Tour de France : Le peloton à l'heure du crash-test PCR

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De notre envoyé·e spécial·e Xavier Richard
Le gruppetto dans le Port de Balès
Le gruppetto dans le Port de Balès | DR

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Après neuf jours de courses intenses, les coureurs du Tour de France repassent par la case test. Entre appréhension des conséquences si ce dernier s'avère positif et sérénité apparente, chacun appréhende le passage par la case labo à sa façon.

Ecouvillons, vélo, dodo, c’est en résumé ce qui attend les coureurs pendant cette première journée de repos du Tour. Le rendez-vous était pris depuis Nice où les derniers tests PCR ont été pratiqués sur le peloton. Tous négatif. Qu’en sera-il dix jours plus tard ? C’est avec la boule au ventre que certains coureurs vont arriver, narines au vent. « Il y a forcément la petite crainte d’être testé positif, ce serait forcément un gros coup dur pour nous », confie Mikael Cherel, fidèle lieutenant de Romain Bardet chez AG2R-La Mondiale.

« Je commence à être habitué, on en a eu tellement »

Selon le protocole établi avant le départ, deux cas positifs dans l’équipe et ce serait la porte. « Déjà en temps normal il y a pas mal de contraintes et de stress sur les routes du Tour de France, explique pour sa part Cédric Vasseur, manager de la formation Cofidis. La menace est présente. On le voit dans l’actualité. Le nombre de tests positifs ces dernières 24 heures a bien explosé en France (près de 9000 vas positifs vendredi et 28 départements classés zone de circulation active, ndlr). On ne peut pas s’empêcher de penser que sur la caravane du Tour de France puisse aussi être touchée. »

De 9h30 et 11h30, dix-neuf équipes vont défiler dans le laboratoire itinérant choisi par ASO, l’organisateur du Tour, pour réaliser ces tests. Présent tous les jours à proximité de la ligne de départ, il est capable de donner un résultat en une heure chrono. Depuis Nice, seules des personnes présentants des symptômes de la Covid-19 sont venues se faire tester. A La Rochelle, le labo aura vu tous les « pensionnaires » de la bulle course, environ 650 personnes dont les 166 coureurs encore en lice. « Je commence à être habitué, on en a eu tellement, lâche Pavel Sivakov (Ineos), pas stressé du tout. C’est devenu la nouvelle normalité. C’est un peu une roulette russe pour toutes les équipes car s’il y a des cas positifs, ils rentrent chez eux. On essaye de ne pas y penser. Moi je me dis que tout ira bien. »

Ineos, CCC et Groupama-FDJ testés à Pau

Les capacités d’analyse sur place étant limitées, tous les prélèvements seront donc envoyés à Paris afin d’obtenir les résultats dans la nuit. C’est pour cette raison que les tests ont commencé à Pau dès dimanche matin avec les coureurs qui logeaient à proximité du Palais Beaumont (Ineos, CCC et Groupama-FDJ), les staffs de toutes les équipes et une partie de la caravane (gendarmes, hôtes et hôtesses, etc). Ce n’est que mardi matin avant le départ de la 10e étape que les résultats et les éventuelles décisions seront communiquées par les organisateurs et l’Union cycliste international. Certaines équipes n’ont pas attendu le verdict du PCR pour tester leurs coureurs avant la journée de repos. Cofidis a fait ce choix en pratiquant vendredi un test salivaire. 

L'équipe Groupama-FDJ à la sortie de son test PCR à Pau
L'équipe Groupama-FDJ à la sortie de son test PCR à Pau © DR

« Le délai entre les deux tests était assez long, justifie Michel Cerfontaine, le médecin de l’équipe nordiste. On a réalisé des tests complémentaires parce qu’il était important pour nous d’avoir une sécurité au niveau sanitaire, à la fois pour les coureurs et pour le staff. Ça nous apporte plus de sérénité. » Un réconfort psychologique pour les coureurs, assez loin des batailles d’experts. Le salivaire a déjà l’avantage d’être moins traumatisant que l’écouvillon. Quand à la fiabilité de l’un ou de l’autre, difficile d’y voir vraiment clair. « Les équipes qui ont des budgets à plus de 30 millions d’euros ne vont pas se fier au seul test écouvillon, affirme Pascal Chanteur, président de l’UNCP, le syndicat des coureurs français. Aujourd’hui, on sait que le meilleur test en terme de fiabilité est le salivaire. Je pense que les équipes ont mis toutes les cartes de leur côté. »

Ne postillonnez pas à côté des coureurs

Si l’horizon s’est éclairci sur le terrain sportif à l’issue des deux étapes pyrénéennes, le Tour est-il arrivé à son tournant sanitaire ? Il va dépendre en grande partie de l'efficacité de la bulle course. « Depuis le départ à Nice, les coureurs vivent dans cette bulle, souligne Vasseur. Ils ne quittent pas le bus, la chambre d’hôtel. Il n’y a pas de contact avec l’extérieur. On ne voit pas comment on pourrait être contaminé sur ce Tour de France. » Même si quelques contacts avec des membres de la bulle ont pu avoir lieu ici ou là avec toutes les précautions nécessaires, c’est à l’air libre, en course sans le masque, que le danger est le plus grand. 

Marc Hirschi dans les Pyrénées
Marc Hirschi dans les Pyrénées © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

« Depuis pas mal de journées, les coureurs demandent au public de bien mettre le masque, de faire attention à la distanciation sociale, note Pascal Chanteur. On a pu voir sur des montées de cols, où les gens respectent les règles dans la très grande majorité, quelques récalcitrants alcoolisés qui pourraient mettre en danger leur personne mais aussi les coureurs et la tenue du Tour de France. » Si ASO fait son maximum pour distribuer des masques dans les zones à forte densité de spectateurs, certains fans aiment encore jouer les pyromanes en hurlant à quelques centimètres de la tête des coureurs. La même inconscience que ceux, peut-être les mêmes, qui s’amusaient à courir à côté des cyclistes en montagne. A la fin tous prisonniers ou otages d’une passion qui pourrait s’avérer destructrice. Comme ce fichu virus.

De notre envoyé·e spécial·e Xavier Richard littletwitman