bracelet magnétique TDF 2010
Le bracelet magnétique fait fureur chez les sportifs | Florent Brard

Un bracelet qui donne des ailes ?

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Il est en silicone, de toutes les couleurs et une bonne partie du peloton du Tour le porte. L'équipe de football des Pays-Bas en était également équipée lors du Mondial. Le bracelet magnétique est décidément l’objet à la mode cette saison. Censé améliorer les performances sportives, il a trouvé des adeptes dans bons nombres d’équipes engagées sur le Tour 2010. Mais ne fait pas pour autant l’unanimité.

Artifice pour certains, coup de pouce pour d’autres, le bracelet magnétique, composé de deux petits aimants et d'un hologramme, a le vent en poupe chez les cyclistes. "Il a commencé à être utilisé dans les sports mécaniques et les cyclistes s’en sont emparés en début d’année, explique Hubert Long, médecin de la BBOX. Des basketteurs (Shaquille O'Neal), des joueurs de tennis (Gaël Monfils), des surfeurs (Andy Irons) et même certains footballeurs l'ont adopté. Selon une des entreprise qui le commercialise, " ce bracelet peut permettre d'améliorer la souplesse, l'équilibre et même la force grâce à la technique de la magnetothérapie".

Apparemment convaincu par la trouvaille, M.Long a pu en constater les effets : "Dans l’équipe, on avait un coureur qui avait beaucoup de problèmes dans les descentes. Il avait une mauvaise stabilité sur son vélo et avec le bracelet, ça s’est bien amélioré". Jérémy Charteau a, lui, troqué depuis peu le bracelet contre la version collier ramenée du Japon par son coéquipier Yukiya Arashiro. "J’ai beaucoup moins de courbatures au niveau des épaules depuis que je le porte", confie-t-il. Pour Mathieu Perget (Caisse d’Epargne), un des premiers coureurs du peloton à avoir succombé, le bracelet magnétique a permis "d’améliorer son équilibre". Il estime toutefois, en dépit de son enthousiasme flagrant, que "ce n’est certainement pas ça qui [lui] fera gagner le Tour".

Loin d'avoir convaincu, le bracelet magnétique laisse le docteur du Tour, Gérard Porte, plutôt perplexe : "La magnetothérapie n'est pas quelque chose de nouveau. Si dans cinq ans, les coureurs portent encore ce fameux bracelet, c'est qu'il y aura un véritable effet, sinon on pourra dire que c'était une mode de plus". Côté coureurs, le scepticisme sévit aussi. "Franchement, je ne sens pas de différence, affirme Stéphane Augé (Cofidis). Je l’ai juste mis parce qu’un ami me l’a donné avant le Tour." Son coéquipier Amaël Moinard (Cofidis) est, quant à lui, un véritable  déçu du bracelet magnétique. "Je l’ai porté sur le Critérium du Dauphiné et je suis tombé deux fois. Du coup, je l’ai donné à ma femme", s’amuse-t-il. L’effet de mode fonctionne néanmoins à plein tube. Même si les bénéfices n'ont pas été prouvés.

"Je pense que le bracelet magnétique a surtout un impact psychologique, souligne Hubert Long. 30% d’effets physiques pour 70% d’effets psychologiques". Du coup, beaucoup de coureurs privilégient encore les "recettes maison". A l’image de Maxime Bouet (AG2R-La Mondiale) : "Je n’ai pas essayé le bracelet magnétique. Je préfère avoir mes petits trucs à moi. Je porte notamment une médaille qui appartenait à ma mère décédée en début d’année. Ca me motive et me donne de l'énergie". D’autres avouent, à demi-mots, porter sur eux de petites pierres ou encore des photos de leur famille. Mais que ce soit le bracelet magnétique ou une simple médaille, Laurent Jalabert, double meilleur grimpeur du Tour de France, estime que "c’est une façon de se raccrocher à quelque chose de positif". Quelque chose de positif qui ne suffit pas toujours. "Je le porte tous les jours depuis le début du Tour et je n'ai encore gagné aucune étape !" ironise Stéphane Augé, déçu que le miracle du bracelet n'ait pour, lui, pas encore eu lieu.

Isabelle Trancoën