François Gabart : "Jean Le Cam est impressionnant", après une semaine de course, notre consultant dresse un premier bilan

Publié le , modifié le

Auteur·e : Vincent Daheron
François Gabart
François Gabart lors de la Brest Atlantiques 2019. | Wanaii Films

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Après six jours de course, notre consultant et ancien vainqueur François Gabart dresse un premier bilan du Vendée Globe 2020. Une semaine marquée par des conditions difficiles, à cause notamment de la dépression tropicale Thêta, et des performances remarquables du doyen de la course Jean Le Cam, toujours premier.

Quel est votre regard sur cette première semaine de Vendée Globe ?
François Gabart : "Un Vendée Globe fidèle à lui-même, surprenant comme toujours, il n’y en pas un qui se ressemble. Un bon début de course avec pas mal de choses qui se sont passées, c’était très dense. Ce n’est jamais facile un départ de Vendée Globe mais on a quand même eu une semaine assez dure pour tous les marins. Il y avait des conditions pas forcément compliquées pour les premières heures mais assez techniques les premiers jours voire un peu violentes en forces de vent et l’état de la mer, que ce soit hier ou dans la nuit de mardi à mercredi. Deux retours aux Sables d’Olonne avec Fabrice Amedeo qui est reparti, Jérémie Beyou devrait, lui, arriver dans la journée. Pour le moment, pas d’abandon à déplorer, ce qui est plutôt une très bonne chose au vu de la situation de course et des conditions difficiles."

Les premiers jours ont été très agités, encore cette nuit avec la dépression tropicale Thêta, ça permet de se mettre très vite dans le bain, sans round d’observation ?
FG : "C’est sûr qu’on est vite dans le vif du sujet. Régulièrement, ça arrive dès le départ, le golfe de Gascogne et la côte vendéenne au mois de novembre sont souvent ventés. Parfois, cette mise en action arrive quelques minutes ou quelques heures après le départ. Là, il y a eu un petit décalage mais en effet les marins sont bien dans leur course, ils ont déjà bien tiré sur la machine ou le bonhomme. Sans trop d’hésitation parce qu’il n’y a pas vraiment le choix. Il y avait forcément des trajectoires qui pouvaient être un peu plus faciles mais à un moment donné, il fallait y aller."

On a déjà vu des skippeurs bien fatigués, je pense aux déclarations de Clarisse Crémer notamment. Est-ce que ces efforts vont se payer plus tard dans la course ?
FG : "Oui forcément, la fatigue accumulée sur ces premiers jours, on va la traîner jusqu’à la fin même si, et je l’espère, dans les jours qui viennent je leur souhaite d’avoir un alizé stable, de recharger les batteries et réparer les bateaux s’il y a des petits problèmes à droite à gauche. Ce serait étonnant qu’il n’y en ait pas. Après, pour évoquer Clarisse (Crémer), qui est sur mon ancien bateau, elle dit en effet qu’elle est fatiguée mais quand je vois les vidéos, elle a l’air d’être en forme et elle montre  de la lucidité par sa trajectoire. Elle a pris pas mal de précautions avec le passage de Thêta ces dernières heures mais je trouve qu’elle fait un bon début de course."

"Est-ce que Charal est bien positionné pour jouer la gagne ? Evidemment non."

Jérémie Beyou devrait arriver aux Sables d’Olonne vers 12h30 ce samedi, ses chances de victoire dans le Vendée Globe sont définitivement terminées ?
FG : "Il ne faut jamais dire jamais. Au moment où on parle, on ne connaît pas les dégâts réels sur le bateau, je ne sais pas quand pourra repartir le bateau. Même s’il partait quelques heures après son retour, ça parait difficile. L’histoire du Vendée Globe montre qu’il y a eu des écarts conséquents entre les premiers, pas forcément les deux dernières éditions mais en 2008 je crois qu’il y a une dizaine de jours entre le premier et le deuxième (cinq jours en réalité entre Michel Desjoyeaux et Armel Le Cléac'h). La course va être longue. Est-ce que Charal est bien positionné pour jouer la gagne ? Evidemment non. C’était un archifavori mais je ne crois pas qu’aujourd’hui ce le soit encore avec ce retard au départ.

Le bateau Charal de Jérémie Beyou
Le bateau Charal de Jérémie Beyou © AFP

Néanmoins, il fait partie des bons bateaux et clairement des excellents marins. S’il repart, je n’ai aucun doute qu’il pourra revenir sur la flotte voire qu’il pourra jouer les premières places. La gagne, ça paraît compliqué à part un enchaînement météo exceptionnel et probablement, ce que je ne souhaite pas, de la casse parmi les autres bateaux. Par contre, aller chercher un top 10, c’est très possible. Je pense qu’on en saura beaucoup plus à l’arrivée du bateau, quand on verra les images et l’état d’esprit de Jérémie (Beyou). Il était venu là uniquement pour gagner donc comment il est prêt à naviguer, pour faire un beau tour du monde ou rentrer dans les dix premiers, ça je ne le sais pas."

