Thibaut Vauchel-Camus, un marin privé de mer mais toujours solidaire

Publié le , modifié le

Auteur·e : Eric Cintas
Le trimaran "Solidaires en Peloton - Arsep"
Le trimaran "Solidaires en Peloton - Arsep" | OLIVIER BLANCHET / DPPI via AFP

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Thibaut Vauchel-Camus, le navigateur guadeloupéen, skipper de "Solidaires en peloton-Arsep" est confiné près de Saint-Malo et donc privé de navigation. En bon marin, il veille à la santé des siens et de son bateau. Mais il se montre aussi solidaire envers tous les malades.

L’homme presque seul face à la mer

Thibaut vit à Port Mer, dans la commune de Cancale, tout près de la pointe du Grouin. Le paysage est sauvage et reposant, juste envahi tous les quatre ans, car c’est le lieu de la ligne de départ de la Route du Rhum destination Guadeloupe. Il partage son emploi du temps entre sa maison et son chantier pour y associer boulot et courses pour la famille. Mais cette période de confinement est particulière : "Il n'y a personne sur le littoral, tout est barrièré à Saint-Malo, aucune empreinte de pas sur la plage. Intra-muros, même si je n’ai rien à y faire en ce moment, c’est vide."

A la pointe du Grouin c’est aussi vide qu’un lendemain de départ de Route du Rhum, mais je ne suis jamais là pour le voir...

La pointe du Grouin, splendide et sauvage à la fois
La pointe du Grouin, splendide et sauvage à la fois © STICHELBAUT Benoit / hemis.fr / Hemis via AFP

Thibaut n’est pas le plus à plaindre, car dans un rayon d’un kilomètre il peut accéder au littoral. "J’essaie d’alterner courses en extérieur, 10/12 km, en sentier ou sur le plat. Je fais des séances de gainage, de renforcement musculaire et de proprioception chez moi avec quelques agrès. Je préférerais être sur mon paddle, mais c’est un moindre mal."

Stand by et chantier

L’engagement, Thibaut en connaît un peu la définition et la saveur particulière, quand il va défier les océans sur son trimaran bleu. On dit souvent que l’homme et la machine ne font qu’un. En effet, le multicoque 50 pieds "Solidaires en peloton-Arsep" de Thibaut est au repos forcé comme le marin, en attendant des jours meilleurs. "Doucement le matin, pas très vite l’après-midi et on récupère le soir. Plus sérieusement, je profite d’Angélique ma chérie et de ma petite fille Tonie."

Je joue un peu à Virtual Regatta dans la catégorie des Ultimes pour croire que nous faisons de la voile, mais je prépare aussi la sortie du confinement.

L’impatience pointe un peu dans les propos du navigateur. Dans le calendrier, l’objectif de l’année reste la Transat Québec Saint-Malo, mi-Juillet, dont Thibaut est un des favoris. Des interrogations subsistent en fonction des contraintes sur le continent américain, un peu en décalé sur la gestion de la crise du Covid-19.

En attendant la remise à l’eau, les sorties d’entraînement et la course, le bel oiseau bleu est en chantier dans la cité corsaire. Tout a été mis en place par Sea U, la société de Thibaut. "Laurent, mon préparateur est à plein temps. Un prestataire passe une fois par semaine pour livrer du matériel.  Après la peinture, il doit s’occuper de remonter tous les accessoires qui avaient été démontés pour la révision hivernale du bateau. Comme on ne peut pas faire de télétravail en mettant un bateau dans son jardin, le chantier est ouvert, on est conforme aux règles d'exception."

Laurent Gourmelon le préparateur en mode confinement peinture
Laurent Gourmelon le préparateur en mode confinement peinture © Astrid van den Hove 

Le marin engagé

Thibaut n’aime pas rester sans rien faire. Souvent il pense aux malades de la sclérose en plaques qui embarquent sur son bateau. Il leur apporte un peu de bonheur, l’espace d’une heure ou deux. Cette action solidaire s’inscrit dans son quotidien, avec tous les partenaires de son projet : "Mine de rien, c’est assez frustrant de ne pas pouvoir apporter quelque chose aux autres. J’ai donc fait un geste civique en répondant à un appel de l’AFS (Agence française du sang)."

