Ça s'est passé un 19 juin 1964 : Tabarly a vaincu les Anglais !

Publié le , modifié le

Auteur·e : Alain Vernon
Eric Tabarly sur le Pen Duick II en 1964
Eric Tabarly sur le Pen Duick II en 1964 | AFP

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La France de 1964, celle du Général de Gaulle, est bien décidée à redresser la tête au plan international. La victoire d’Eric Tabarly, dans la traversée de l’Atlantique en solitaire et son défi gagnant contre les marins de sa Majesté, en est la plus belle illustration...

Dans sa volonté d’extraire la France de l’OTAN, de Gaulle veut démontrer que la France reste une puissance crédible. Et sur les mers aussi où les Anglais règnent en maîtres depuis longtemps. Jeune enseigne de vaisseau de 1re classe à Lorient, le Breton de 32 ans, Eric Tabarly, a toutes les qualités pour réussir ce pari national. Le gaillard barbu a toutes les aptitudes physiques, mentales et techniques pour battre les marins anglais sur l’Atlantique. L’Etat français va donc lui en donner les moyens.
 

Eric Tabarly franchissant la ligne sur Pen Duick II - Newport Juin 1964
Eric Tabarly franchissant la ligne sur Pen Duick II - Newport Juin 1964 © AFP

La France finance une bonne partie de la construction de la "Mésange noire", le Pen Duick II, dans les ateliers Costantini. L’idée de Tabarly est de faire un deux mats léger de contreplaqué de 13,70m , avec de solides voiles de tergal pour triompher de ses 14 adversaires. Le plus coriace, à 64 ans, reste le vieil anglais Francis Chichester, à la barre de son "Gypsy Moth III". En plus du soutien économique de l’Etat, Tabarly dispose d’une permission spéciale de quatre mois.

Bras pacifiquement armé de la France, Tabarly annonce ses intentions dès le départ à Plymouth, le 23 mai à 10h, en hissant un monstrueux spi, manié d’ordinaire par trois hommes. Une voile pour marquer les esprits, aussi grande que le drapeau qui flotte sous l’Arc de triomphe...

Eric Tabarly en 1964
Eric Tabarly en 1964 © AFP

Tabarly n’est pas un bavard. Et, si le reste de la flottille partie à la conquête de l’Atlantique passe beaucoup de temps avec les medias pour commenter la course, Eric Tabarly, lui, fait silence radio. Surtout lorsqu’il casse sa poulie de foc... Courageux et sans paniquer, il monte au sommet de son mat de 13m pour réparer. Il ne s’écarte surtout jamais de la route choisie, use habilement du pilote automatique et franchit le premier la ligne d’arrivée à Newport, à hauteur du phare de Brendon Light après 27 jours, 16h et 2’ ! A 9km/h de moyenne, il bat même le record de traversée de l’Atlantique du chevronné Chichester de 6 jours et 13h ! Chichester arrivera 2 jours et 5h plus tard...

Le général de Gaulle, alors président de la République, s'entretenant avec l'Enseigne de Vaisseau de 1re classe Eric Tabarly le 9 septembre 1964 au Salon International de la navigation de plaisance.
Le général de Gaulle, alors président de la République, s'entretenant avec l'Enseigne de Vaisseau de 1re classe Eric Tabarly le 9 septembre 1964 au Salon International de la navigation de plaisance. © AFP

Ce 19 juin 1964, Tabarly a gagné la bataille de l’Atlantique, humilié les Anglais et porté haut la "grandeur de la France". Il a à peine touché terre, cerné par une meute de journalistes américains, français et britanniques, qu’il apprend que le général de Gaulle, président de la République, lui accorde la croix de la Légion d’honneur. Tabarly rejoindra le port du Havre sur le paquebot France ! Rien n’est trop beau pour le meilleur marin du monde, fêté comme il se doit à son retour en Europe...

Dans l’histoire de la marine et de la course au large, Eric Tabarly, premier Français à vaincre les Anglais sur l’eau, restera l’indomptable marin qui a suscité tant de vocations. Tabarly c’est la France ! L’année ou les sœurs Goitschel raflent les plus belles médailles olympiques aux Jeux d’Hiver à Innsbruck et où, Christine Caron, bat, à 16 ans, le record du monde du 100m dos !

Et lorsqu’une nuit de juin 1998, en mer d’Irlande, à bord du premier Pen Duick, celui-là même de son inoubliable victoire sur l’Atlantique, Tabarly disparaîtra, c’est toute une nation qui pleurera son héros...

Alain Vernon