Est-ce que la date de fermeture de la ligne de départ le 18 novembre peut être une inquiétude pour Jérémie Beyou ?
FG : "Encore une fois on ne sait pas les problèmes sur le bateau. A priori, en quatre jours, sauf à devoir refaire une grosse partie du bateau ou s’il y a de gros problèmes sur les foils ou les safrans, mais selon les informations qu’on a, ce n’est pas le cas. En théorie, ça doit être possible."

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Alex Thomson est désormais le favori naturel de ce Vendée Globe sans Jérémie Beyou ?
FG : "Ce sont deux projets, deux marins qui sont là pour gagner et pas simplement pour faire un podium. Parmi ceux qui peuvent compter dans les favoris, Charlie Dalin, Thomas Ruyant, ce sont des bateaux pour essayer de gagner mais qui seraient heureux de terminer sur le podium. Ce qui n’est probablement pas le cas d’Alex (Thomson) et Jérémie (Beyou). Pour revenir à Alex (Thomson), il est extrêmement bien placé ce matin. Il a eu une trajectoire très tendue sur la dépression Thêta qui était clairement la meilleure route en terme de performance. Par contre, il a dû naviguer dans des conditions très, très fortes. Est-ce qu’il est passé sans encombre au milieu de tout ça ? On ne sait pas. C’est un pari audacieux qui montre l’état d’esprit d’Alex (Thomson). Il y avait moyen d’attaquer et de créer l’écart, il n’a pas hésité. Il est très nettement devant, c’est un joli coup de sa part."

"Jean Le Cam fait un très, très bon début de course. Il est impressionnant"

Êtes-vous impressionné par le Vendée Globe de Jean Le Cam ?
FG : "Il fait un très, très bon début de course. Il est impressionnant, je pense qu’il nous impressionne tous. Tout le monde a beaucoup d’admiration pour Jean (Le Cam) et tout ce qu’il a fait, pour ses excellentes qualités de marin. Personne ne peut douter de ça. Néanmoins, avoir sur cette course et ce bateau une trajectoire aussi propre, c’est remarquable, c’est magnifique et c’est à saluer. Il a une trajectoire limpide, adaptée à son bateau et à sa façon de naviguer depuis le départ, on voit qu’il ne doute pas. Pour le moment, ça fonctionne extrêmement bien. Comme Alex (Thomson), il n’a pas hésité à aller très proche de cette dépression, ce qui lui permet ce matin d’être le plus décalé au sud-est. Il a pris des risques. C’est assez fabuleux, assez remarquable et ça montre ce qui est génial dans le Vendée Globe, des hommes et des femmes qui excellent dans ce qu’ils font, de 25 à 65 ans. On a une belle diversité de marins, de bateaux et c’est pour moi la beauté du Vendée Globe."

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Jean Le Cam et Benjamin Dutreux sont tous les deux dans le top 3 alors qu’ils n’ont pas de foils. La différence entre les bateaux est-elle finalement moins importante ou les bateaux avec des foils vont créer l’écart ensuite ?
FG : "Je fais partie de ceux qui croient profondément aux foils et en leur performance et je n'ai pas trop de doute même en regardant le classement de ce matin, que les foils seront rapidement devant dans les jours qui viennent. Là, il y a eu des circonstances et aussi de très bons marins comme Jean Le Cam ou Benjamin Dutreux qui font qu’ils sont dans les premiers. Le Vendée Globe est une course très longue, quelque part ce n’est pas dès la première semaine qu’on peut juger du résultat. On a eu un départ très technique mais assez peu de moment pour faire parler la vitesse des bateaux. Les bateaux qui ont déjà bien vécus peuvent aussi naviguer de façon un peu plus incisive. Au bout d’une semaine de course, les bateaux qui ont eu des problèmes sérieux, ce sont Charal et l’Occitane en Provence, alors qu’ils font partie des bateaux les plus récents et les plus rapides. S’ils n’ont pas de gros problèmes, ils seront devant."

Quels sont les moments importants à venir pour les marins ?
FG : "Il va falloir qu’ils arrivent à aller chercher les alizés avec certainement une transition dans les heures qui viennent, un empannage à réaliser. Ils vont avoir des vents assez faibles dans les heures et les jours qui viennent pour enfin aller chercher l’alizé qui sera assez faible jusque lundi matin. On leur souhaite d’avoir quelques jours de répit. Et ensuite, il y aura le Pot au noir qui est toujours une zone difficile à prévoir pour les marins et qui devrait être atteint mercredi."

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