ça m’a reboosté pour la suite." La meilleure thérapie fut son parcours en clubs. Après deux saisons à Poitiers, Rouzier opta pour un exil vers l’étranger. D’abord, la Pologne, où il devint meilleur marqueur du championnat local, au Zaksa Kedzierzyn-Kozle, puis l’Italie durant une saison à Piemonte Volley, avant de découvrir la Turquie.

Du haut de ses 2,01 mètres, “Toto“ (son autre surnom) s’est d’abord rodé à Ankara, avant d’atterrir à Arkas Izmir cette saison. « J’étais ravi d’y venir pour bosser avec l’un des plus grands coaches du monde (le Canadien Glenn Hoag). Il me fait progresser et j’en suis heureux », admet un Antonin Rouzier tout en humilité. Très proche de son capitaine chez les Bleus, Benjamin Toniutti, “Fifou“ garde la tête sur les épaules mais, par son expérience et son intelligence, il a su parfaitement s’intégrer au système “Yavbou“. D’autant plus fort que la philosophie du groupe aurait pu en effrayer plus d’un. Lui même l’admet : « C’est assez spécial parce qu’on a vraiment un mode de fonctionnement très cool. Mais, comme ça marche, pourquoi en changer ? »

Fan de Matthew Anderson


Taulier de cette équipe de France, qui n’est pas sans rappeler les “Barjots“ du handball, Rouzier est évidemment un relais idéal sur le terrain pour Laurent Tillie, le sélectionneur. Au filet, le Grenoblois a pris une nouvelle dimension : toujours lucide au moment de frapper, il sait varier son style, au point d’user d’une subtile roulette quand l’action le réclame. Plutôt rare pour un cogneur de sa trempe. Grand admirateur de l’attaquant américain Matthew Anderson (« Il a tous les angles ! »), le gamin de Saint-Egrève, comme tous ses potes, vise désormais les JO de Rio l’an prochain. Comme une revanche. Après avoir bousculé la hiérarchie sportive, les Français tordent aussi le cou au bon ordonnancement d’un sport confidentiel, trop longtemps resté dans l’ombre et à la recherche de stars. « Les autres équipes nous prennent pour des guignols, des fous, mais on a besoin d’être détendus et de rigoler… C’est quand on est bien relâchés que l’on est les meilleurs ! », confesse le numéro 4 tricolore. Le pointu isérois nage en plein bonheur et surfe sur cette vague inédite. Quoi de plus normal pour ce cinéphile, grand adepte du  “Grand Bleu“.

Nicolas Gettliffe