Julian Alaphilippe endosse son maillot blanc
Julian Alaphilppe est un coureur de courses à étapes pour son entraîneur | DE WAELE Tim / TDWsport Sarl / DPPI media

Tour de France: Pour son entraîneur, Julian Alaphilippe est un grimpeur

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Depuis que Julian Alaphilippe est en âge de gagner des courses, son cousin Franck occupe le rôle d'entraîneur. Toujours à ses côtés mais jamais dans la lumière, le cousin connaît la nouvelle perle du cyclisme français par coeur.

La relation entre Franck et Julian Alaphilippe

"Je l’entraîne depuis ses débuts en compétition. Au début c’était plutôt des conseils, je ne voulais pas lui apporter des plans d’entraînements dès l’âge de 14-15 ans. J’ai attendu qu’il soit cadet puis junior. Quand il a atteint le haut niveau, on a mis en place un suivi d’entraînement adapté. A son arrivée dans l’équipe espoir d’Etixx, ils lui ont proposé un entraîneur mais il a préféré rester avec moi pour plusieurs raisons. Nous sommes cousins donc c’est plus simple et puis moi je le connais par cœur, je sais comment il fonctionne. Si ça ne va pas, il veut pouvoir m’expliquer le problème en cinq minutes et que je comprenne rapidement, pas que ça prenne une heure avec un autre. Les entraîneurs d’Etixx sont sans doute très bons mais Julian est quelqu’un de très loyal et de très fidèle."

La gestion de l’entraînement

"Au début de saison, l’équipe lui fixe des objectifs et il me donne son programme de courses. Je lui mets en place un protocole d’entraînement pour alterner période d’intensité et période de repos. L’équipe ne nous fixe pas d’axes de travail particuliers, nous sommes totalement libres. Bien sûr Julian fait des retours à ses dirigeants mais tant que les résultats suivent, ils ne nous disent rien. Le seul qui a des relations avec Etixx-Quick Step, c’est Julian, moi je n’en ai aucune. Tout passe par lui. Son équipe le responsabilise énormément. C’est étonnant pour un si jeune coureur mais il y a une confiance réciproque entre Julian, son staff et ses dirigeants."

Un coureur sérieux

"C’est un coureur qui suit son programme de très près. A tel point que quand il a un doute sur un exercice, il me passe un coup de fil pour être sûr que c’est l’exercice qu’il lui faut à ce moment précis. On est énormément dans le dialogue. Quand je lui envoie un programme de course, on va immédiatement en discuter, il ne va pas le reproduire bêtement. C’est typiquement le genre de coureurs qui veut savoir pourquoi il fait tel ou tel exercice. Avec moi il le sait justement parce qu’on travaille ensemble depuis longtemps et que s’est noué au fil du temps une certaine complicité. Il connaît les exercices que je lui propose, à moi de les lui imposer au bon moment, en fonction de ses objectifs."

Les axes de travail​

"On travaille avant tout ses qualités. Je ne perds pas de temps avec lui à travailler ses défauts. Peut-être qu’un jour il le faudra. Quand il est arrivé chez les professionnels son point faible était le contre-la-montre, il est certain qu’à un moment il faudra bosser dessus. On travaille sur des limites assez hautes, telle que la PMA (puissance maximale aérobie, à savoir la capacité à tenir un effort très intense pendant un laps de temps assez long) et puis ses qualités de sprint. Il va relativement vite, il est l’un des meilleurs sprinteurs parmi les grimpeurs. Je le mets dans la catégorie des grimpeurs. La haute montagne, il ne connaît pas encore, c’est autre chose mais pour moi il est grimpeur."

La saison blanche en 2010

"Julian a été gêné par le cartilage de son genou droit et n’a pas couru pendant toute l’année 2010, ou presque. Cette blessure nous a énormément inquiétés. Chez les jeunes la saison junior 2 est toujours extrêmement importante et il n’a quasiment pas couru. Il a repris le vélo en fin de saison pour faire des courses de niveau régional. Ça a été inquiétant, d’autant plus qu’il a eu du mal à savoir à ce qu’il se passait réellement dans son genou. Ça nous a extrêmement inquiétés, lui comme moi. Heureusement cette blessure est derrière lui désormais."

Son Tour de France 2016

"Il était hyper déçu d’avoir raté la victoire dimanche à Cherbourg. Il sait qu’il est passé à côté d’un exploit. A 24 ans, pouvoir prendre le maillot… Surtout qu’il ne le perd pas de deux minutes mais de quelques mètres. J’espère qu’il ira très loin mais il ne faut pas oublier qu’il a attrapé une mononucléose en fin de saison dernière, ce qui a perturbé son programme d’entraînement de début de saison. Ma seule crainte réside dans cette base foncière qu’il n’a pas pu mettre en place. Il prend au jour le jour. Les Pyrénées vont être un bon test pour lui, on refera un point après tout cela. Il n’a pas une grande habitude de la haute montagne. Il l’a seulement découverte sur le Dauphiné depuis deux ou trois saisons et notamment cette année où il a bien marché et participé activement à la course."

Son profil

"Il est plutôt catalogué coureur de classiques, maintenant il y a de très bons coureurs qui ont réussi les deux. Moi je pense qu’il peut devenir un très bon coureur de courses à étapes. Il a une très bonne récupération, il est assez complet. La comparaison avec Valverde me semble plutôt juste. Son seul point faible, et encore point faible entre guillemets, serait le contre-la-montre. Le Tour de France va être un très bon test avec deux chronos très difficiles. Lui comme moi attendons ces moments avec impatience. Nous ferons le point à la sortie du Tour sur la suite à donner à sa carrière."

Sa fraîcheur

"C’est un attaquant, un bagarreur. Il n’aime pas attendre. L’autre jour, il disait que sur l’étape où ça ne roulait pas vite, il s’ennuyait. Il va falloir qu’il se canalise. Ça va faire aussi partie des éléments qui vont lui permettre de progresser. Il en est conscient mais c’est son tempérament. C’est quelqu’un d’hyperactif qui bouge tout le temps mais il va devoir en passer par là."

Christophe Gaudot @ChrisGaudot