Tour de France, Tour "du monde"

Tour de France, Tour "du monde"

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Après avoir franchi la barre symbolique des 100 éditions, le Tour est reparti sans doute pour au moins cent autres. L’évolution de la compétition au fil du temps, sa dimension sportive, médiatique, voire culturelle en a fait un événement majeur devenu planétaire. Car si lors des premières cinquante années, le Tour est resté dans une sphère très européenne, avec quatre nations qui se sont partagées les vainqueurs, le phénomène s’est ensuite dilué, et l’on a vu apparaître des coureurs du monde entier.

Français et Belges dominateurs....

Entre 1903 et 1965, soit en 52 éditions, en effet, derrière les Français dominateurs (25 victoires), avec ceux qui ont marqué les différentes époques, Lucien Petit-Breton, Antonin Magne, Louison Bobet et Jacques Anquetil, les Belges étaient également omniprésents avec 12 victoires, notamment par Philippe Thys et Sylvère Maes; l’Italie était là aussi (8 victoires) avec ses légendes Bottecchia, Bartali, Coppi jusqu’à Gimondi. Ajoutons à cela quatre succès luxembourgeois dont celui de Charly Gaul en 1958, et le doublé Suisse de Kübler et Koblet en 1950 et 1951. Même l’Espagne, grosse nation du vélo, n’a gagné pour la première fois qu’en 1959 avec Bahamontès.  

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Depuis quarante ans en revanche, les choses ont progressivement changé. Si les Français et les Belges ont gardé encore la mainmise une vingtaine d’années, avec d’un côté Thévenet, Hinault, Fignon, et de l’autre côté l’ogre Eddy Merckx, ce fut la dernière génération dorée pour ces deux nations. Derrière Merckx qui gagna son 5e dernier tour en 1974, la Belgique l’emporta en 1976 avec Lucien Van Impe…. Et depuis plus rien. Idem pour la France où Bernard Hinault a gagné son dernier Tour en 1985…. Cela va faire trente éditions du Tour de France qu’un tricolore n’a plus gagné.

Côté Espagnol, si l’on est arrivé plus tard dans le palmarès, et si après Ocana en 1973, il a fallu attendre quinze ans et la victoire de Delgado en 1988, ensuite, le cyclisme ibérique a été très présent avec la longue domination de Miguel Indurain puis Alberto Contador. L’Espagne restant d’ailleurs parmi les pays historiques le seul à pouvoir encore rivaliser sur un Tour de France.

La France, la Belgique, le Luxembourg (hormis Andy Schleck vainqueur sur tapis vert en 2010), l’Italie (si l’on excepte l’année 1998 avec Pantani dont on sait ce qu’il en été véritablement), ne gagnent donc plus, et les Pays-Bas en sont restés à Joop Zoetemelk en 1980. Tout juste ces pays-là représentés par des coureurs pour lesquels la dimension nationale n’a plus tellement de raison d’être au sein d’équipes cosmopolites, peuvent-ils se consoler avec quelques victoires d’étapes ou des classements annexes.

Les Américains, les Anglais et les autres

Depuis trente ans, après que Greg Lemond a ouvert la porte aux autres continents, en l’emportant trois fois, on a vu arriver sur le Tour des Américains, avec leurs ambitions, leurs structures et leurs méthodes (quelquefois poussées à outrance comme l’a montré l’affaire Armstrong ou avec Landis), des Australiens (Evans a remporté le Tour en 2011) et des Sud-Africains. Mais aussi d’autres Européens jusqu’alors peu tournés vers le cyclisme, comme les Danois ou les Norvégiens, et tous les coureurs venant des pays de l‘ancien bloc de l’Est, comme la Russie ou le Kazakhstan. Derniers venus en date pour jouer le haut niveau : les Britanniques qui viennent de remporter les deux derniers Tour de France. Et ce n’est sans doute pas terminé. D’autre nations affûtent leurs armes et développent des programmes de formation pour de futurs professionnels, en Afrique, mais aussi en Asie. Il ne serait pas étonnant de voir un Japonais ou un Chinois gagner le Tour de France dans les dix prochaines années.

Christian Grégoire