Tour de France : Roglic, Pinot, Alaphilippe, Ineos, 5 questions pour un week-end pyrénéen

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Auteur·e : Andréa La Perna
Tour de France 2019 Tourmalet
Dans les Pyrénées l'an dernier, Thibaut Pinot avait donné la leçon à ses adversaires. | AFP

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Après avoir goûté au dénivelé de l’arrière-pays niçois, à la montée d’Orcières-Merlette et au Col de la Lusette, le peloton du Tour de France va affronter les Pyrénées samedi et dimanche pour seulement deux étapes. Comme les leaders ne se sont que très peu dévoilés jusqu’à présent, de nombreuses questions se bousculent à l'aube de ce week-end.

• L’équipe Jumbo-Visma a-t-elle intérêt à aller chercher le maillot jaune ?

Dès décembre dernier, la formation néerlandaise affichait ses ambitions. Les 8 coureurs pour le Tour de France étaient déjà désignés et le trio Primoz Roglic - Tom Dumoulin - Steven Kruijswijk devait se présenter à Nice. Un vainqueur de la Vuelta, un autre du Giro et le 3e du dernier Tour de France devaient faire équipe. Ce dernier a beau avoir abdiqué après une chute sur le Dauphiné, la Jumbo-Visma faisait figure d’épouvantail sur le Tour de France 2020.

La forme affichée sur le Tour de l’Ain (2 étapes et le général pour Roglic) et le Critérium du Dauphiné (3 victoires d’étapes : Van Aert, Kuss, Roglic) a fait pâlir bon nombre de concurrents. C’est surtout la manière avec laquelle ces succès ont été remportés qui a rendu légitimes les ambitions de sacre sur le Tour de France. De noir, aux couleurs de Sky, le train tyrannique en montagne serait assurément jaune cette année.

Il a été entre-aperçu jusqu’à présent, dans la montée d’Orcières-Merlette pour mettre sur orbite Primoz Roglic et essaimer la concurrence. Wout Van Aert, Robert Gesink, George Bennett et Sepp Kuss pourraient se mettre en route ce week-end. Roglic n’est qu’à 3 secondes du leader Adam Yates, il suffit d’une victoire ou d’une bonification suffisante pour que le Slovène récupère le maillot jaune. 

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Si tel est le cas, l’équipe est clairement armée pour le défendre. Si elle le fait, elle devra prendre les responsabilités de la course face aux autres équipes. Mais d’après Sandy Casar, l’ex-vainqueur d’étapes sur la Grande Boucle “c'est un peu comme en foot quand vous avez un but d'avance, vous n'avez plus qu'à défendre. Et vous pouvez même contrer votre adversaire et lui en mettre un deuxième". Interrogé par l’AFP, le Français se souvient de l’avantage décisif pris par Chris Froome à Bagnères-de-Luchon en 2016.

• La formation Ineos a-t-elle les moyens de prendre les choses en mains ?

Traditionnellement dominatrice sur le Tour de France (7 victoires finales sur les 8 dernières années), la formation britannique n’est plus la même, au moins dans son apparence avec les absences de Geraint Thomas et de Chris Froome. Et dans ses dernières prestations, elle a semblé moins convaincante que la Jumbo-Visma. Egan Bernal s’est soudainement retrouvé esseulé dans le Grand Colombier sur le Tour de l’Ain. Et dans le Critérium du Dauphiné, l'abandon du Colombien a pu sonner comme un aveu de faiblesse.

Mais sur ce Tour de France, les Ineos Grenadiers n’ont pas été inactifs, au contraire. Vendredi, ils ont été à l’initiative du coup de bordure fatal à Tadej Pogacar (UAE), Mikel Landa (Bahrain-McLaren) et Richie Porte (Trek Segafredo). On les a vus aussi assurer le tempo jeudi dans l’ascension vers le Mont Aigoual. Mais ce tempo n’était pas intense et a surtout semblé être un moyen de permettre à Bernal de monter à son rythme, lui qui a d’ailleurs demandé à Michal Kwiatkowski de ralentir dans les derniers mètres, visiblement fatigué.

Le Colombien est bien placé au général, 4e à 13 secondes du maillot jaune, mais son abandon au Dauphiné, le fait d’avoir été battu par Roglic sur le Tour de l’Ain et son expression corporelle dans le Col de la Lusette n’indiquent pas une forme olympique. Et ses deux meilleurs atouts en montagne ont pris un coup : Pavel Sivakov est encore meurtri de ses chutes et Richard Carapaz, qui ne s’est pas spécialement préparé pour le Tour, a déjà perdu 2 minutes au général.

