Tour de France : La faillite Ineos, détrônée à la régulière pour la 1re fois depuis 2012

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Egan Bernal et Michał Kwiatkowski (Ineos-Grenadiers).
Egan Bernal et Michał Kwiatkowski (Ineos-Grenadiers). | KENZO TRIBOUILLARD / AFP

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Depuis 2012, la formation Sky-Ineos avait toujours remporté le Tour de France, ne s'inclinant qu'en 2014, lors de l'abandon précoce de son leader Chris Froome. En perdant plus de 7 minutes sur Tadej Pogačar et Primož Roglič sur les pentes du Grand Colombier, Egan Bernal, le tenant du titre, a vraisemblablement dit adieu au maillot jaune sur les Champs-Elysées, à moins d'un improbable retournement de situation.

Les signes étaient déjà là. Depuis le début de ce Tour de France 2020, la formation Ineos-Grenadiers avait donné les clefs du camion à l'équipe Jumbo-Visma, comme un premier aveu d'infériorité. Les Jaune et Noir menaient le tempo pour le grand favori au titre, Primož Roglič, que ce soit sur le plat ou en montagne. Depuis la victoire de Bradley Wiggins, en 2012, jamais les coureurs de la formation britannique, anciennement Sky désormais Ineos-Grenadiers, n'avaient abandonné les rênes à une autre formation. Le seul caillou dans la chaussure est intervenu en 2014, lorsque Christopher Froome a été contraint à l'abandon sur les pavés du Nord lors de la 5e étape. En 2020, le leader est bien là, mais il n'est pas en mesure de prolonger la dynastie Ineos. Pour la première fois de leur histoire, les hommes à la bande dans le dos sont en passe de s'incliner à la régulière.

L'image est à ce titre saisissante : peu après la défaillance d'Egan Bernal, en perdition à 14 kilomètres de l'arrivée de la 15e étape dimanche, aucune trace d'un Ineos dans le grappe de favoris qui comptait encore une douzaine de coureurs. Yates, Porte, Uran, Landa, tous s'accrochaient tant bien que mal au TGV jaune Jumbo-Visma, mais tous les Ineos étaient déjà éparpillés derrière. Eux si habitués à malmener les organismes ces dernières années en sont désormais les premiers à en faire les frais. Eux qui renvoyaient l'image d'un train impitoyable redeviennent paradoxalement humains au moment où Jumbo-Visma semble sans pitié au point de ne même pas faire rouler un équipier (Sepp Kuss) dans le groupe des favoris. 

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Un casting raté, un leader défaillant

La faute en premier lieu à l'équipe retenue sur le Tour. Sans Chris Froome et Geraint Thomas, considérés hors de forme, Richard Carapaz et Pavel Sivakov devaient mener train d'enfer pour amener Bernal au doublé. Le premier, considéré même comme un leader de rechange, est loin de la forme qui lui a permis de remporter le dernier Giro et pointe dimanche soir à presque 33 minutes de Roglic. Le second souffre encore largement des séquelles de sa chute sur la première étape.

Là où Bahrain-McLaren (Landa, Bilbao, Caruso), Astana (Lopez, Tejada) ou Movistar (Mas, Valverde) avaient encore plusieurs hommes au contact de Roglic dimanche, Ineos paraissait si loin, incapable de jouer les premiers rôles auxquels le Tour était désormais si habitué depuis huit ans. Bernal en premier lieu, ne voltige plus. Plusieurs fois au bord de la rupture sur ce Tour, il s'est écrasé contre la pente dimanche (à moins d'une gêne physique ?). L'excuse d'une journée "sans" dimanche parait peu probable tant sa forme est déclinante depuis sa victoire sur la route d'Occitanie début août.

La disparition tragique de Nicolas Portal semble avoir meurtri profondément les protégés de Dave Brailsford sur la stratégie à adopter. Hors de la route déjà, puisque les annonces très tardives des mises à l'écart de Froome et Thomas ont démontré une étonnante fébrilité. Sur le bitume, ensuite. Que ce soit sur les courses préparatoires comme le Tour de l'Ain ou sur ce Tour, Ineos donne une impression d'impuissance, de stratégie parfois hasardeuse. Pourquoi rouler dans des premières parties d'étape pour finalement laisser le soin à Jumbo-Visma de finir le travail en laissant les Ineos sur le bord la route ? Dans cet exercice d'analyse et d'adaptation, Portal était si précieux que son absence rejaillit de plein fouet.

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Avant l'étape de vendredi, Gabriel Rasch, le directeur sportif d'Ineos expliquait que Bernal "ne doit pas se mettre trop de pression". Un discours surprenant venant d'une équipe qui n'a toujours eu que le mot victoire à la bouche. Comme pour préparer le terrain d'une sentence inexorable pour le Colombien. Ça n'a pas raté : le jour même, Bernal perd 40 secondes sur Roglic, le premier coup de bambou avant l'éclat de plus de sept minutes dimanche.

En deux étapes, Ineos a creusé sa propre tombe, et les signes d'une amélioration ne sont pas légion, voire n'existent tout simplement pas. Bernal peut-il renverser le Tour en troisième semaine ? Rien n'indique que son équipe ou lui-même soient en capacité de déstabiliser Jumbo-Visma dans les grandes largeurs. Ineos est-il déjà résigné ? Peut-être pas, mais il parait difficilement envisageable que le Tour échappe à un Slovène cette année. Certes, cette année et ce Tour sont particuliers à plus d'un titre, mais il faudra s'y habituer, Ineos n'est plus seul sur sa planète sur le Tour de France.