Tour de France : Septuple meilleur sprinteur aux Champs-Elysées, Peter Sagan a-t-il dit adieu au maillot vert ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Sam Bennett Peter Sagan
Sam Bennett (à g.) vs Peter Sagan : la lutte pour le maillot vert fait rage entre les deux hommes sur le Tour de France 2020. | AFP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Après trois semaines de lutte intense, Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) s’apprête à terminer le Tour de France sans le maillot vert. En huit participations, c’est la première fois que le Slovaque passera la ligne finale sans la tunique de meilleur sprinteur. Exclu du Tour en 2017, il l’avait sinon toujours remporté. Mais en 2020, il est tombé sur plus fort que lui : Sam Bennett (Deceuninck). Les chances d’inverser la tendance existent, mais sont minces.

Sur les routes du Jura, la 19e étape entre Bourg-en-Bresse a accouché d’un final haletant, digne d’une classique flandrienne, pour le plus grand plaisir des spectateurs et amoureux de la Grande Boucle. Ce scénario, on le doit à une lutte qui dure depuis le départ de ce Tour de France 2020, à un duel entre deux hommes qui s’écharpent afin d’enfiler une tunique : le maillot vert de meilleur sprinteur. Septuple tenant du titre, Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) a tout tenté depuis qu’il a cédé, pour la deuxième fois, ce maillot à Sam Bennett (Deceuninck-Quick Step) à l’issue de la 10e étape entre l’île d’Oléron et l’île de Ré.


Trois semaines de duel

Depuis le grand départ de Nice, seul Alexander Kristoff (UAE Emirates) a réussi à s’emparer du maillot au soir de la 1re étape. Dès la troisième, Sagan et Bennett se le sont accaparé. Deux jours pour le Slovaque, puis deux pour l’Irlandais, avant de le rendre trois jours à Sagan. Mais depuis 9 étapes, il est confortablement installé sur les épaules de Sam Bennett. A l’issue de la 19e étape, l’Irlandais compte 55 points d’avance sur l’ex triple champion du monde. Et ce, alors que 50 points seront octroyés au vainqueur du sprint final sur les Champs-Elysées, et 20 à celui du sprint intermédiaire. Mathématiquement, Sagan peut donc encore le faire. Mais vu son état de forme et son manque de vivacité depuis le départ, difficile de l’imaginer remporter les deux, ou ne serait-ce qu’un des deux. 

Pour le vérifier, il suffit de se pencher sur les chiffres. Depuis le départ, Sagan et Bennett ont participé à 6 arrivées massives ensemble. A chaque fois, Bennett a devancé le septuple maillot vert. Mais cette tunique se gagne aussi sur les sprints intermédiaires. Là encore, la domination de l’Irlandais est sans partage, ou presque. En effet, en 15 sprints disputés côte à côte, Bennett a devancé Sagan 12 fois, contre 3 fois pour le Slovaque. Surclassé en vitesse pure, Sagan a dû revoir sa copie et adapter sa stratégie. Autrement dit : grâce à ses coéquipiers, il durcissait la course à chaque difficulté pour éloigner Bennett, et empocher les points, comme entre Millau et Lavaur (7e étape) ou entre Clermont-Ferrand et Lyon (15e étape).



à voir aussi Tour de France : Peter Sagan, vert de rage, rate encore la victoire Tour de France : Peter Sagan, vert de rage, rate encore la victoire

Pour la rockstar du peloton, les derniers espoirs reposaient donc sur cette étape à travers le Jura et son profil escarpé. Comme entre Millau et Lavaur, ou entre Clermont-Ferrand et Lyon, son équipe de la Bora-Hansgrohe pouvait durcir le rythme de la course pour écarter l’Irlandais. Sauf que cette fois, le sprint intermédiaire intervenait dans la partie finale de l’étape. L’écurie allemande avait donc moins de marge de manœuvre. D’autant qu’en tête de course, c’est un coéquipier de Bennett, Rémi Cavagna, qui est passé seul en tête au sprint. Coup dur pour Sagan. Dans la foulée, le Slovaque était battu au sprint par Bennett. Nouveau coup dur. Le maillot vert s’éloignait.

Sagan, déjà recordman

Dans le final de l’étape, les deux hommes sont partis ensemble dans un groupe de douze, comprenant aussi Matteo Trentin (CCC), revenu en embuscade à 14 pts de Sagan dans la course au maillot vert. L’Italien tentait justement d’écarter les deux rivaux, sans succès. Sur la ligne à Champagnole, les trois compères se suivaient : Bennett 8e, Sagan 9e, Trentin 10e. A moins d’un renversement total de situation (assez peu probable), Sam Bennett devrait donc être sacré meilleur sprinteur de ce Tour dimanche sur les Champs-Elysées.  "J'ai laissé tomber l'idée de gagner l'étape, je me suis concentré uniquement sur Sagan et la lutte pour les points", reconnaissait le coureur de la Deceuninck. "Je ne voulais pas prendre le moindre risque et j'ai laissé toutes mes forces sur la route pour assurer ma position. Maintenant il faut que je finisse l'étape de demain. Et je pense que si les conditions sont correctes, j'aurai simplement à terminer l'étape dimanche."

Une juste récompense pour l’Irlandais, malmené par la stratégie de Sagan, mais incontestablement meilleur sprinteur que le Slovaque cette année. D’ailleurs, s’il ne bénéficiait pas du travail de toute une équipe comme Sagan, Bennett avait sa propre stratégie en intercalant à chaque sprint Michael Morkov, son coéquipier et poisson pilote, entre lui et Sagan, pour chiper des points au Slovaque. Au final, après trois semaines d'une lutte comme on n’en avait plus vue depuis longtemps, le maillot vert sera Irlandais. Pour la première fois depuis son arrivée sur le Tour en 2012, à l’exception de 2017 (il avait été exclu du Tour) Sagan ne posera pas sur le podium des Champs-Elysées tout de vert vêtu. Déjà recordman en la matière avec 7 titres à 30 ans, Sagan doit se dire qu’il aura encore le temps d’aller en décrocher un huitième pour améliorer son record, car le Slovaque est du genre à voir le vert à moitié plein.