François Gabart
François Gabart | DAMIEN MEYER / AFP

François, Gabar(i)t hors norme

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François Gabart est l’homme des grands rendez-vous, l’aventurier le plus compétitif de sa génération. Comme Eric Tabarly, Loïck Peyron, son mentor Michel Desjoyeaux ou Franck Cammas avant lui, le navigateur charentais (34 ans) s’avère insatiable dès qu’il s’agit d’enlever les courses les plus prestigieuses ou de battre les records les plus mythiques. La manière avec laquelle le petit Mozart de la voile vient de pulvériser le record du tour du monde en solitaire –moins de 43 jours- constitue un nouveau chapitre de son irrésistible ascension.

Révélé au grand public par sa victoire sur le Vendée Globe 2012-13, François Gabart s’est forgé un tableau de chasse incroyable en quelques années seulement.

Un palmarès massif

Il s’est adjugé la Route du Rhum 2014 en établissant un nouveau record de l’épreuve (12 jours, 4h 38 min 55 s) à bord du 60 pieds IMOCA Macif, bateau idéal pour les grandes performances. Puis il a remporté (avec Pascal Bidégorry) la Transat Jacques-Vabre 2015 et la célèbre Transat anglaise (en 2016) sur le trimaran Macif qu’il a apprivoisé de main de maître. En juillet dernier, le François 1er de la course au large remportait The Bridge. Avant ce fabuleux record pour boucler l’année en beauté (42 j 16 h 40 min). En fait, rien ne lui résiste.

Nouvelle vague

Roi de la Nouvelle vague, François Gabart est le marin moderne par excellence, exigeant avec les autres comme avec lui-même, brillant sur les courses en solitaire grâce à une équipe complètement tournée vers l’objectif. Guidé par un routage parfait, le skippeur a rencontré une météo propice à l’exploit, évitant tout pépin pour son premier tour du monde en multicoques. A bord de son bateau nouvelle génération, un maxi-trimaran (30 m de long et 21 m de large, catégorie Ultim) mis à l'eau à l'été 2015, il a filé sur les mers du globe à des vitesses hallucinantes (35 noeuds soit 65 km/h) qu'il a régulièrement tenues. Sans donner l’impression de prendre des risques inconsidérés, pas le genre du bonhomme. Il s’est juste fait une petite peur rétrospective lorsqu’il s’est retrouvé à quelques centaines de mètres d’un iceberg dans les mers du Sud.

Coville beau joueur

Détenteur du précédent record (en 49 jours, 3h, 7 min, 38 sec), Thomas Coville a tenu à saluer la performance majuscule de son jeune challenger. « C’est un stratège incroyable. Il a une lecture du bateau qu’il fallait faire, du bon timing, au bon endroit », a confié à Ouest-France celui qui a obtenu il y a quelques semaines le titre de Marin de l’année. « Etre au rendez-vous à chaque fois, ça ne peut pas être que du hasard. C’est un athlète accompli, et mentalement structuré, et quand tu poses les choses avec l’enthousiasme qu’il a, et qu’effectivement les choses s’enchainent bien, ça devient magistral ».

Nouveau défi

Après avoir quasiment rivalisé avec six hommes à lui tout seul, Francis Joyon et ses cinq équipiers ayant établi un record du tour du monde de 40 j 23 h 30 min 30 s sur le trimaran Ultim IDEC Sport le 26 janvier dernier (soit moins de deux jours seulement que Gabart), le meilleur marin de sa génération va se tourner vers un défi un peu plus intéressant selon ses critères. Il va mettre son bateau en chantier pendant quelques mois afin de le faire évoluer pour le rendre encore plus performant, avec en ligne de mire la première course autour du monde des Ultim. Départ le 29 décembre 2019 à Brest, une ville qui lui porte chance. François Gabart n’a pas fini de nous surprendre.

Grégory Jouin @GregoryJouin