Arnaud Boissières, la voile oui mais les copains d'abord pour Cali !

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Auteur·e : Eric Cintas
Arnaud Boissières photo 1
Arnaud Boissières à quai au bout du chenal des Sables-d'Olonne | Sillages communication

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Arnaud Boissières sur La Mie Câline Artisans Artipôle, va entamer son quatrième tour du monde. Le marin Arcachonnais n’en est donc pas à son premier coup d’essai. Un personnage attachant, avec ses valeurs, sur l’Océan un des derniers poètes pas encore disparus qui prend souvent ce qui lui arrive au second degré. Mais il revendique un attachement sans failles à son groupe de potes du Bassin d’Arcachon, tous dans le milieu de la voile, Yannick Bestaven en tête. Arnaud est aussi l’idole des Sablais, il joue presque à domicile. S’entretenir avec lui la veille du départ est un régal.

Arnaud d’où vient d’abord ce surnom de Cali, dont tout le monde vous affuble sur les pontons de France et de Navarre ?
Arnaud Boissières : "Ça vient de Calimero, ce pauvre petit poussin triste, charmant mais malchanceux, avec sa phrase culte 'c’est trop injuste'. Quand j’étais gamin je faisais plein de bêtises, j’étais aussi un peu le Gaston Lagaffe de mon groupe de copains sur le Bassin d’Arcachon. Il m’arrivait plein de trucs, et il y a aussi ma coupe de cheveu de l’époque qui y est pour quelque chose... Bon après le surnom m’est resté, même si j’ai changé de coiffeur."

Parmi ces copains, il y a Yannick Bestaven qui partira lui aussi sur ce Vendée Globe à bord de Maître Coq. Cette course ne sera pas comme les autres pour vous deux ?
AB : "Se retrouver ensemble au départ de la course, c’est absolument génial. On s’est connu à l’âge de 15 ans, on était tous les deux moniteurs de voile, on était des adolescents avec la vie devant nous, lui était plus kayak et planche, moi j’étais déjà formaté dériveur. Il habitait au fond du bassin, à Andernos, moi à Arcachon, on dormait sur les bateaux des parents de chacun, on faisait nos virées ensemble. Avec toute une bande que j’aime citer. Il y a Jean Marie Dauris, qui a fait les JO et la coupe de l’America, il est le chef de projet de Yannick. Il y a aussi Romaric Neyhousser l’architecte de Lalou Roucayrol. Brice qui est scellier et Gilles qui travaille dans une voilerie, Lulu qui est à la Rochelle dans la maintenance de bateaux. On est tous dans le même milieu. Cette  bande, on était cul et chemise, on l’est toujours d’ailleurs. Mais c’est vraiment Yannick et moi qui avons fait du large."

Arnaud Boissières et Yannick Bestaven - Mini 2001
Arnaud Boissières et Yannick Bestaven - Mini 2001 © Sillages communication

Yannick et vous, vous allez communiquer ensemble ? Vous avez des rituels tous les deux ?
AB :
"Dans un premier temps après le départ, on ne va communiquer avec personne. Dans le confinement, on s’appelle tous les deux jours pour se parler entre amis, on ne parle pas préparation, mais de la vie.  Je suis super content qu’il puisse partir avec un meilleur projet que le mien. Yannick a des valeurs que je n’ai pas. 
En 2008 lors de mon premier Vendée, il démâte dans le Golfe de Gascogne lors de la première nuit de course. A mon arrivée trois mois plus tard, il m’avait dit qu’il ne se remettrait de ça que si j’arrivais. J’ai coupé la ligne et on a fait la fête toute la nuit chez Ruchaud, il avait besoin de vivre ça, on a pleuré tous les deux… 
Pour cette édition j’espère qu’il m’attendra, ça veut que dire que j’arriverai, il peut faire un super résultat, franchement il le mérite, j’aimerais qu’il arrive devant moi mais quand même pas trop loin devant moi. 
Ça me rappelle 2001 sur la Mini transat, avec Yannick on avait construit deux bateaux identiques en proto , les mini Aquarelle, et on avait tiré au sort pour savoir qui prendrait lequel. Yannick a gagné avec le 304 et je finis 3e avec le 303.

