Tour de France : Tadej Pogacar enraye le train Jumbo-Visma

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Pogacar Roglic
Tadej Pogacar (UAE Emirates), à gauche, et Primoz Roglic (Jumbo-Visma) sont particulièrement suivis depuis la Slovénie. | AFP

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Vainqueur de sa deuxième étape sur ce Tour 2020 au sommet du Grand Colombier, Tadej Pogacar (UAE Emirates) s’impose comme le principal rival de Primoz Roglic (Jumbo-Visma), encore plus après les défaillances d’Egan Bernal (Ineos-Grenadiers) et Nairo Quintana (Arkea-Samsic). Une performance d’autant plus remarquable que, contrairement à son compatriote, Pogacar n’est pas entouré par une armada.

Sur le moment, c’est une image qui a pu sembler anodine. Samedi 5 septembre, Tadej Pogacar (UAE Emirates) attaque dans le col de Peyresourde à 14 km de l’arrivée à Loudenvielle. Pas de panique dans le groupe de favoris : on laisse faire, notamment du côté de Primoz Roglic (Jumbo-Visma). Et pour cause, Pogacar est inoffensif. La veille, il a perdu plus de 1’20 minutes lors des bordures entre Millau et Lavaur. Il pointe donc à près d’une minute trente à la 16e place du classement général. Sauf que sur les pentes de Peyresourdes, Pogacar bat le record de la montée du col et reprend près de 40 secondes sur tous ses adversaires.

D'adversaire inoffensif à premier rival

Plus d’une semaine plus tard, cette image a une toute autre résonance. Entre temps, Tadej Pogacar s’est offert deux étapes du Tour de France, à chaque fois en devançant Primoz Roglic au sprint. D’abord à Laruns, dimanche dernier, puis au sommet du Grand Colombier une semaine plus tard. Deux victoires sur les deux premiers dimanches du Tour, avant une troisième dimanche prochain sur les Champs-Elysées ? En tout cas, ce scénario prend de l’ampleur, alors que le meilleur jeune du Tour, deuxième au général, n’affiche que 40 secondes de retard sur Roglic, et semble aérien en montagne. 

Sur ses deux victoires, Tadej Pogacar a devancé Primoz Roglic au sprint. Mais ce n’est pas ainsi qu’on gagne un Tour de France. Au-delà de ses deux succès, Pogacar a surtout impressionné ce jour-là parce qu’il a suivi le train infernal de la Jumbo-Visma sans sourciller. Comme il le fait dès que la route s’élève. Mieux : le jeune Slovène le fait seul, sans aucun coéquipier, puisqu’il est privé de Fabio Aru et Davide Formolo, déjà rentrés à la maison. "C’est très difficile lorsque l’on a deux bons coureurs absents. Mais nous avons prouvé que nous sommes toujours là", a-t-il reconnu à l’arrivée au Grand Colombier.

"A l’évidence Tadej est très fort, il a de très bonnes jambes. (…) Je voulais vraiment gagner mais Tadej a été un peu plus fort".

 
Mais dans la foulée, Tadej Pogacar a prévenu : "Si une chance se présente d'avoir le maillot jaune, j'essayerai. Ce serait le scénario parfait. On a une équipe forte pour le défendre, je crois en elle, elle l'a montré aujourd'hui. J'espère que le meilleur se produira dans la troisième semaine de course​​​​​". Pour son premier Tour, Pogacar ne manque donc pas d'ambition et rêve de s'emparer de la tunique jaune de son ami Roglic :"Nous sommes de bons amis. On s'entraîne ensemble quand on peut. Faire une sortie avec lui, ça veut dire un entraînement un peu dur ! Primoz (Roglic) est un gars très sympa, on peut parler de tout avec lui."

A quelques mètres de là dans la zone mixte, Roglic n’a peut-être pas entendu le message, mais il l’avait compris quelques minutes avant sur les pédales. "A l’évidence Tadej est très fort, il a de très bonnes jambes. Mes coéquipiers ont fait un travail incroyable aujourd’hui. Je voulais vraiment gagner mais Tadej a été un peu plus fort", a concédé le maillot jaune, avant de conclure : "Ça a été une bonne journée pour nous". Le leader de la Jumbo-Visma avait en effet de quoi être satisfait après avoir mis Quintana et Bernal hors course pour la victoire finale, et conforté son maillot jaune.

à voir aussi Tour de France : Tadej Pogacar s'impose de peu devant Primoz Roglic, qui conforte son maillot jaune Tour de France : Tadej Pogacar s'impose de peu devant Primoz Roglic, qui conforte son maillot jaune

Toutefois, Primoz Roglic devrait se méfier. En 2019, il avait déjà commis une erreur stratégique en se focalisant sur les favoris, notamment Vincenzo Nibali, et en sous-estimant les outsiders. Dans ces conditions, il avait perdu son maillot rose de leader au profit d’un de ces outsiders : Richard Carapaz, futur vainqueur du Giro. Un an plus tard, nul doute qu’il a retenu la leçon. Et en s’endormant dimanche soir à la veille de la deuxième journée de repos, Primoz Roglic aura certainement une image en boucle dans la tête : celle d’un jeune Slovène qui attaque dans le col de Peyresourde, et qui n’était pas si inoffensif que cela.