Tour de France : Jusqu'où Wout van Aert, rouleur, sprinteur et maintenant grimpeur, va-t-il aller ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Wout van Aert

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Troisième de la dernière étape de haute montagne du Tour de France 2020, Wout van Aert (Jumbo-Visma) n’en finit plus d’épater. Le spécialiste des classiques, très bon sprinteur, bon rouleur, issu du cyclo-cross, a montré des dispositions en montagne insoupçonnés en montagne depuis le début du mois d’août. Du jamais vu.

Avant de s’élancer de Nice, il insistait devant la RTBF : “Non, je ne me battrai pas pour le maillot vert”. Wout van Aert (Jumbo-Visma) n’a pas menti. Il a laissé Sam Bennett, Peter Sagan et les autres s’arracher la tunique convoitée. Le Belge avait bien d’autres projets avec son équipe. S’il a levé les bras au sprint à Privas et à Lavaur, l’homme qui brillait initialement dans les classiques s’est aussi mué en super-équipier, devenant par la même occasion le coureur le plus complet de tout le peloton. 

Homme à tout faire et équipier de luxe

Le Critérium du Dauphiné avait laissé apercevoir de gros progrès dans la digestion des dénivelés montagneux. Pas de feu de paille. Van Aert a réitéré, en mieux et sur trois semaines, sur le Tour de France. Ce jeudi, il a bouclé la 18e étape et dernière explication en haute montagne, à la 3e place, passant symboliquement la ligne d'arrivée à La Roche-sur-Foron en tête du groupe des favoris du classement général.

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Sa prestation est d'autant plus épatante que le Belge a passé une bonne partie de l'étape à faire le tempo pour son équipe, celle du maillot jaune Primoz Roglic, et ce dès le Cormet de Roselend qui était la première ascension du jour. Distancé au sommet du Plateau de Glières et pointé à plus de 40 secondes, Wout van Aert a abordé la dernière descente à pleine vitesse. Quand il est revenu à hauteur de son coéquipier Tom Dumoulin, ce dernier lui a même fait signe de ralentir pour ne pas ramener Richie Porte (Trek Segafredo) et d'autres concurrents sur le groupe maillot jaune.

Mais voilà, le récent vainqueur des Strade Bianche et de Milan-San Remo est finalement revenu sur les meilleurs grimpeurs et son équipe l'a lancé au sprint pour prendre la 3e place. Si la Jumbo-Visma cherchait à éviter que les 4 secondes de bonifications tombent dans l'escarcelle d'un rival, les observateurs retiendront autre chose : l'avance terrible de Van Aert sur des leaders placés au classement en général.

Plus fort que Yates et Uran en montagne

A La Roche-sur-Foron, le Belge a collé 2'34 sur la ligne d'arrivée à Adam Yates (Mitchelton-Scott) et Rigoberto Uran (Education First), respectivement 7e et 8e du général. Cette 18e étape présentait pourtant le plus de dénivelé (4600m) depuis le départ de la Grande Boucle à Nice... Cette nouvelle performance ébahissante permet, mine de rien, à Van Aert d'intégrer le Top 20 du classement général, ce qui était difficilement imaginable pour l'ex-champion du monde de cyclo-cross.

Rappelons qu'il y a un peu plus d'un an, il quittait la route du Tour de France de manière tragique à Pau, après une chute terrible dans les barrières lors du contre-la-montre.  Le coureur, qui vient de fêter ses 26 ans, avait dû subir de longs mois de rééducation. Il avait repris la compétition pour une course en février, terminant discret 11e du Het Nieuwsblad. Mais depuis le mois d'août, Wout van Aert est aérien, remportant 5 victoires à cheval sur le Tour de France, le Dauphiné, Milan-San Remo et les Strade Bianche.

Admiration et suspicions

Le Belge a tellement épaté qu'il a été montré du doigt, suspecté. "Il n'y a quelque chose qui ne va pas. Même Chris Froome n'est pas aussi extraordinaire que Wout van Aert. On voit qu'il y a un truc... Il est au top sur tout et tu sais bien quand tu fais du vélo qu'il est impossible de travailler toutes les spécialités et d'être au top physiquement partout", a avancé mercredi Romain Feillu, maillot jaune un temps en 2008, dans les colonnes de Ouest-France

Des propos qui ont suscité l'ire de Van Aert, au micro de RMC Sport. "Nous sommes vraiment concentrés sur la course. C'est un manque de respect à notre égard parce qu'on fait tout pour cette course, la plus grande de l'année. Les journalistes qui nous demandent [si on est crédible] devraient nous suivre dans notre préparation dès le mois de juin. On pèse tout ce que je mange, chaque jour, et c'est la clé de notre succès, pas le dopage", a contesté l'intéressé.

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