Laurent Tillie
Laurent Tillie harangue ses troupes | AFP - MARCO BERTORELLO

Laurent Tillie, l'art de sublimer

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Depuis que Laurent Tillie a été nommé sélectionneur en 2012, l'équipe de France de volley-ball n'a cessé de progresser. Cette réussite s'explique non seulement par la qualité de ses joueurs, qu'il met volontiers en avant, mais aussi par sa faculté à gérer un groupe, à fédérer ses joueurs derrière un projet commun, et d'instiller une certaine philosophie. Les résultats s'en ressentent, et la France qui a déjà remporté la Ligue Mondiale en juillet dernier, peut caresser l'espoir d'un premier sacre continental.

Lorsqu'il succède à Philippe Blain –en poste pendant 11 ans-, Laurent Tillie sait que le défi est de taille. Mais rapidement, celui qui a dirigé l'AS Cannes prend ses marques. Un an après sa prise de fonctions, les premiers résultats pointent le bout de leur nez avec un quart de finale lors de l'Euro 2013, puis les demi-finales du Mondial 2014. Mais les Bleus ont réellement franchi un nouveau palier il y a trois mois, en remportant la Ligue Mondiale. Aujourd'hui, l'Euro tend les bras à cette équipe au sein de laquelle la joie de vivre transcende les qualités sportives.

"Le donnant-donnant"

Qu'est-ce qui fait la donc la réussite de Laurent Tillie ? "Mon rôle est de fixer des objectifs ambitieux et raisonnables. Expliquer par la concertation", résume l'homme de bientôt 52 ans que nous avons contacté par téléphone quelques heures avant Bulgarie-France. Son leitmotiv ? "C'est le donnant-donnant", prône-t-il. A la fois pragmatique et modeste, il estime que le secret de sa réussite est avant tout "d'avoir de bons joueurs, et de disposer d'un staff soudé". "Regardez, tous nos joueurs sont MVP, meilleur passeur, meilleur serveur… C'est toujours plus facile de gagner avec des joueurs de qualité. Il s'agit d'une génération spontanée, et le travail fait le reste", explique-t-il de manière très posée.

L'ancien réceptionneur-attaquant sait aussi qu'il peut compter sur une très bonne ambiance. La plupart des joueurs se connaissant depuis qu'ils ont une quinzaine d'années, Tilllie les compare même à "un vieux couple". "Ils se sont engueulés, mais ont appris à se pardonner. On accepte nos différences. Ils ont surtout un même but, un même objectif", met-il en avant. "Il y a une belle osmose, beaucoup d'humour et du respect", tient-il à ajouter, et il suffit en effet de voir quelques photos publiées sur les réseaux sociaux pour se rendre compte qu'il fait bon vivre au sein de cette équipe.

 

"On ne lâc​he jamais"

Garant de ce bon état d'esprit, Tillie veille à ce que celui-ci perdure, notamment au niveau des égos. Même si le phénomène est moins exacerbé que dans le football par exemple, la gestion des égos reste aussi difficile à gérer dans le volley. "Les joueurs restent au service de l'équipe, c'est à nous de bien les orienter", explique-t-il le plus simplement du monde.

Et si les Français présentent de grandes qualités en-dehors du terrain, ils possèdent aussi un mental à toute épreuve sur le terrain. "Ce qui est intéressant c'est que l'on ne lâche jamais. On a cette faculté de toujours y croire", analyse Tillie. Le récent succès contre l'Italie (3-2), alors que son équipe était menée 2 sets à 0 devant un public tout acquis à la cause des Italiens, en est un parfait exemple.

"Je ne suis pas un politique"

Quant aux qualités sportives proprement dites, le patron des Tricolores reste mesuré. "On n'est pas les plus grands, ni les plus physiques. On a un bon équilibre entre la réception et la défense, et on a surtout beaucoup travaillé le service. Mais l'un des gros points forts de notre équipe est qu'elle sait s'adapter au jeu", ajoute-t-il.

Lorsqu'on l'interroge sur la possibilité de voir la France privée de JO, alors qu'elle a remporté la Ligue Mondiale et qu'elle va éventuellement remporter l'Euro, Tillie se montre moins loquace. "Les règles ont changé, il y a une répartition différente", résume-t-il l'air impuissant. "Il faut demander à la FIVB, car je ne suis pas un politique. Mon travail, c'est sur le terrain !", rappelle-t-il volontiers. "On nous a attribués la 9e place d'une compétition que l'on avait gagnée. Je trouve que c'est une certaine injustice sportive", précise-t-il tout de même.

"Responsables du volley français"

Comme le hand, le volley souffre toujours d'un manque de reconnaissance auprès du grand public. Encore très peu médiatisé, le volley pourrait néanmoins surfer sur la vague du succès de son équipe de France, véritable vitrine de ce sport qui mérite sans doute une meilleure exposition. "Ca évolue gentiment, reconnaît Tillie. Les résultats de l'équipe aident, et il faut aussi souligner que la Fédération française de volley communique plus. Les joueurs n'ont pas peur de parler… Ils se sont pris au jeu, je leur avais dit lors de mon premier brief: 'Nous sommes tous responsables du volley français'", raconte le sélectionneur. 

Samedi, les Bleus retrouvent la Bulgarie en demi-finale de l'Euro. A l'heure d'offrir un premier sacre continental à la France, le natif d'Alger reste prudent. "Nous affrontons une redoutable équipe de Bulgarie. Elle est notamment très solide au bloc, et possède de bons attaquants. Elle a d'ailleurs modifié le jeu qu'elle avait il y a deux mois. Je m'attends à un très gros match, surtout que les Bulgares vont jouer chez eux devant près de 15 000 spectateurs."

Le TQO en ligne d​e mire

Tillie se souvient aussi qu'il y a quatre ans, cette même équipe slave avait barré la route des Tricolores pour les JO de Londres. "Samedi, on verra si on a fait des progrès", glisse-t-il alors malicieusement. Sitôt l'Euro terminé, l'équipe de France va devoir se tourner rapidement vers le Tournoi de Qualification Olympique, un rendez-vous majeur. "En janvier, nous avons un gros tournoi, avec des grosses équipes telles que la Russie ou la Bulgarie… La compétition sera plus relevée qu'un Championnat d'Europe", prévient-il, déjà impatient d'y être.

A noter : en cas de victoire des Bleus sur la Bulgarie samedi, la finale de ce Championnat d'Europe de volley-ball masculin sera diffusée dimanche sur France 4 et Francetvsport à partir de 19h35.

Romain Bonte

Championnat d'Europe de volley