Tour de France : Peter Sagan, bonjour tristesse ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Peter Sagan

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Pour la première fois depuis son premier Tour de France, Peter Sagan a rallié les Champs-Elysées sans triompher tout vêtu de vert sur le podium réservé au meilleur sprinteur de l’édition. Si le Slovaque s’est battu jusqu’au bout, il n’a jamais semblé être en mesure de décrocher ce maillot vert qui lui collait pourtant à la peau jusqu’à présent.

Si, si, je souris ! Regardez si j’enlève le masque. Je ne l’ai pas perdu mon sourire”. Avant de s’élancer vers Champagnole, ville arrivée de la 19e étape, là où il n’avait plus le droit à l’erreur, Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) s’est présenté face caméra sans vraiment rassurer. Il y avait comme un décalage entre la teneur de ses propos et sa manière de les tenir, avec une lassitude quasi-ironique. Sur ce Tour de France, l’indolence et l’habituel détachement du Slovaque n’ont pas été compensés par ses facéties.

Masques et frustrations

En trois semaines de course, jamais il n’aura donné l’impression de prendre du plaisir. Pas de wheeling au moment de franchir la ligne d’arrivée du contre-la-montre, pas d’autographe signé depuis son vélo. Les seules images que les spectateurs retiendront seront celles d’un coureur blasé en interview et frustré lors des sprints massifs. L’extravagant triple champion du monde a tout donné, mais il s’est incliné à la pédale pour la première fois au classement du maillot vert.

Troisième à Paris ce dimanche et à l'Île de Ré, quatrième à Privas et à Lyon, cinquième à Nice et Sisteron. Comme souvent, Sagan a souvent joué placé, mais cette fois il n’a jamais gagné - pour la première fois depuis 2015. La seule fois où il a semblé en mesure de jouer la victoire, il a tout simplement été déclassé. Deuxième sur la ligne, il avait été sanctionné après avoir poussé Wout van Aert (Jumbo-Visma) dans l’emballage final à Poitiers. Et à Lavaur, un problème mécanique l’a tout simplement empêché de jouer les premiers rôles au sein d’un groupe pourtant réduit par ses soins.

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Beau joueur et lucide, Peter Sagan a rappelé qu’il n’était “pas un pur sprinteur” et que des coureurs comme “Sam [Bennett] et Caleb Ewan étaient plus rapides” que lui. Le Slovaque s’est battu avec ses propres armes : son panache, son endurance et une équipe dévouée. Il n’a pas hésité à durcir la course pour évincer ses rivaux. Comme dans la côte de Luzençon, quelques instants après le départ de la 7e étape donné à Millau. Vers Champagnole, il a forcé les autres sprinteurs à s’échapper du peloton pour espérer se disputer la gagne.

Sam Bennett et la taxe Morkov

Jamais le coureur de 30 ans n’a abdiqué alors que son Tour de France a fini par prendre de airs de journée sans fin. Le Slovaque a été écrasé par la fatalité des sprints intermédiaires, constamment piégé et réduit au silence par son ancien coéquipier Sam Bennett et son fidèle poisson-pilote Michael Morkov (Deceuninck-Quick Step) ; le Danois s’intercalant systématiquement entre le maillot vert et Sagan comme pour taxer ce dernier dans sa moisson de points.

Lors de ce Tour de France 2020, Peter Sagan aura arboré deux masques, celui de l’effort et de la souffrance en course et celui muselant ses facéties en zone mixte. De là à porter celui de la tristesse ? Déjà recordman du nombre de maillots verts, le Slovaque n’en remportera pas un 8e cette année. C’est une petite claque, mais s’il y a bien une chose qui doit lui occuper l’esprit, c’est sa disette de victoires. Depuis son succès à Colmar sur le Tour il y a plus d’un an, il n’a tout simplement plus levé les bras. 

De 12 victoires en 2017, à 8 en 2018 puis 4 en 2019, son compteur de succès affiche 0 en 2020. A 30 ans, Sagan se sait dans une période charnière. Physiquement, il ne semble pas être au meilleur de sa forme. Psychologiquement, le Slovaque peut se dire qu’il a presque déjà tout gagné - il en est à 113 victoires professionnelles. Mais la bataille qu’il a livrée sur la Grande Boucle prouve qu’il est encore un cador. Reste à savoir s’il sait encore être le plus fort.