Alexis Vuillermoz (AG2R-La Mondiale)
Nouvelle victoire pour Alexis Vuillermoz. | ERIC FEFERBERG / AFP

Une victoire d’étape, le graal des coureurs

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Remporter une victoire d’étape sur le Tour de France, c’est un peu comme marquer un but en finale d’une coupe du monde de football. Qu’ils soient rouleurs, sprinteurs, ou grimpeurs, tous les coureurs rêvent de franchir en première position la ligne d’arrivée, a fortiori celle de la Grande Boucle.

Quoi de plus beau pour un coureur que d’entendre la clameur de la foule, avoir conscience d’écrire une ligne dans la grande histoire du Tour de France, et lever les bras sur la ligne d’arrivée devant les caméras du monde entier. Ils ne sont finalement que peu de coureurs à pouvoir se targuer d’avoir remporter une victoire d’étape sur la Grande Boucle. Ce n’est pas pour autant que leur vie a changé, comme l’assure Pierre Rolland, vainqueur de deux étapes (en 2011 à l’Alpe-d'Huez et en 2012 à La Toussuire). « Cela a été plus un accomplissement qu’un changement de vie. Je ne suis pas devenu une autre personne. Cela a apporté un peu de notoriété, oui, mais honnêtement, ça n’a pas changé mon quotidien à 100% », explique le leader de l’équipe Europcar.

Pinot: "Mon plus grand bonheur sur le vélo"

Si pour certains, ce moment si particulier n’a pas fondamentalement changé le cours de leur vie, tous s’accordent à dire que l’instant est magique, comme celui vécu par Thibaut Pinot à Porrentruy en 2012. Poussé par le public et son manageur Marc Madiot complètement survolté, celui qui est à l’époque le benjamin du Tour du haut de ses 22 ans, va marquer les esprits. « Pour tous les coureurs, gagner une étape sur le Tour est ce qu’il y a de plus fort, affirme le Franc-Comtois. Ce sont des moments que l’on a envie de revivre le plus vite possible. C’est différent du fait de porter le maillot jaune, même si je n’ai pas eu l’occasion de le porter. Là, on lève les bras, on sait que l’on a franchi la ligne le premier. Pour l’instant cela a été mon plus grand bonheur sur le vélo », assure le leader de la FDJ.

Comme le rappelle souvent Bernard Hinault, bien figurer au classement général ne marquera jamais autant les esprits qu’une victoire d’étape sur le Tour de France. Tony Gallopin, a lui aussi connu l’an passé ce bonheur de remporter une étape (à Oyonnax), un bonheur accru par la satisfaction de pouvoir porter le maillot jaune le lendemain… « Peut-être qu’aux yeux du grand public, le maillot jaune apporte plus, mais une victoire d’étape, lorsque l’on passe la ligne, est un sentiment incroyable », estime l’un des acteurs de ce Tour de France.

Un statut qui change

Une fois ce graal atteint, la carrière du coureur prend inévitablement un tournant. Certains ont gagné en confiance, d’autres ont au contraire perdu pied, déstabilisés par la pression. Chacun réagit selon son tempérament. Pour Pierre Rolland, il ne s’agissait pas de prendre de l’assurance, mais de repartir au charbon. « Je n’ai pas forcément gagné en confiance, c’est plus se dire qu’il faut recommencer, re-performer. Nous autres sportifs, on se remet tout le temps en question, et on nous remet tout le temps en question », souligne-t-il.
Thibaut Pinot avait quant à lui besoin de ce coup d’éclat pour lancer sa carrière. « Cela a joué sur ma confiance, surtout là où j’ai gagné, avec la manière. J’y repense de temps en temps, ce sont des moments qu’il ne faut pas oublier car ils sont très rares », déclare le protégé de Marc Madiot.

« Toutes les victoires sur le Tour ne sont pas dues au hasard. Elles sont toutes méritées », ajoute Pinot. Et c’est aussi pour cette raison qu’un vainqueur d’étape sur le Tour, bénéficie d’un statut différent des autres. Il devient inévitablement une menace pour les autres. « J’ai un petit moins de marge de manœuvre au sein du peloton, quand je veux m’échapper, on sait que je peux faire un résultat, explique Rolland. Dès l’instant où je suis à l’avant, je vais être plus surveillé. » Même constat pour Gallopin qui a bien compris qu’il était passé dans une autre catégorie. Il est d’ailleurs devenu le leader incontesté de Lotto-Soudal, Jurgen van den Broeck ayant été privé de Grande Boucle. « Mon statut a changé, c’est sûr. Aux yeux du grand public, et au sein du peloton, gagner une étape change la catégorie d’un coureur », assure le Francilien. Il y a quelques jours, Alexis Vuillermoz a lui aussi connu cette joie à Mûr-de-Bretagne, mettant un certain temps à réaliser qu’il venait d’accomplir l’un de ses rêves. Le plus difficile est désormais d’aller chercher une deuxième victoire, voire une troisième…

Romain Bonte