Le don du sang, je le faisais régulièrement, et là comme j’ai un peu le temps, c’est une façon intelligente de me rendre utile.

Même si ce n’est pas en lien direct avec les personnes touchées par le Coronavirus, les transfusions sanguines sont vitales dans d’autres pathologies graves. Dans cette période difficile, Thibaut met aussi en garde contre le trop plein d’informations des réseaux sociaux. "Il me semble très important que tout le monde se protège des nouvelles dont nous sommes inondés sur internet et les réseaux sociaux. Elles sont souvent imprécises et fausses. Il y a tellement d’émotions dans cette situation exceptionnelle qu’il peut vite y avoir une perte de rationalité surtout avec les phénomènes de buzz et de fake news."

Thibaut vient de donner son sang à Saint-Malo
Thibaut vient de donner son sang à Saint-Malo © Astrid van den Hove

Le projet "Solidaires En Peloton" trouve aussi toute sa valeur dans les actions d’un partenaire de Thibaut, le transporteur Delanchy. Celui-ci permet grâce à des camions, de sauver une partie du travail des producteurs alimentaires afin de nourrir les Français. Sans oublier les scientifiques. "Je voudrais saluer les chercheurs SEP de l’Inserm de Caen, mobilisés afin de trouver un vaccin contre le Covid-19 et dans la gestion des patients à l’hôpital". Sans oublier son ami Gwen Roth, docteur à Saint-Malo, qui a créé un centre de consultation Covid-19, pour éviter que les gens aillent engorger les hôpitaux et les cabinets médicaux.

La Guadeloupe au cœur

Thibaut a passé une grande partie de son enfance en Guadeloupe. Il n’est pas insensible à ce qui se passe sur son île de cœur. Une partie de sa famille est encore là-bas, dont sa sœur, guide touristique. "Elle me disait que des communes ont instauré le couvre-feu (Ndlr : il a été généralisé depuis) et que l’hôpital de Pointe-à-Pitre continue de faire son travail dans des conditions de guerre. Tout est loin d’être reconstruit depuis l’incendie de mars 2018. Et plus grave il y a des coupures d’eau, toujours liées au problème du réseau vétuste. "Ça complique vraiment les choses et j’aimerais tant qu’on s’en sorte, surtout pour les gens qui ont des pathologies graves. Heureusement mes proches vont bien."

Quel avenir pour la course au large ?

Thibaut à bord de son trimaran
Thibaut à bord de son trimaran © Pierrick Contin

Thibaut Vauchel-Camus, reste résolument optimiste. Un caractère sans doute forgé par la dureté des éléments naturels qu’il affronte souvent. Face à cette crise, il trouve les mots justes.

On pense que ça n’arrive qu’aux autres, mais ce n’est pas vrai.

Le Vendée Globe doit partir en novembre 2020, Thibaut n’en sera pas, la course est réservée aux bateaux Imoca 60 pieds. Lui pense à la prochaine Route du Rhum qui aura lieu en 2022. Mais le problème persiste : "On attend que toutes les professions liées à nos bateaux soient en capacité de travailler normalement. Comment allons-nous réussir à passer cette crise si on n’a pas les rentrées d’argent prévues par nos sponsors? Les collectivités auront besoin redonner du dynamisme avec la volonté de maintenir les événements. Dans l’intérêt de tous, ce serait inopportun de priver les gens de se retrouver." Le marin qu’il est, s’il reste pour le moment privé de mer, démontre que naviguer en solitaire sur l’eau n’empêche pas d’être solidaire sur terre.

Eric Cintas CintasEric