Tour de France : Comme Laurent Fignon il y a 31 ans, Primoz Roglic a perdu le Tour sur un ultime chrono

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Roglic-Fignon

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Primoz Roglic a tout perdu sur le contre-la-montre de la Planche des Belles filles ce samedi, alors qu'il disposait de plus de 50 secondes d'avance et qu'il ne lui restait plus qu'une étape à tenir. Comme un certain Laurent Fignon il y a 31 ans.

Le parallèle est saisissant. Certes, il y a quelques nuances. Des secondes de plus. Un théâtre différent. Une dernière étape, plutôt qu'une avant-dernière. Mais tout de même : l'effondrement de Primoz Roglic, la veille de l'arrivée du Tour à Paris, sur un contre-la-montre individuel, est un écho évident à la dérive de Laurent Fignon, en 1989, sur la dernière étape face à Greg LeMond, alors qu'il disposait d'une large avance sur ce dernier et que personne n'imaginait qu'il puisse perdre son maillot jaune. De cet épisode, on a surtout retenu les huit secondes d'écart entre LeMond et Fignon au classement final. Mais le fait qu'il ait eu lieu sur l'exercice si particulier du contre-la-montre, et si près du but final, a également conféré à la fin du Tour 89 une aura unique. Une aura dont jouira peut-être cette fin d'édition 2020.

Contre-la-montre épique

Car il n'y a sans doute qu'un contre-la-montre qui puisse nous offrir un théâtre si propice aux face-à-face brutaux, vélo contre vélo, temps contre temps, chaque coureur se trouvant seul avec lui-même. En 1989, ça s'était passé entre Versailles et Paris. Le duel avait donc eu lieu au pied de l'Arc de  Triomphe. Cette fois, les deux gladiateurs se sont affrontés sur les routes de l'un des cols stars des derniers Tour de France, la Planche-des-belles filles, où la France s'attendait à voir son champion Thibaut Pinot aux prises avec les autres cadors, mais où les Français auront tout de même eu de quoi vibrer entre ces deux Slovènes. 

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Primoz Roglic, Tadej Pogacar. Le premier s'est donc élancé sur ce chrono avec 57 secondes d'avance, et surtout, la réputation d'être l'un des meilleurs rouleurs du peloton. Roglic a d'ailleurs d'abord taillé son palmarès sur l'exercice chronométré, avant de devenir si bon grimpeur. Face à lui, on trouvait un Pogacar certes débordant de panache, mais, à cause de son inexpérience (21 ans), et surtout en raison de sa (relative) capitulation face à Roglic sur les pentes du Col de La Loze deux jours plus tôt, personne ne donnait cher du Slovène numéro 2. Seule sa victoire sur Roglic au championnat de Slovénie de contre-la-montre plaidait un peu pour lui. Mais de là à reprendre 55 secondes ?

En cela, le parallèle avec 1989 a ses limites. Greg LeMond était un spécialiste de l'exercice, au contraire de Pogacar. Et, même si la relative brièveté du chrono (24 kilomètres) ne laissait pas beaucoup de marge à LeMond pour refaire son retard, tout le monde s'attendait à ce que le Français doive se battre un minimum pour conserver son maillot. Sur cette étape, la domination de Roglic et des Jumbo-Visma tout au long du Tour rendait totalement improbable le retour du dauphin.

Derniers kilomètres mythiques

Les derniers kilomètres du Tour 89 avaient vu les ultimes efforts de Laurent Fignon pour conserver sa tunique, comme on a pu voir Roglic grimacer sur les derniers hectomètres de la Planche ce dimanche, là où tout le monde s'attendait à le voir lever les bras. À la télé, Patrick Chêne, la voix du Tour à l'époque, rajoutait une couche d'émotion à ce moment historique. "Dans 20 secondes, Laurent Fignon a perdu le Tour s'il ne franchit pas la ligne. Attention! 10 secondes… 9,8,7….5,4,3,2,1. Top! Laurent Fignon a perdu le Tour de France 1989 pour 8 secondes!!"

Cette fois, l'écart n'a pas été si infime. Tadej Pogacar a fini avec près d'une minute d'avance sur un Roglic qui en avait presque autant au départ. Mais le Tour s'est tout de même joué au pied de la Planche. Ou peut-être était-il déjà scellé quand Roglic, visiblement pas dans un bon jour, s'est mis à perdre du temps dès le départ. Toujours est-il qu'au pied du dernier col du Tour, Roglic jouissait encore d'une avance de 30 secondes au classement général virtuel. Six kilomètres plus tard, il avait tout perdu. 

L'image de Roglic, prostré à l'arrivée, le regard dans le vague, ses équipiers l'entourant sans trop oser lui parler, restera dans les annales du Tour, encore une fois en écho direct avec celles, tout aussi fortes, de Laurent Fignon, en pleurs, sur les Champs-Élysées. "Nous avons suivi le plus grand Tour de France qui soit", avaient estimé à l'antenne à l'époque Robert Chapatte et Jacques Chancel. S'il n'est pas certain qu'on évoque cette édition comme l'une des plus grandes, on peut en revanche prédire, sans trop prendre de risque, qu'elle sera, dans 20 ou 30 ans, celle du Covid-19... et de la fameuse étape 20, où Primoz Roglic a tout perdu à l'issue d'un ultime contre-la-montre.