Vendée Globe : Pourquoi cette édition 2020 sera unique

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Alan Roura, à l'entraînement pour le Vendée Globe

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Le départ du Vendée Globe sera donné ce dimanche aux Sables d'Olonne. Cette édition 2020 s'annonce très particulière, en raison du contexte sanitaire évidemment, mais pas seulement.

Parce que le protocole sanitaire aseptise le départ

D’ordinaire, le Vendée Globe est une immense fête populaire. Sur l’édition 2016, environ 2,25 millions de visiteurs étaient présents (1,5 million au départ et 750 000 lors des arrivées). Cette fois, il n’y a pas eu de village. En 2016, 300 000 et 350 000 personnes s’étaient massées pour faire leurs adieux aux 29 skippers engagés, dans une ambiance festive faite de hourras et de sons de cornes de brume. Cette fois, il n’y aura que les équipages, le staff, et le silence protocolaire d’une arrivée de ministre. "Cela évitera peut-être ces instants pénibles qui épuisent les marins avec ce trop plein d’émotion", a fait remarquer au Monde une épouse d’un ancien concurrent du Vendée Globe. 

Cette neuvième édition avait d’abord été limitée initialement à une jauge de 5000 visiteurs sur le village, et à 9000 personnes le long du chenal le jour du départ. Des mesures tombées à l’eau avec l’annonce du nouveau confinement. 

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Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le préfet de Vendée a décrété mercredi un couvre-feu de 7h30 à 11h dimanche, c’est-à-dire le créneau-même du départ de la course. Les autorités ont ainsi anticipé les promenades opportunes des riverains dans la zone du départ, car rien ne les empêchait d’utiliser leur attestation dérogatoire pour s’y rendre. Une présence importante des forces de l'ordre est prévue selon le communiqué de la préfecture. 

En 2016, les retombées économiques avaient été estimées à 35 millions d’euros par les organisateurs. Yves Auvinet, président de la SAEM et président du Conseil départemental de la Vendée, s’attend à des pertes économiques, sans pour autant s’aventurer sur le terrain des prédictions : “Laissons passer un peu de temps et nous verrons à la fin” a-t-il déclaré à l’AFP. 

Parce que les bateaux vont voler cette année 

L’innovation technologique sera au cœur de cette édition, peut-être plus encore que les précédentes. Sur la ligne de départ, il y aura huit "foils", ces bateaux nouvelle génération capables de “voler” sur l’eau. 

Comment le font-ils ? Grâce à des appendices latéraux - précisément, les dits “foils” - qui élèvent la coque au-dessus de l’eau. Grâce à cette diminution de la résistance, ces navires peuvent atteindre des pointes de 38 nœuds, soit 70 km/h. Soit, d’après le site du Vendée-Globe, jusqu’à 10 nœuds de plus que les meilleurs navires de l’édition 2016. 

Vendée Globe : Pourquoi cette édition 2020 sera unique
© AFP

Pourtant, les navires étaient déjà dotés de sortes de "foils" il y a quatre ans. Mais il s’agissait des "prémices du ‘foil" d’après Vincent Lauriot-Prévost, concepteur de 12 des 33 bateaux qui prendront le départ dimanche aux Sables d'Olonne. "Ils étaient rajoutés après la conception. Ils pesaient une centaine de kilos. Aujourd'hui, c'est trois fois plus pour une envergure deux fois et demi plus importante. Ils sont donc capables de faire voler le bateau alors qu'avant c'était un petit effet de turbo supplémentaire", explique-t-il à l’AFP. 
D’après lui, la victoire se jouera sûrement en dessous des 70 jours, soit 5% de performance en plus par rapport à la dernière édition, gagnée en 74 jours.

Parce que les femmes seront plus présentes cette année 

Depuis sa première édition en 1989, sept femmes au total ont participé au Vendée Globe. Sur la seule édition 2020, elles seront six. Pour les organisateurs, il s’agissait de rattraper le fiasco de 2016, édition entièrement masculine... A l’époque, seule une navigatrice espagnole, Anna Corbella, s'était pré-inscrite. Mais en raison d’un budget insuffisant, elle avait jeté l’éponge. Et laissé partir la course sans une seule navigatrice. 

Isabelle Joschke (MACSF), Miranda Merron (Campagne de France), Pip Hare (Medallia) Clarisse Crémer (Banque Populaire X), Samantha Davies (Initiatives-Cœur), Alexia Barrier (TSE 4myplanet) seront les six concurrentes à prendre le départ aux Sables d’Olonne. "C’est encourageant pour les femmes qui souhaitent aussi un jour faire le Vendée Globe ou en tout cas mener de grands projets, qui, dans l’esprit de certains, ne sont pas faits pour les femmes"se réjouit pour le Télégramme Alexia Barnier, l’une d’entre elles. 

Vendée Globe : Pourquoi cette édition 2020 sera unique
© AFP

De son côté, Isabelle Joschke, concurrente cette année et militante pour l’égalité hommes-femmes dans le sport chez Horizon mixité, nuance pour LCI : "Finalement, ce serait très choquant de voir un Vendée Globe où il n'y aurait pas d'hommes, mais c'est moins choquant de voir un Vendée Globe où il y a moins de femmes parce que, de manière générale, on est sous-représentées. Certes, on est six mais, en 2020, on devrait être beaucoup plus nombreuses". 

...tout comme les étrangers 

La féminisation de la course n’est pas la seule dynamique de cette édition : les skippers étrangers sont, également, plus nombreux en 2020 que lors des huit précédents opus du Vendée Globe. Ils sont sept cette année, là où, en 1989, les 33 participants étaient Français. L’Everest des mers a longtemps été boudé par les navigateurs étrangers. 

"L'exercice de la course au large en solitaire a longtemps été un exercice franco-français. Les pays anglo-saxons, qui sont de grands pays de voile, nous regardent encore un peu de travers mais les Ellen MacArthur, Mike Golding ou Alex Thomson ont permis d'internationaliser la course", note Michel Desjoyeaux.

Si 2020 constitue une nouvelle référence en la matière pour le Vendée Globe, certains estiment que l’internationalisation a tout de même du mal à se faire. Dans Ouest-France, la skipper britannique Halvard Melbire estime que le Vendée Globe "n'a pas réussi à s'exporter en termes de communication". Elle poursuit : "(...) Il n'y a pas de fait concret. Les étrangers qui veulent faire la course s’installent en France. Seuls Alex Thomson et Hugo Boss résistent, parce qu’ils en ont les moyens. Il y a de sérieuses questions à se poser. C’est comme si pour faire le Tour de France de cyclisme, les équipes devaient s’installer deux ans auparavant en France et ne s’entraîner qu’en France…"

Huit autres sont représentées sur cette édition, dont deux pour la première fois : l’Allemagne et la Finlande. On verra également un Italien, un Suisse, un Japonais, quatre Britanniques, un Espagnol, une Franco-Allemande et un Franco-Australien.