Tour de France: l'exploit de Tadej Pogacar vu de la Slovénie

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Dupriez
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) remporte la 15e étape au Grand Colombier
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) remporte la 15e étape au Grand Colombier | AFP - Anne-Christine POUJOULAT

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Tadej Pogacar a réussi, en terre française, le plus grand exploit de sa jeune carrière. À presque 22 ans, le Slovène a remporté ce dimanche, loin de ses terres, le Tour de France. Une performance qui a fait grand bruit dans son pays, où Tadej Pogacar, qui évoluait jusqu'à lors dans l'ombre de Primoz Roglic, a pris une nouvelle dimension sur les routes de la grande boucle.

Hier à Ljubljana et dans toute la Slovénie, la terre a tremblé sous les cris d’encouragement du peuple slovène pour ses coureurs. Si Primoz Roglic, porteur du maillot jaune au matin du contre-la-montre entre Lure et la Planche des Belles Filles, est le favori des foules, et celui avec qui le peuple slovène s’est intéressé au cyclisme, Tadej Pogacar allait provoquer un séisme. "Ce qui est marquant en Slovénie, c'est qu'hier, pour tout le monde, le pays avait deux grands vainqueurs, détaille Andrej Milijkovic, journaliste pour Eskipa SN, un quotidien sportif slovène, aujourd'hui, alors que les deux premiers au classement sont tous les deux Slovènes, l'opinion publique est renversée. Désormais, tout le monde considère qu'il y a un immense vainqueur, Pogacar, et un immense perdant, Roglic. Le statut de ce dernier a totalement changé."

Il faut bien dire que depuis 10 jours, la vie de tout un pays s’articule autour de la grande boucle. Les 21 étapes du Tour de France ont remplacé les actualités politiques et la situation sanitaire à la télévision. "Il n’est plus question pour les chaînes de télévision, même généraliste de parler d’autre chose que de cyclisme. Alors évidemment, le contre-la-montre a déchainé les passions, poursuit le journaliste. À la télévision, des psychologues tentent même d'expliquer la défaillance de Roglic, c'est assez fou."

"Ce matin, tout le monde pensait que le Tour était terminé"

Dans la presse, et dans les cœurs de tout le peuple, le Tour semblait déjà joué au matin de l’épreuve chronométrée. Il n’y a qu’à voir le tweet du président de la République, Borut Pahor, pour le comprendre. 

"J'espère que dans une heure, en plus du drapeau slovène, le drapeau jaune flottera également au palais présidentiel. Bonne chance !", écrivait ainsi le chef de l’État en ne mentionnant qu’un coureur à la fin de ce tweet, Primoz Roglic. "Dans la presse, tout le monde pensait que le Tour était terminé au soir de l’étape s’achevant au col de Loze et que Roglic en était le vainqueur", confirme Andrej Milijkovic avant d’ajouter. "Pour ma part, je me préparais à partir pour Paris, je ne regardais le contre-la-montre que d'un seul œil. Quand j'ai entendu que Pogacar se rapprochait, mon téléphone n'en finissait plus de vibrer. Mais, au départ de cette étape, personne n'imaginait que le Tour pouvait être renversé."

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"Le statut de Pogacar a changé au cours du Tour de France"

Attendu comme un outsider sérieux à la victoire finale avant même le début de la grande boucle, mais pas placé au même rang que Primoz Roglic ou Egan Bernal par la presse slovène, Tadej Pogacar a pris, petit à petit, une nouvelle dimension. "Les Slovènes se sont rendus compte du niveau de Pogacar après qu’il ait perdu du temps dans une bordure, analyse Andrej Milijkovic, Lors de la 8e étape, quand Pogacar a attaqué, contre l’avis de son directeur sportif qui ne voulait pas qu’il montre sa force trop tôt, les Slovènes ont vu en Tadej un vainqueur potentiel du Tour 2020."

Si la phrase de son directeur sportif, Allan Peiper, a été très commentée, elle a eu don de changer l’opinion de tout un peuple sur le talentueux Pogacar. Petit à petit, le coureur de 21 ans a gagné en popularité, et en soutien populaire, à coup de résultats marquants, sa démonstration sur le contre-la-monstre étant sans doute la plus surprenante aux yeux du peuple slovène. "Ce qui a été très apprécié ici, c’est le fait que Pogacar court 'seul', sans une équipe dominante à ses côtés, au contraire de Roglic. Le statut de Pogacar a changé au cours du Tour de France, mais dès les premières étapes pyrénéennes, l’opinion commençait à croire qu’il était aussi fort que Roglic en 1 contre 1, peut-être plus fort même."

Et dans le contre-la-montre final, dépourvu de ses équipiers, les meilleurs du peloton, Primoz Roglic a donc échoué, en un contre un, face à Tadej Pogacar. Par son cyclisme offensif, et la joie qu’il possède toujours sur son visage, le prodige de 21 ans n’a pas seulement remporté le Tour de France. Il a également gagné le cœur de tous les Slovènes.