Du côté d’Ineos on ne cesse d’insister : “Il n’y a pas d’inquiétude à avoir”. Le pic de forme de Bernal est attendu en 3e semaine. L’an dernier, c’est à ce moment de la course qu’il avait pris les devants pour s’imposer. Son équipe ne s’était pas précipitée.

• A quel jeu Julian Alaphilippe va-t-il jouer ?

Il ne cesse de clamer qu’il ne joue pas le classement général. Déjà vainqueur d’étape et maillot jaune pendant 3 jours, le Français a ensuite perdu sa tunique pour une étrange affaire de bidon non autorisée. Le lendemain, il a repris une seconde à Adam Yates au sommet du Mont Aigoual. Ce vendredi, Julian Alaphilippe a participé au sprint en comité réduit à Lavaur.

Encore très proche du leader au général (15 secondes le séparent de Yates), il n’aura pas assez de libertés pour s’immiscer dans une échappée ce week-end. Et son état de forme, satisfaisant mais moins aérien que l’an dernier, risque de l’empêcher de jouer des coudes avec les favoris. A Orcières-Merlette, sur son terrain de chasse, le Français n’a pas réussi à suivre Roglic et Pogacar au sprint. Il a lui-même confié être “au rupteur” ce jour-là. 

Julian Alaphilippe aura en tout cas l’occasion de retrouver encore une fois le maillot jaune ce week-end, s’il tient la roue des meilleurs grimpeurs. Dans la descente vers Loudenvielle, il pourrait très bien tenter sa chance. “Porter le maillot jaune, c'est quelque chose qui lui sied bien et qu'il affectionne. En plus ce serait synonyme de victoire: le voir actif dans les Pyrénées, ça paraît assez logique", a prédit Jean-Christophe Péraud à l’AFP

• Thibaut Pinot pourra-t-il être aussi étincelant que l'an dernier ?

Vainqueur brillant au sommet du Tourmalet et le plus fort des leaders dans le Prat d'Albis l'an dernier, le Français avait profité des étapes pyrénéennes pour faire naître nombre d'espoirs. Après son abandon terrible dans les Alpes en 2019, aux portes de la gloire, Thibaut Pinot est très attendu cette année. 

En constante progression cette année, le grimpeur de la Groupama-FDJ a conclu le Critérium du Dauphiné à la 2e place, c'est-à-dire devant tous les autres favoris prévus sur le Tour de France. Mais il est tombé lourdement lors de la première étape, à Nice. Touché au genou et à l'épaule il a grimacé lors des premières journées, mais il a tenu son rang au milieu des favoris, que ce soit en altitude ou dans les bordures, ce qui n'avait pas été le cas l'an dernier.

Il ne s'est pas encore vraiment dévoilé. Des inquiétudes subsistent concernant son état de forme et celui de son lieutenant David Gaudu, qui avait été précieux dans les Pyrénées l'an dernier. Pinot a l'occasion de les lever dès ce week-end. Son directeur sportif Thierry Bricaud le dit lui-même : "Ces deux étapes de montagne distribueront les cartes pour la suite du Tour". 

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• La bataille en montagne va-t-elle encore faire pschitt ?

Ni l'arrière-pays niçois, ni le Col de la Lusette n'ont poussé les leaders à se dévoiler. C'était à peine plus marqué dans la montée d'Orcières-Merlette, où un sprint avait départagé les meilleurs. Ce week-end, les coureurs vont affronter leur premier enchaînement de cols sur ce Tour de France 2020. Quatre cols de première catégorie et un hors catégorie sont notamment au programme entre samedi et dimanche.

Sur le papier de belles bagarres pourraient avoir lieu. Les écarts en tête du classement général sont tellement infimes que beaucoup pourraient tenter d'aller se parer de jaune. Il y aura forcément des coureurs moins en forme que d'autres qui perdront du temps. Mais, un nouvel exemple de statu quo et de neutralisation entre les leaders pourrait voir le jour.

Assumer la responsabilité du maillot jaune c'est se rendre vulnérable. Aller le chercher, c'est prendre des risques et prendre des risques c'est aussi laisser des forces. D'un autre côté, aucune des deux étapes ne se conclura par une arrivée en côte. Les échappées auront-elles, par contre, de belles opportunités d'aller au bout ? Et si des coureurs, bien placés au général tentent leur chance, la bataille pourrait s'avérer intéressante.

Le profil de la 8e étape

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