Tour de France : Une édition décevante mais pas inquiétante pour les Français

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Nans Peters Julian Alaphilippe Tour de France 2020
Nans Peters et Julian Alaphilippe ont défendu l'honneur du clan tricolore en 2020. | AFP

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Rapidement éjectés au classement général, systématiquement frustrés au sprint, et globalement muets depuis la 13e étape, les coureurs Français ont laissé un goût d’inachevé au Tour de France 2020. Aussi décevant qu’il puisse paraître, le bilan de cette édition ne doit pas pour autant inquiéter.

Le constat peut laisser un goût amer en bouche. A la fin du Tour de France 2020, aucun coureur Français ne figure dans le Top 10 au classement général final, une première depuis 2013. Avec seulement deux victoires d’étapes, le clan tricolore enregistre son plus faible total depuis 2016. Et surtout, les deux dernières semaines de course ont donné l’impression que le cyclisme français a traîné sa peine jusqu’aux Champs-Elysées. Car depuis la 13e étape, qui a entraîné la disparition des derniers espoirs français au général, aucune performance n’a pu faire chavirer le public tricolore.

Des attentes trop fortes et trop rapidement douchées ?

Le constat fait d’autant plus mal qu’il succède à un cru 2019 exceptionnel qui avait noué de belles promesses, notamment autour de Thibaut Pinot (Groupama-FDJ). Plus fort que les autres dans les Pyrénées et stoppé en troisième semaine par une blessure au genou l’an dernier, il était revenu sur la Grande Boucle en 2020, bien décidé, et avec “la gagne dans les jambes”. Le Franc-Comtois n’a finalement rien pu montrer de ses talents de grimpeur, paralysé par sa lourde chute lors de la première étape à Nice. L’évanouissement de ses aspirations dans le Port de Balès a clairement dénaturé la saveur de ce Tour de France.

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“J'entends beaucoup que les Français n'ont pas été à la hauteur. Avec l’an passé, on a peut-être été trop habitués à viser les sommets. Julian (Alaphilippe) et Thibaut (Pinot) ne seront pas proches de gagner le Tour tous les ans. Il ne faut pas tirer de conclusions définitives de quelques semaines de course. Il y a des années fastes, d'autres moins”, a tenu à tempérer Guillaume Martin (Cofidis) après le contre-la-montre de La Planche des Belles Filles samedi. Et quand on regarde les promesses nouées l’an dernier, elles tiennent toujours en dépit de cette édition décevante. 

Sans être à son meilleur niveau, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) a remporté une étape, porté le maillot jaune pendant trois jours et tenté sa chance dans de multiples échappées. De son côté, Pinot a encore encaissé un coup terrible mais il commence à avoir l’habitude de les digérer. Le fait qu’il ait tenu absolument à finir le Tour, malgré un dos ratatiné, prouve qu’il n’a pas dit son dernier mot, même si ses premières paroles n’étaient pas rassurantes.

Les malheurs de Pinot et Bardet

Quand on se prête à une analyse au cas par cas, il y a même du positif pour certains coureurs comme Guillaume Martin. “Ce Tour de France est un de mes plus aboutis, je l’ai fini vraiment mieux que les années passées en termes de sensation. Je termine 12e du général, à la même place que l’an dernier. D’un point de vue comptable, c’est sûr qu’il y a des regrets, ceci étant, je ne pense pas être au même niveau. Je sens que j’ai vraiment progressé”, raconte celui qui a terminé 3e à Orcières-Merlette derrière les deux monstres Primoz Roglic (Jumbo-Visma) et Tadej Pogacar (UAE), à l’occasion de son premier Top 10 d’étape sur le Tour au milieu des favoris depuis sa première participation.

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De son côté, Romain Bardet (AG2R La Mondiale) était arrivé sans pression sur la Grande Boucle. Celui qui devait découvrir le Giro et qu’on sentait en bout de course dans l’équipe de ses débuts a sans doute réalisé une de ses meilleures premières semaines. Quand il a dû quitter la course après une chute terrible sur des routes bien connues, le Français était 4e au classement général et disait alors “ne plus se fixer de limites”. Le natif de Brioude a subi un mauvais coup, terriblement frustrant, mais il aura l’occasion de retenter sa chance au sein d’un nouvelle équipe (Sunweb).

De jeunes satisfactions françaises ont aussi ponctué le Tour. En tête : la victoire en solitaire de Nans Peters (AG2R La Mondiale) à Loudenvielle. 4e au sommet du difficile Puy Mary pour sa première participation, Valentin Madouas (Groupama-FDJ) a de quoi l'imiter dans les années à venir. Même chose pour Benoît Cosnefroy (AG2R La Mondiale) dont les talents de puncheurs ont été inhibés par la défense du maillot à pois jusqu'en troisième semaine.

De vraies promesses

Quant à Rémi Cavagna (Deceuninck-Quick Step), appelé de dernière minute pour participer à son premier Tour de France, le "TGV de Clermont-Ferrand" aura pointé le bout de son nez à l'avant et dans la gestion du peloton. Sa très belle 6e place sur le contre-la-montre est un résultat exceptionnel dans une discipline qui voit rarement un Français briller au très haut niveau. Warren Barguil (Arkéa-Samsic) a bouclé la course en 14e position au classement final sans être leader de son équipe, ni en forme optimale. Pierre Rolland (B&B Hotels-Vital Concept) est encore affuté et offensif à bientôt 34 ans. L'Orléanais a terminé à une jolie 18e place au général.

Le sprint a été le seul domaine dans lequel les Français ont délivré un véritable aveu de faiblesse. Avec un seul podium, obtenu par Bryan Coquard (B&B Hotels-Vital Concept) à Lavaur, le bilan est très maigre, mais les performances globales des Bleus en la matière n'ont rien d'inquiétant. Coquard n'avait jamais gagné ni sur un grand tour, ni en World Tour. Hugo Hofstetter (Isräel Start-up Nation) a décroché une satisfaisante 4e place pour sa première Grande Boucle. Même chose pour Christophe Laporte (Cofidis), qui n'était pas lui aussi le sprinteur n°1 de son équipe. Si un coureur comme Arnaud Démare (Groupama-FDJ) avait été présent, surtout dans sa forme actuelle, l'absence de victoires au sprint aurait eu une toute autre teneur.

Globalement, tous les coureurs Français qui ont pu défendre pleinement leurs chances jusqu'au bout ont au moins tenu leur rang. S'il devait y avoir une réelle inquiétude, elle tiendrait plutôt de la nouvelle génération du cyclisme français. Quand la Slovénie a sorti Tadej Pogacar de son chapeau, que la Belgique a Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step), les prochaines têtes de gondoles tricolores peinent à poindre. Depuis la victoire de David Gaudu (Groupama-FDJ) sur le Tour de l'Avenir en 2016, il n'y a plus grand chose à se mettre sous la dent. Et si le changement de nationalité sportive de Pavel Sivakov (Ineos) était finalement la solution ?

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