Franck Cammas
Franck Cammas figurera encore parmi les favoris | AFP / Cyril Folliot

Avis de grand vent !

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Les passionnés de mer vont de nouveau vibrer. La traditionnelle et quadriennale Route du rhum s'élancera le 31 octobre de Saint-Malo pour rallier Pointe-à-Pitre, soit 3542 milles (6.500 km) à parcourir. La course, regroupant multicoques et monocoques, ainsi que les bateaux de la classe Rhum inférieurs à 60 pieds, profite des tempêtes automnales dont le Golfe de Gascogne n'est jamais avare, et on accroche les alizés pour filer vers les Antilles.

Difficile de dégager un favori pour cette 9e édition puisque les marins les plus performants seront au départ parmi les 82 skippers composant la flotte: Franck Cammas, Thomas Coville, Francis Joyon, Lionel Lemonchoix, Kito de Pavant, Marc Guillemot, Roland Jourdain, ou encore Michel Desjoyeaux. Événement sportif et maritime, la Route du Rhum-La Banque Postale compte aussi parmi les manifestations les plus populaires. Depuis sa première édition en 1978,  la magie de cette transatlantique opère aux portes de Saint-Malo. Tous les quatre ans, la cité corsaire ouvre en grand le porte de l'imaginaire marin et offre au public une formidable invitation: celle de l'évasion et de l'émerveillement devant le rêve d'absolu de navigateurs solitaires.

A travers la participation de maxi multicoques aux dimensions inouïes et des séries les plus en vue (Imoca, Class 40), cette épreuve est devenue le témoin des avancées architecturales et technologiques de la voile de compétition. Côte skippers aussi, la diversité et le mélange de genres sont toujours de mise. Tous les quatre ans, des marins venus de tous horizons se rassemblent pour goûter à la magie du Rhum. La Transat accueille en effet sur la même ligne de départ les skippers professionnels et les amateurs. Le temps d'un face à face avec l'océan où l'intensité de la course se mêle à la richesse de l'aventure humaine, elle met des visages anonymes et de grandes figures sur un même pied d'égalité. De quoi écrire les plus belles pages de la course au large. Le public a d'ailleurs toujours considéré cette aventure avec passion, se laissant griser par les exploits de Mike Birch, premier héros du Rhum en 1978, en même temps que la mer laissait derrière elle l'ombre d'Alain Colas et de Manureva à jamais disparus, ceux de Florence Arthaud, pour toujours la fiancée de l'Atlantique, de Laurent Bourgnon au doublé inégalé, ou encore de Lionel Lemonchois, qui a traversé l'écéan à une vitesse vertigineuse.

Le suspense apporte aussi son lot de légende, notamment dans la catégorie des multicoques. Comment savoir qui sera le plus rapides entre des bateaux aussi différents. Le plus petit mesure 18 m, le plus grand 32 m. L'un est conçu pour les épreuves en équipage, d'autres pour résister aux déferlantes des mers du sud. Pour la plupart, aucune de ces machines ne s'est encore frottée à la moindre course transatlantique...Personne ne connaît aujourd'hui l'exact potentiel de son bateau par rapport à ses concurrents. Chaque fois, les temps de référence pour la traversée jusqu'à Pointe-à-Pitre ont été amélirorés. Mais en 2006, Lemonchois à la barre du trimaran Gitana XI, avait fait exploser
les compteurs en s'imposant en 7 jours, 17 heures, 19 minutes et 6 secondes, à la moyenne ahurissante de 19,11 nœuds (34,4 km/heure)... Roland Jourdain, sur son monocoque Sill et Veolia, ne mit que 12 jours, 11 heures, 58 minutes et 58 secondes.Une double performance qu'il sera difficile d'aller chercher. Même si pour l'heure, dans leur concentration, leur inquiétude, leur envie d'envie d'aventure et leur incertitude, il s'agira avant tout de bien figurer voire d'essayer de s'imposer sans penser au record. Citant la phrase de fétiche de Michel Malinovski, qui a contribué à construire l'histoire de la Route du Rhum, lorsque celui-ci échoua lors de la première édition à 98 secondes derrières Mike Birch, "seul la victoire est jolie". Pour tous, ce 31 octobre sera donc une nouvelle fois un saut dans l'inconnu.

Christian Grégoire