Isabelle Autissier
Isabelle Autissier | XAVIER LEOTY / AFP

Autissier: "Stopper le gigantisme"

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Navigatrice, écrivain, présidente de la branche française du World Wild Fund for Nature (WWF), Isabelle Autissier est engagée pour la défense d'un environnement qu'elle estime menacé par le "gigantisme" des grands événements et leur corollaire, les grands équipements.

A la barre de vos bateaux et aujourd'hui depuis l'observatoire qu'est le  WWF, vous avez pu mesurer l'impact des activités sportives sur l'environnement.  Quel est-il?
IA: "Il y a un paradoxe à ce que le sport qui est bon pour la santé des  humains soit mauvais pour la planète. Et pourtant la pratique du sport est de  plus en plus néfaste pour l'environnement. On multiplie les grosses structures,  on fait venir les gens de plus en plus loin. En attirant plus de public, on  génère obligatoirement plus de déchets et de nuisances parce que le transport  des sportifs et des spectateurs est ce qu'il y a de plus impactant. On amène  des dizaines de milliers de gens dans des voitures ou des avions, dans des  parkings en béton et des stades énergivores..."
   
Vous êtes donc hostile à la vague de construction de grands stades ou  d'arenas pourtant conçus pour être plus respectueux de l'environnement?
"Construire d'autres stades, ça ne paraît pas raisonnable. Chaque élu  local veut son stade, son arena, sa piscine. On étend Roland-Garros, on  construit des stades pour l'Euro-2016... Il faut stopper le gigantisme,  peut-être songer à plus décentraliser, améliorer les retransmissions  télévisées. Il faut mieux utiliser ce que l'on a plutôt que construire. Il y a  d'autres moyens pour inciter les jeunes à faire du sport que de mettre 100.000  personnes dans un stade."
   
Oui mais le sport est un spectacle prisé. Vous le savez, vous faisiez  partie du million de personnes massées aux Sables d'Olonnes avant le départ du  Vendée Globe, avec l'empreinte carbone que l'on imagine...
"Est-ce que la course serait moins belle si on réduisait le nombre de  suiveurs, de journalistes ? Et les JO moins intéressants avec moins  d'accrédités ? C'est la confusion entre le sport lui-même et le sport support  de l'activité financière qui est dramatique. C'est à cause des salaires  mirobolants qu'il faut rentrer plus d'argent. Si on ne voit que l'enjeu  financier, on fait passer au second plan l'humain et l'environnement. Et  pourtant, si les joueurs sont payés 10 fois moins cher je pense qu'ils joueront  aussi bien."
   
Qui peut imposer une limite?
"Les grands événements comme les JO vont peut-être s'autolimiter, parce  qu'à un moment plus personne ne sera assez riche pour les organiser. On sent  une prise de conscience, y compris des sponsors. (...) Aujourd'hui, beaucoup de  choses relèvent du cosmétique. L'Etat a un rôle primordial à jouer en  pénalisant les comportements irresponsables comme l'utilisation des canons à  neige dans les stations. Et pourtant, il a fallu batailler ferme, même contre  l'Etat, pour qu'il n'y ait pas un nouveau circuit de F1 en France."
   
A travers votre campagne "Sport, pour un Or Responsable et Traçable",  vous vous battez pour faire changer des habitudes qui semblent immuables...
"On ne peut pas récompenser l'excellence sportive par un truc qui est  une horreur environnementale comme l'or illégal. On pousse pour que la Fifa  avec le Ballon d'or et le CIO avec les médailles olympiques utilisent de l'or  responsable. Ca avance, doucement. On peut se poser des questions sur  l'environnement en commençant par la médaille que l'on a autour du cou. Il faut  que les sportifs deviennent acteurs, ils ont une vraie influence."

AFP