Etre confiné ou faire le tour du monde en solitaire: "Mais ça n'a rien à voir !"

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Auteur·e : AFP
Francis Joyon seul en mer
Francis Joyon seul en mer | JEAN MARIE LIOT / DPPI via AFP

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"Ce n'est pas du tout la même chose, mais pas du tout !" Michel Desjoyeaux, comme Francis Joyon et Samantha Davies, tous marins d'exception, ne voient pas de comparaison possible entre la période de confinement imposée pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et leur vie en solitaire lors d'une course au large.

"On est physiquement isolé, certes, mais on n'est pas dans la solitude parce qu'il y a plein de gens qui s'intéressent à nous. Aujourd'hui, les gens sont plus dans l'isolement que nous quand on est dans les mers du Sud dans un bateau de 10 m. C'est un choix délibéré alors que, là, (le confinement) c'est un choix qu'on subit", explique à l'AFP Michel Desjoyeaux.

"Tu n'es pas obligé de laver son seau"

Il est le seul navigateur à avoir remporté deux fois (2001 et 2009) le Vendée Globe, course mythique autour du monde en solitaire. Sa première victoire, en 2000/2001, s'était jouée en 93 jours et la seconde en 84 jours (2008/2009). "En mer, tu ne peux pas aller te promener, tu ne peux pas aller faire tes courses, tu bouffes ce que t'as... Sans oublier la règle de base: personne ne t'a obligé à y aller", poursuit-il. "Et là, à terre, je suis très content d'avoir une douche et un frigo ! Et des vraies toilettes où tu n'es pas obligé de laver ton seau !"

Autre grand homme de la course au large, Francis Joyon (Idec Sport), détenteur du record du tour du monde en équipage (Trophée Jules Verne), soit 40 jours, n'arrive pas à faire un parallèle entre ses aventures en mer et sa quarantaine à terre. "On ne peut pas dire que c'est un métier facile, on se bat du matin jusqu'au soir, parfois on ne dort pas pendant 24 heures, parfois c'est juste deux heures sur 48 heures. Ce sont des conditions extrêmes qu'on ne vit pas dans une maison, on est dans deux mondes complètement différents en fait", souligne le marin de 63 ans.

Seul en mer, c'est un choix

Faire avancer le bateau coûte que coûte, subir les éléments météorologiques parfois violents, tenir une stratégie, réparer une pièce cassée, manoeuvrer en permanence: tel est le quotidien des skippers de course au large. "Le plus grand temps que j'ai fait au large, c'était 71 jours sur un tour du monde, dans quelques mètres carrés. Effectivement, parfois, je me disais: on demanderait à un prisonnier de venir à ma place, il ne voudrait surtout pas. On lui dirait qu'il gagne des années de liberté s'il est capable de faire 71 jours comme je le fais, il ne pourrait pas tellement c'est intense et dur. Mais on l'a choisi", raconte Francis Joyon pour qui "quand on a choisi quelque chose, on est toujours content de le faire, ça fait une différence énorme".

"pas de chauffage, pas de 4G ni de wi-fi"

La Britannique Samantha Davies tient le même discours. Elle s'apprête à prendre le départ en novembre de son troisième Vendée Globe, à bord d'un monocoque (Initiatives-Coeur) de la classe Imoca, des bateaux de 18 m de long pour 5 m de large. "On a choisi d'être là (en mer), c'est dur de comparer les deux. Sur un bateau du Vendée Globe, la zone de vie et le cockpit, c'est seulement 4 mètres carrés. Il y a plein de moments où on ne marche pas du tout, on ne tient pas debout, c'est le problème sur le Vendée Globe, tu n'as plus de jambes. A terre tu peux faire des squats, mais pas sur un bateau qui bouge ! Et il n'y a pas de chauffage, pas de 4G ni de wi-fi, mais par contre, on s'y prépare", dit la navigatrice, "coincée" en famille à la maison.

Reste aussi que quand on est seul en mer, on peut se laisser aller à vivre toutes les émotions sans se soucier d'autrui. "Il y a des fois où on a les nerfs quand on s'aperçoit qu'on a fait les mauvais choix, quelque chose qui compromet la course ou le tour du monde. Dans une maison, il faut réussir à se contrôler", confesse Francis Joyon.

AFP