Pour cette édition, le scénario est prévu pour l’après Vendée. On va aller au Bikini à Pereire, près du Moulleau, là où habitent mes parents. Mathieu le patron va nous préparer la fête. On va se baigner, faire la fête, bien manger et on refera le Vendée avec Bernard mon Papa. A 79 ans, je sais qu’il sera là, même pendant la course, il a toujours été proche de moi, et il me laissait déjà un peu prendre la barre à bord de l’Edel 4 familial quand j’étais môme. Et puis Maman me prépare aussi du canard, des lentilles maison et des saucisses en petits bocaux. Je ne pourrais pas partir sans cela."

Arnaud Boissières à la barre du bateau de son père
Arnaud Boissières à la barre du bateau de son père © Arnaud Boissières

L’image plutôt fun qu’on a de vous, c’est cette arrivée en 2013 avec le smoking, très classe... Ça signifiait quoi ? 
AB : "Ça voulait dire qu’on peut faire 8e d’une course comme le Vendée globe et vivre cela comme une victoire, c’était aussi suite à mes septièmes places dans la Route du Rhum ou dans la transat Jacques-Vabre. Le chiffre 7 était un symbole, et mon partenaire de l’époque m’avait demandé cela. C’est bien parfois de prendre les choses au second degré dans la vie."

Vous adorez lire aussi, vous avez parcouru de long en large Le Petit Prince de Saint- Exupéry, Into the Wild, et vous allez vous attaquer à Magellan de Stefan Zweig. L’appel du large existe dans vos choix de lecture ? 
AB : "J’aime  bien les aventuriers, oui. J’ai lu beaucoup quand j’étais gamin, notamment Henri de Monfreid, qui a mis en scène sa vie aventureuse centrée sur la Mer Rouge avec son bateau à voile. J’aime lire en mer, on a le temps sur un Vendée Globe mais pas sur une Transat, Le Petit Prince je l’ai lu plusieurs fois. 
On a besoin de sortir de nos machines que sont nos bateaux, lire une ou deux pages ça te permet de te projeter, de vivre autre chose, de rêver même. Et après tu reviens à tes manœuvres sur le bateau, ton quotidien. En fait on est tous un peu des poètes chacun le vit différemment et l’exprime différemment. Quand tu es en mer tout seul pendant trois mois il y a un moment avec de la fantaisie ou de la poésie, même si un un gars comme Alex Thompson l’exprime sans doute différemment de moi."

Vous avez des idoles ?
AB : "Tabarly c’était l’idole des foules, si on est là aujourd’hui, la voile moderne lui doit beaucoup. Et Titouan Lamazou, c’était mon héros. Petit je disais « je veux faire Lamazou », je lui vouais une passion sans borne. Lors de la première édition quand j’étais atteint d’une leucémie, le Vendée globe faisait partie de mon quotidien et m’a toujours aidé à voir le bon côté des choses, c’était une idée de mon père de m’emmener aux Sables-d’Olonne et c’était mon moyen à moi de combattre la maladie. C’est vrai j’en parle peu. 
Et puis la semaine dernière, Yves Parlier est passé nous voir aussi sur les pontons, si j’en suis là c’est en partie grâce à lui aussi, il m’a emmené sur Cacolac d’Aquitaine d’abord puis sur Aquitaine Innovations où j’ai fait mes premières armes."

Arnaud Boissières en équilibre sur son monocoque
Arnaud Boissières en équilibre sur son monocoque © Christophe Favreau

Alors maintenant c’est Arnaud l’idole des jeunes ? Vous avez beaucoup de succès ici avec votre côté rock’n’roll ?
AB : "C’est gentil, mais le but pour moi n’est pas d’être une idole mais de faire rêver et surtout de transmettre ma passion car je trouve que le partage, c’est important. Je serais heureux d’arriver, en smoking sans doute pas, mais je prépare une surprise, j’ai le temps d’y penser d’ici là."

Eric Cintas CintasEric