Sagan Froome Quintana
Peter Sagan et Nairo Quintana entourent Chris Froome | JEFF PACHOUD / AFP

Un bon millésime ce centenaire !

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Pas un grand Tour mais un bon Tour. C'est ainsi que l'on pourrait qualifier cette 100e édition qui ne peut prétendre entrer dans la légende de la Grande Boucle en raison de la trop grande domination de son vainqueur, Christopher Froome. Mais, grâce à un parcours aussi somptueux que sportivement intéressant, ainsi que par les promesses qu'il aura révélées ou par l'esprit offensif qui aura prévalu pendant trois semaines, ce centenaire a montré qu'il était toujours bien fringant. Retour sur les faits marquants de ce Tour.

Pour faire un beau vainqueur, c'est connu, il faut de grands adversaires. C'est finalement ce qu'il aura manqué à Christopher Froome sur ce Tour de France 2013. Grimpeur émérite, rouleur implacable, le Britannique n'a pas de défaut dans sa cuirasse. Même abandonné par ses équipiers dans certaines étapes clés, il aura dominé son sujet et ses rivaux avec le même flegme. Pour autant, rien ne dit que l'on pourrait s'acheminer vers un règne sans partage du coureur de la Sky. Certes, Froome est encore jeune (28 ans) et il peut rêver d'une destinée à la Anquetil, Merckx, Hinault ou Indurain (5 victoires). Et si on salive déjà à l'idée d'un duel entre Froome et Vicenzo Nibali, impressionnant vainqueur du Giro cette année, la jeune garde a déjà montré les premiers signes de rébellion. 

L'empereur Nairo

C'est LA révélation de ce Tour. Nairo Quintana, 23 ans, a éclaboussé l'épreuve de toute sa classe. Dès que la route s'est élevée, le petit Colombien a été le seul à pouvoir faire jeu égal, ou presque, avec Froome. S'il progresse encore en contre-la-montre, encore qu'il ne soit pas si mauvais que cela dans cet exercice, le grimpeur des Andes pourrait devenir le poil à gratter dans le maillot de la Sky pour les prochaines années. Et on annonce que son frère, âgé de 20 ans, est encore plus fort. Mais Quintana n'est sans doute pas le seul à pouvoir empêcher Froome de tourner en rond. Cette 100e édition a révélé d'autres jeunes coureurs à fort potentiel. Van Garderen, Talansky, Fuglsang, Kwiatowski... Tous sont encore en pleine progression et pourraient être amenés à jouer les premiers rôles dans les années à venir. Une nouvelle génération est en marche et s'apprête à pousser les "anciens", comme Cadel Evans, vers la retraite. D'autres, tels qu'Andy Schleck, auront une revanche à prendre, et en premier lieu sur eux-mêmes. Joaquim Rodriguez, troisième après être passé au travers dans les Pyrénées, peut dynamiter n'importe quelle étape. Enfin, reste le cas Contador.

Le temps des "suiveurs" est révolu

Il fut une époque où, sous le joug d'Indurain notamment, la concurrence se battait seulement pour la 2e place. Cette année, en dépit d'une supériorité manifeste, Christopher Froome n'a jamais eu un moment de répit ou presque. Ce panache, on le doit surtout à Alberto Contador. S'il n'a pu ses jambes d'antan, le Madrilène a mis le feu à la course dès qu'il a pu. Et même quand il ne le pouvait pas. Jamais résigné, le coureur de la Saxo, instigatrice du fameux coup de bordure de Montrond (assurément l'une des plus belles étapes de ce Tour), a été la mouche autour de la bête Sky. Grâce à lui, la course s'est décantée par l'avant. Son esprit offensif lui aura peut-être coûté une place sur le podium, mais, au final, il aura fait croire à un renversement possible. Et ça vaut presque une victoire. 

Cavendish n'est plus seul

La dynastie du Britannique n'est pas encore renversée, après tout Mark Cavendih a encore signé deux succès dans cette édition, mais, pour la première fois depuis longtemps, elle tremble sur ses fondations. La faute, notamment, à deux rivaux aux styles différents mais tout aussi efficaces que celui du puncheur de l'Ile de Man. Marcel Kittel, 25 ans, c'est l'athlète dans toute sa force brute, dans toute sa puissance. C'est surtout quatre victoires d'étape, dont la dernière sur les Champs-Elysées... Peter Sagan, 23 ans, lui, n'est déjà plus à présenter. Mais, pour la 2e fois consécutive, le Slovaque ramène le maillot vert à Paris. Moins sprinteur pur que Cavendish et Kitttel, Sagan présente un profil plus complet qui lui permet de dompter les arrivées bosselées. Et, cerise sur le gâteau, c'est aussi un showman hors-pair. Cela peut passer pour un détail mais, par les temps qui courent, sa fantaisie détonne franchement au sein d'un peloton de plus en plus sérieux. 

Une seule victoire française mais quelle victoire...

S'il y avait une seule étape à gagner c'était celle-là. Sur un parcours magnifique, allant de la Corse jusqu'à Versailles, la double ascension de l'Alpe d'Huez faisait figure de point d'orgue d'un tracé qui faisait la part belle au patrimoine français, Tour du centenaire oblige. Christophe Riblon, lui aussi, a fait honneur à son pays en remportant cette étape magique. Vainqueur au courage, le Tricolore avait bien choisi son jour pour mettre fin à la disette bleue. Mais il faut bien l'avouer, le coureur d'AG2R a été l'éclaircie française dans une course "désertée" par les supposées têtes d'affiche. Voeckler animateur sans jambes, Rolland aveuglé par les pois de son maillot et Thibaut Pinot victime d'une mauvaise descente, et d'une angine blanche, ont tous les trois courus à l'envers. L'heure n'est pourtant pas au chauvinisme comme le rappelait Christian Prudhomme qui a souligné que cette 100e édition "marquait plus encore  l'internationalisation" de l'épreuve: "Ce Tour a eu un maillot jaune australien, un autre sud-africain, son vainqueur est né au Kenya et a vécu en Afrique du sud, ça montre que les frontières s'étendent encore." Vivement 2014.

Vidéo: le Tour 2013 en images

 

 

Julien Lamotte