Romain Bardet signe la première victoire française sur le Tour 2016
Romain Bardet signe la première victoire française sur le Tour 2016 | AFP

Tour de France: Romain Bardet conquiert la reine des Alpes et s'offre la première victoire française

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Sous la pluie, Romain Bardet a offert à la France sa première victoire sur ce Tour de France 2016. Parti avant l'ascension de l'ultime difficulté du jour, le leader d'AG2R La Mondiale a fait exploser le peloton avant de s'envoler en solitaire pour une victoire de prestige face au Mont-Blanc. Un succès qui lui permet de devenir le nouveau dauphin de Christopher Froome, devant Nairo Quintana et Adam Yates.

Après 1926 et 1999, la question brûlait les lèvres de beaucoup de supporters français sur la route du Tour : allait-on assister pour la troisième fois de l’histoire à une Grande Boucle sans victoire française ? Il aura finalement fallu attendre 19 étapes pour voir un représentant tricolore lever les bras. Pour la dernière arrivée au sommet de cette 103e édition, Romain Bardet a profité de conditions climatiques dantesques pour s’envoler au pied du Mont-Blanc et s’adjuger une victoire de prestige, sa deuxième sur le Tour après son succès l’année dernière, déjà en solitaire, à Saint-Jean-de-Maurienne.

Majka, roi de la montagne

Outre les éventuels écarts au général, cette antépénultième étape de ce Tour 2016 pouvait également décider du sort du maillot à pois. Pas étonnant donc de voir Thomas De Gendt partir dès le kilomètre 0 en compagnie de 19 autres coureurs dont Rafal Majka et quatre français : Tony Gallopin, Alexis Vuillermoz, Amaël Moinard et Pierre Rolland. De Gendt, deuxième du classement de la montagne, espérait bien venir perturber les plans de Rafal Majka dans sa conquête de la liquette à pois. Si le coureur de la Lotto-Soudal prend le meilleur lors des deux premières ascensions du jour, Majka fait la différence dans la montée inédite de Bisanne, profitant de la défaillance de Thomas De Gendt pour passer en tête au sommet. Avec 25 points, le coureur de la Team Tinkoff valide définitivement son maillot à pois en tête de la montée de Bisanne en empochant 25 points et sera, comme en 2014, sur le podium à Paris.  

La pluie comme dynamiteur

Col inédit et le seul répertorié hors-catégorie pour cette 19e étape, la montée sinueuse de Bisanne (12.4 km à 8.2%) annonçait de nombreux dégâts dans le peloton. Alors que Tom Dumoulin, blessé au poignet, abandonnait au pied de la montée suite à une chute, quelques leaders semblent déjà en difficulté dès les premiers hectomètres d'ascension à l’image d’Adam Yates, Warren Barguil et Dan Martin tous trois en queue de peloton alors que Tejay Van Garderen confirme son Tour en demi-teinte en n’arrivant pas à suivre le rythme imprimé par les Astana.

Majka ayant validé son maillot à pois en haut de la montée de Bisanne, c’est Pierre Rolland qui tente d’enflammer cette fin de course en s’échappant dès le début de la descente en compagnie de Rui Costa. Mais l’arrivée de la pluie allait rebattre toutes les cartes pour ces 40 derniers kilomètres. Une pluie fatale d’abord à Pierre Rolland qui dérape dans un virage, finissant sur le bas-côté. Le coude en sang, le maillot déchiré et couvert de boue, le coureur de la Cannondale remonte sur son vélo au courage, repartant difficilement derrière le groupe maillot jaune. C’est une pluie de plus en plus puissante qui s’abat sur la route du Tour, rendant très dangereuse cette descente vers l’ultime ascension de cette 19e étape, le ciel noir et les nuages très bas n’étant pas sans rappeler l’arrivée sous la grêle à Andorre-Arcalis lors de la première semaine. Seul en tête après la chute de Pierre Rolland, Rui Costa continue son échappée, profitant de la prudence et de la désorganisation derrière pour augmenter l’écart à une minute sur ses poursuivants et à 1’40" sur le peloton. 

