Laurent Tillie, sélectionneur de l'équipe de France de volley
Laurent Tillie, sélectionneur de l'équipe de France de volley | JULIEN CROSNIER / DPPI MEDIA

Laurent Tillie, l'homme providentiel

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Arrivé à la tête de l'équipe de France masculine de volley-ball en 2012, en remplacement de Philippe Blain, Laurent Tillie a accompli en six ans de belle choses avec les Bleus. L'annonce, ce jeudi, de sa prolongation jusqu'en 2020 à son poste de sélectionneur n'est à ce titre pas une surprise. Pour l'ancien joueur de l'AS Cannes, c'est toutefois une nouvelle ère qui s'ouvre. Une ère où après avoir hissé l'équipe de France au sein de l'élite mondiale, il va lui falloir consolider ce nouveau statut.

2015 aura été une année en or pour l’équipe de France de volley-ball. En décrochant leurs deux premiers grands titres internationaux avec la Ligue Mondiale et l’Euro, les Bleus ont en effet atteint un niveau inédit dans leur histoire. Mais ces sacres n'ont été que le résultat d'un travail de longue haleine, mené de main de maître par Laurent Tillie. Ce dernier, au commandes du navire tricolore depuis 2012, a en effet transformé ce collectif pour en faire une équipe avec laquelle il faut désormais compter. Et c'est encore ce qu'il va s'employer à prouver à partir de samedi, lors du Tournoi de qualification olympique de Tokyo.

Le volley-ball, un sport devenu populaire

Aujourd'hui, le volley-ball a pris une toute autre dimension dans l'Hexagone et, si l'équipe de France n'est pas encore connue et reconnue autant que celle de handball par exemple, sa notoriété et sa popularité ont bien grandis ces derniers mois. "Sincèrement, je suis sidéré par le nombre de personnes qui me remercient du plaisir qu’ils ont pris à nous regarder jouer, déclarait il y a quelques semaines Laurent Tillie dans une longue interview accordée au Figaro. Je ne pensais pas que l’on pouvait passer si rapidement du statut d’inconnu à celui de reconnu dans la rue, ce qui m’arrive plus régulièrement. Pourtant, je ne suis ni Claude Onesta, ni Vincent Collet et encore moins le foot. Je crois qu’il y a eu un boum autour de notre équipe, qui a profité d’un été à épisodes. Entre la Ligue Mondiale, l’Euro et le TQO, cela a été comme une bonne série télé à suivre tous les week-ends. Sur le plan sportif, nous étions devenus la série à la mode. Mais cela n’empêche pas que je reste encore surpris par cet élan".

Si la surprise peut effectivement être encore présente, à y regarder de plus près, on se dit que Tillie a fait les choses dans l'ordre pour en arriver là. Après une longue carrière de joueur sous les couleurs notamment de Cannes, du PUC et de l'équipe de France dans les années 1980 et 1990, Tillie a entraîné l'AS Cannes avant de succéder à Philippe Blain à la tête des Bleus. Et son expérience, il la met au service des Bleus. Même si, à 52 ans, il a tendance à penser que son aura d'ancien international s'est quelque peu émoussée. "Je crois qu’ils (ndlr : ses joueurs) ne m’ont jamais vu jouer en fait, confiait-il à nos confrères du Figaro. Sauf si certains savent encore se servir d’un magnétoscope… Après, je pense que ce passé me permet de les comprendre. Même si j’étais un joueur rigoureux, je comprends leur besoin de dégoupiller, de créer, de s’exprimer. Sans être totalement anarchiste, je n’aimais pas trop les habitudes, la routine. Donc je peux comprendre qu’eux aussi puissent parfois en avoir marre de certains exercices et j’essaie de leur accorder la dose de liberté nécessaire. Mon passé de joueur me permet de comprendre leurs états d’âme, donc de savoir quand être rigoureux et quand laisser vivre".

Un vrai esprit d'équipe

Une stratégie manifestement payante au vu des résultats. Mais pour cela, Tillie a du créer un véritable esprit d'équipe. "Quand je suis arrivé, il a fallu que je fasse un renouvellement de joueurs, se souvient le sélectionneur tricolore. Vu les difficultés du groupe que j’avais en face de moi, j’ai rapidement fait confiance à ces jeunes, surtout qu’ils se connaissaient des cadets-juniors, où ils avaient été champions d’Europe. Ils avaient déjà un vécu entre eux. C’était un peu une fratrie. Ils se supportent, dans tous les sens du terme (rires). Ces liens existaient, et on a essayé qu'ils soient ouverts à tous, même aux plus anciens comme Rouzier et Maréchal. On a fait attention à ce que cet état d’esprit se développe et soit sain. Mais il faut toujours faire attention. La première année où j’ai repris l’équipe nationale, 80% de notre temps était consacré au relationnel, 20% au volley. Maintenant, on arrive à 70% volley et 30% le relationnel, la gestion d’équipe."

Un collectif solide et un jeu d'excellente facture ont ainsi permis aux Bleus d'atteindre le niveau auquel ils sont aujourd'hui. Un niveau qu'ils comptent bien honoré et consolidé. Cela passera bien évidemment  un TQO réussi à Tokyo et donc une qualification pour les JO de Rio. Jamais titrée sur la scène olympique, l'équipe de France peut encore franchir un cap. Mais en cas d'échec, Laurent Tillie veut rester positif : "On est arrivé là aujourd’hui parce qu’on avait un objectif. Le premier entraînement, on l’a fait le jour de l’ouverture des JO de Londres. J’aime les symboles. Et je leur avais dit : ‘On s’entraîne pour Rio 2016 ‘. Il faut repartir sur un projet. Il y a plein de challenges et de projets". Cette dynamique positive, Laurent Tillie l'a impulsée avec brio depuis 2012 et devrait poursuivre dans ce sens jusqu'en 2020.

Isabelle Trancoën