Cadel Evans et Thomas Voeckler dans l'ascension du Galibier
Cadel Evans et Thomas Voeckler dans l'ascension du Galibier | JOEL SAGET / AFP

Un Tour historique

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2011 restera comme une des très belles années du Tour de France. Le monde entier s’est passionné pour cette grande boucle très indécise jusqu’à l’apothéose de l’Alpe d’Huez et le chrono de Grenoble. Le dénouement est heureux pour Cadel Evans, vainqueur de son premier Tour. Le cyclisme français a lui repris confiance en lui grâce à l’épopée en jaune de Thomas Voeckler et la promesse de Pierre Rolland.

Cadel 1er
Certains diront qu’il a mis le temps. D’autres que ce n’est que justice. A 34 ans, Cadel Evans récolte enfin les fruits de son travail et de son comportement exemplaire chez les professionnels. Oublié l’échec de 2008 où il avait coincé dans le contre-la-montre final face à Carlos Sastre. En 2011, l’Australien avait rendez-vous avec son destin. Formidable tacticien, Evans est allé chercher un sacre logique en roulant à contre-courant face aux attaques des Schleck et de Contador. « De la manière dont il a géré le Tour 2011, il est allé le chercher, analyse Stephen Roche, vainqueur du Tour en 1987. On a vu dans l’étape que gagne Schleck (ndlr : Pinerolo-Galibier) qu’il n’avait pas beaucoup d’allié dans le peloton. Il a fait le boulot tout seul dans le final. Quand il crève dans la montée du Galibier le lendemain, il a quand même bouché 1’30’’. Schleck a encore attaqué au pied de l’Alpe et il a réussi à maintenir les écarts. Enfin, dans le contre-la-montre samedi, il a réalisé quelque chose d’excellent. » Timide, Cadel Evans a forcé sa nature et reçoit en cadeau ce« maillot jaune après 20 années de travail ». Premier Australien àremporter le Tour, Evans réalise son rêve et peut espérer le prolonger dès l’annéeprochaine. Il connaît le chemin.

Jackpot pour Europcar
A quelques heures près, tout aurait pû s’arrêter. Exit l’équipe professionnelle de Jean-René Bernaudeau. Exit Thomas Voeckler, attendu avec un tapis rouge par Cofidis. Exit l’espoir Pierre Rolland. La persévérance a fini par payer et Europcar est arrivé. Pas avec de gros moyens mais ça pourrait changer. C’est peut-être dans l’adversité qu’est né ce formidable esprit collectif des petits hommes verts. Guerrier exemplaire, Thomas Voeckler a entraîné tous ces coéquipiers dans une année exceptionnelle couronnée par un Tour de France incroyable. Héros heureux de la tragique étape de St-Flour (ndlr : deux coureurs renversés par une voiture de France Télévisions), l’Alsacien s’est paré de jaune pour la deuxième fois de sa carrière. Son dernier bail en 2004 avait duré dix jours. Il a remis le couvert en 2011 poussant cette fois son talent jusqu’à rester en jaune à trois jours de Paris. Quatrième sur les Champs-Elysées, Voeckler est certainement devenu le coureur le plus populaire depuis Richard Virenque. Europcar aurait pu se contenter de ce bilan flatteur. Il a carrément explosé avec la révélation Pierre Rolland, vainqueur à la pédale dans l’Alpe d’Huez et maillot blanc du meilleur jeune. A 24 ans, c’est sûr, son Tour va venir !

Il faudra compter avec les Français
Quatre étapes en 2010. Une seule en 2011. Une régression ? Non car les Français n’ont jamais autant brillé sur « leur » Tour depuis plus de vingt ans. Il n’y a pas encore de successeur à Bernard Hinault (1986) mais on s’en rapproche. Voir un Français en jaune si près de Paris est une grande première. On n’avait plus vu ça depuis le contre-la-montre fatal à Laurent Fignon en 1989. Mieux, on retrouve cette année cinq tricolores dans le top 15 final (Voeckler 4e, Peraud 10e, Rolland 11e, Coppel 14e et Jeannesson 15e) Est-ce le signe d’un cyclisme revenu à échelle humaine ? On l’espère. « Cet hiver, on nous a dit qu’on était une sous-nation, qu’on avait reculé dans la hiérarchie mondiale, explique Jean-René Bernaudeau. On avait aussi dit que les classements n’étaient pas facile à comprendre parce qu’un seul coureur comme Andy Schleck pouvait ramener seul pays au sommet. Aujourd’hui, le cyclisme français retrouve une place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Quand le cyclisme français gagne des Coupes du monde en espoir. Quand le cyclisme français a des champions du monde espoirs et junior. Ça veut dire qu’on est bon. Quand il y a des choses illogiques, il faut être patient. » Pierre Rolland, la « Rockstar » de Lance Armstrong, s’est lui affirmé dans l’Alpe d’Huez comme un grand, l’égal des Contador, Schleck, Evans et Sanchez en montagne. S’il demande encore du temps pour aller chercher un premier podium, il vient de susciter une énorme attente. Aux autres de le suivre sur cette voie du renouveau. « Quand Rolland attaque Contador et Sanchez dans l’Alpe d’Huez, ça veut tout dire, ajoute Bernaudeau. Il donne un message aux autres équipes françaises : il faut y aller. » Allez-y !