François Gabart : "Je préférerais être dans les mers du Sud que de vivre ça…"

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Auteur·e : Gael Robic
François Gabart, en novembre 2018
François Gabart, en novembre 2018 | AFP

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Chemise blanche, cheveux en bataille, droit comme un "i" dans ses nouveaux locaux de Concarneau, la coque centrale de son futur trimaran en arrière-plan, François Gabart fait front. Le skipper chef d’entreprise n’élude aucune question d’une très suivie visio-conférence, encadré par le directeur stratégie et le responsable des activités Mer du groupe Macif.

"C’est le moment le plus difficile à vivre en tant que chef d’entreprise. Je préférerais être dans les mers du Sud que de vivre ça." Le ton est donné. Depuis quelques jours, François Gabart encaisse la décision de son partenaire historique de le quitter, trois avant avant la fin de leur partenariat. "Il faut réagir très rapidement pour sécuriser nos projets. Ca va être compliqué. Cela a des conséquences directes sur notre structure. C’est un coup dur. Une page qui se tourne." Le contexte de l’annonce prêterait presque à sourire. "Le bateau est là, derrière moi. La coque centrale est venue de Vannes ce matin, elle est arrivée à 13h30. On ne l’a pas fait exprès…" 

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La fin prématurée de ce partenariat ? Un divorce unilatéral, officiellement sans lien avec le contexte actuel. "Notre décision n’est pas liée à la crise de Covid", précise Fred Vianas, directeur stratégie du groupe mutualiste. "Nous allons réutiliser notre budget autrement, et allons certainement investir d’autres sports." Première conséquence de ce  redéploiement stratégique : armateur des deux trimarans, l’actuel et le futur en construction, l’assureur cherche deux repreneurs ! "Le trimaran actuel est déjà disponible à la vente", détaille Jean-Bernard Le Boucher, responsable des activités mer. "Le prix est en baisse : fixé à l’origine à 6,7 millions d’euros hors taxes, il est proposé à 5 millions H.T." Affaire à saisir.

Le tarif du prochain Ultim’, lui, reste confidentiel…"Nous sommes ouverts à toute proposition. François n’a pas vocation à racheter le bateau, il est là pour en assurer l’exploitation et en être le futur skipper". "Nous avons le budget pour assurer la construction du bateau jusqu’à son terme", souligne François Gabart. "C’est une opportunité unique d’être présent sur un Ultim’ pour de nouveaux arrivants, alors qu’il faut des années en temps normal."

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Et quid du skipper justement dans tout ça ? "Je ne vais pas installer un digicode pour être le seul à barrer ce bateau", sourit le Charentais.  Pas de digicode, mais un double risque : que l’acheteur potentiel arrive avec son propre skipper. Hypothèse peu probable, tant les marins capables de mener ces engins sont peu nombreux sur les pontons. Non, le risque majeur, c’est de ne pas trouver le sponsor providentiel, prêt à investir 15 millions d’euros. La mise à l’eau est prévue en juin 2021. Un an pour trouver… "Si c’est un gâchis ? Absolument pas. Pas pour l’instant. Un gâchis, c’est un bateau qui ne navigue pas. Pour l’instant, tout va bien." 

En pleine forme

"Si je peux en rassurer certains, je suis en pleine forme. Je n’ai qu’une envie, être sur l’eau ! Mon envie est intacte, encore plus forte même." La grosse fatigue de l’hiver dernier est oubliée. Programmé pour 2021, François Gabart anticipe son retour sur l’eau dés cet été. Il n’a guère le choix. "Il faut me réinventer pour naviguer sur d’autres supports dés les prochains jours, les prochaines semaines. Une petite Solitaire cet été ? Pourquoi pas, tout est possible. Toutes les opportunités s’ouvrent ! Je ne peux fermer aucune porte. Naviguer en Figaro dans les semaines qui viennent, c’est très probable." 
Après dix ans d’une fructueuse collaboration, il va donc falloir se préparer à voir François Gabart sous de nouvelles couleurs. Se faire à l’idée d’une nouvelle identité. Fini le bleu blanc jaune. Place au monde d’après…

Gael Robic gael_robic