Bardet chante sous ​la pl​uie, Froome déchante​

Si la montée de Bisanne devait faire exploser plusieurs coureurs, les conditions dantesques rendent la descente périlleuse et plusieurs coureurs en ont fait les frais. Les deux coureurs de la FDJ Sébastien Reichenbach et Steve Morabito ont eux aussi goûté le bitume tout comme le leader de la BMC Richie Porte. Astana en profite pour accélérer le rythme en tête de peloton, tentant de profiter de l'éventuelle faiblesse d'un concurrent trop prudent. Une stratégie qui fait fondre l’écart avec le groupe de poursuivants, repris à 25 kilomètres de l’arrivée.

La pluie rend cette fin d’étape totalement folle. La descente de Domancy en prélude de la montée finale fait elle aussi énormément de dégâts. Alors que Rui Costa maintient le cap, les incidents continuent dans le groupe maillot jaune. D’abord une chute collective de Navarro, Sepulveda et G. Bennett, fatale au coureur de la Cofidis qui abandonne la route du Tour, avant que Bokke Mollema, Vincenzo Nibali mais surtout Christopher Froome ne chutent eux aussi. Un événement dont profitent Romain Bardet et son pote Mikaël Chérel. Les deux AG2R fuient le peloton avant que le leader de l’équipe française ne profite du gros travail de Chérel l'homme de l'ombre pour s’envoler seul à la poursuite de Rui Costa. A 45 secondes du portugais au pied de la montée de Saint-Gervais, Bardet grapille les secondes mètres après mètres avant de rejoindre le coureur de la Lampre à huit kilomètres du terme.      

L’échappée de Romain Bardet enflamme le groupe maillot jaune où seul Mollema manque à l’appel, toutes les équipes de leaders se relayant en tête de peloton pour ne pas laisser filer le 5e du classement général vers la victoire. L’écart se réduit peu à peu, passant sous les trente secondes à quatre kilomètres de l’arrivée au moment où Rui Costa lâche prise pour laisser Bardet s’envoler seul en tête. L’accélération du peloton fait mal : Adam Yates lâche quelques mètres alors que pour la première fois en deux semaines et demie, Chris Froome - maillot déchiré - ne semble pas dans les meilleures conditions après sa lourde chute. Porte et Quintana lancent les premières banderilles avant que Fabio Aru ne tente lui aussi sa chance, sans réellement mettre en danger le porteur de la liquette jaune. Loin de tout ça, Romain Bardet lui fend la foule à l’assaut du Mont-Blanc. Après un dernier effort sous la flamme rouge, l’Auvergnat peut enfin savourer. Sourire aux lèvres, le coureur de 25 ans relâche quelques peu son effort lors des derniers mètres, profitant d’un public acquis à sa cause pour lever les bras et s’offrir une deuxième victoire sur le Tour de France après Saint-Jean-de-Maurienne l’année dernière. 

"C'est fabuleux !"​

Une victoire en forme de coup double pour la natif de Brioude. Profitant de la défaillance de plusieurs leaders, Romain Bardet se hisse sur le podium à deux jours de la fin de cette Grande Boucle, devenant le nouveau dauphin de Christopher Froome à 4'11". Au micro de Francetvsport, le vainqueur du jour ne semblait pas encore réaliser pleinement la mesure de son exploit. "C'est beau, c'est le vélo à l'instinct. Mika (Cherel) m'a bien aidé... Je ne pensais qu'au général et quand j'ai réussi à lâcher Costa, j'ai compris que j'allais pouvoir remporter l'étape. (...) Je ne réalise pas du tout. Deuxième du général, deux étapes en deux ans, c'est fabuleux !" s'est réjoui Bardet. Si Christopher Froome a conforté sa place de leader malgré une fin d'étape difficile, l'ex-deuxième du général Bokke Mollema a sombré dans les Alpes, pointant désormais à 7'42" du maillot jaune (10e) alors qu'Adam Yates, l'autre perdant du jour, tombe au pied du podium à 4'36". Nairo Quintana complète le podium, à 4'27".  

Mathieu Aellen