Tour de France : "La route n'est pas une déchetterie", dans le peloton, on roule de plus en plus vert

Publié le , modifié le

Auteur·e : Xavier Richard
Peloton tour de France forêt montagne
Le peloton roule au milieu de la nature | Marco BERTORELLO / AFP

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Ils pratiquent un sport en extérieur, dans la nature. Pour la majorité des coureurs du Tour de France, après des années de pollution, il n’est plus question de jeter ses déchets au bord des routes.

"La route n’est pas une poubelle". "Déchets, n’en jetez plus". Vous avez surement croisé un de ces panneaux sur les routes de France. Depuis quelques années, de nombreux départements sensibilisent les usagers de la route au problème des déchets abandonnés à même le sol ou expédiés dans les fossés. Sur leur vélo, les cyclistes sont aux premières loges pour en constater les dégâts. Victimes et pendant longtemps coupables d’avoir participé à ces délestages sauvages. Jamais avare d’efforts, pendant sa carrière, et de coups de gueule, Bernard Hinault y est allé de son petit couplet vert mardi sur l’Ile de Ré. 

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Après avoir dénoncé les positions de certains élus verts en juin lorsque la ville de Rennes a refusé d’accueillir le Tour 2021 pour des motifs écologiques, il s’en est cette fois pris aux coureurs professionnels et aux équipes. "Il y a du travail à faire du côté des équipes cyclistes", a dégainé le Blaireau. "Je suis allé rouler pendant deux jours et j’ai vu pas mal de détritus des coureur cyclistes et ce n’est pas normal. Quand je vois qu’on jette des bidons n’importe où dans la campagne… Les Verts ne sont pas d’accord avec nous, mais ils ont un peu raison car on n’est pas très sérieux."

Tom Dumoulin et Primoz Roglic vident leur bidon
Tom Dumoulin et Primoz Roglic vident leur bidon © Stuart Franklin / POOL / AFP

"Il y a assez de pollution comme cela"

Dans le peloton, la prise de conscience est pourtant bien réelle. "On a un très beau pays et la route n’est pas une déchèterie", assène Kevin Reza, le rouleur de B&B Hôtels - Vital Concept, très préoccupé par les problématiques écologiques. "Il y a assez de pollution comme cela, ce n’est pas la peine de l’augmenter", tonne Pierre-Luc Périchon, coureur chez Cofidis. Cette année, tous ont salué la multiplication des zones de collectes de déchets sur ce Tour de France, une initiative de l’organisateur ASO qui s’est engagé dans un cycle plus éco-responsable sur son épreuve phare.

126 zones de collecte des déchets

De Nice à Paris, elles sont au nombre de 126 alors qu’auparavant les espaces de collecte étaient limités aux seules zones de ravitaillement. "Il y a une zones tous les 30-40 kilomètres", explique Mikaël Cherel d’AG2R-La Mondiale. "Quand on les aperçoit, on vide les poches tout simplement." A l’intérieur, les emballages des gels et des barres protéinées, des emballés alu, des papiers. Rien de biodégradable. "C’est une belle initiative et ça permet de garder des déchets plus longtemps dans nos poches et les jeter au bon moment", approuve Reza qui reste le plus attentif possible en course pour ne pas rater les panneaux annonçant le début de la collecte. 

Kevin Reza (B&B Hôtels - Vital Concept) fait attention à ses déchets
Kevin Reza (B&B Hôtels - Vital Concept) fait attention à ses déchets © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Ces gestes pour l’environnement sont assez nouveaux dans le monde du vélo et collent avec la demande croissante d’une société plus verte. Selon Mikaël Cherel, il ne faut pas remonter très loin, "une à deux années" seulement, pour voir une évolution dans les comportements des coureurs. Se préoccuper de ses déchets, le Français avoue qu’il "ne le faisait pas toujours" avant de "se responsabiliser". "Le peloton évolue mais il y a toujours des coureurs qui ne font pas trop attention", peste Reza. "C’est ancré dans notre sport malheureusement." Ces pratiques devenues "choquantes" sont désormais dénoncées au sein même du peloton où il est fréquent de voir les pollueurs se faire chahuter par les autres coureurs. "Désormais, les moutons noirs sont ceux qui jettent", raconte Cherel. "Ils se font pointer du doigt et parfois même huer ou réprimander dans le peloton."

Interdiction de donner des bidons 

Objets de convoitise pour les fans de la Grande Boucle, les bidons en plastique sont, eux, généralement très vite récupérés, à condition de les jeter à proximité du public. "Parfois, certains les jettent dans des canaux ou des fossés où ils ne seront jamais trouvés", désapprouve Cherel. "C’est dommage de voir encore des gestes comme ça en 2020." Cette année, la crise du coronavirus a compliqué la donne. Si le règlement des épreuves cyclistes interdit les abandons de bidons au bord des routes, les coureurs avaient pris l’habitude de les offrir aux spectateurs ou de les jeter dans leur direction. Ce n’est évidemment pas possible cette année pour éviter toute propagation de la Covid-19. Sauf qu’il faut bien se délester des bidons vides pour en prendre des pleins…

Si le problème des déchets des coureurs tend à se résoudre, le plus gros chantier de la Grande Boucle se passe avant le passage des coureurs, avec la traditionnelle caravane. Même si le virus a permis de réduire la flotte, 110 véhicules (au lieu de 160) composent la caravane publicitaire du Tour. "Le long cortège de voiture pollue et c’est le point négatif pour un sport qui se veut vert", reprend Cherel. "C’est un peu contradictoire."  Peut-on imaginer un Tour sans sa caravane et ses millions "goodies" distribués ? Un Tour plus éco-responsable ? "Le problème n’est pas le Tour de France en lui même mais comment il est fait", assure Léonore Moncond’huy, d’Europe Ecologie les Verts, qui vient d'accueillir l’arrivée de la 10e étape dans sa ville de Poitiers. "Un autre Tour est possible, plus sobre. Il y a de l’inventivité à utiliser pour adapter le Tour de France aux enjeux du XXIe siècle. »