Tour de France : Battus sur le fil, l'excès de confiance de Primoz Roglic et de la Jumbo-Visma leur a coûté cher

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
La formation Jumbo-Visma aux avant-postes du peloton
La formation Jumbo-Visma aux avant-postes du peloton | AFP - Anne-Christine POUJOULAT

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Ultra-dominateur sur ce Tour de France 2020, à l’image de son équipe Jumbo-Visma, Primoz Roglic a perdu le maillot jaune à la veille de l’arrivée finale, au terme d’un contre-la-montre ahurissant de Tadej Pogacar (UAE Emirates). Un dénouement aussi inattendu que cruel, qui vient punir la suffisance de l’armada Jumbo.

Sonné, désorienté, désemparé : Primoz Roglic est à terre à l’arrivée à la Planche des Belles Filles. Hébété, le leader slovène de la Jumbo-Visma a du mal à réaliser ce qu’il vient de se passer. A quelques mètres de là, son jeune compatriote Tadej Pogacar (UAE Emirates), 21 ans, est dans le même état : il vient de gagner le contre-la-montre final, et par la même occasion de renverser un Tour de France qui semblait pourtant promis à Primoz Roglic, 30 ans, leader de la Jumbo-Visma, qui contrôlait la course depuis le départ à Nice. Qui la contrôlait, mais sans jamais la tuer.

Dominer n’est pas gagner

Au départ de cette avant-dernière étape entre Lure et la Planche des Belles Filles, Primoz Roglic comptait 57 secondes d’avance sur Tadej Pogacar. Largement suffisant pour remporter le Tour de France, d’autant qu’il était favori de ce contre-la-montre - le seul du Tour -. C’était sans compter sur Pogacar, double champion de Slovénie en titre de l’exercice, devant ce même Roglic. Et comme à la maison, le jeune prodige de 21 ans a pris le dessus sur son aîné. Courageux et toujours à l’attaque depuis trois semaines, Pogacar a profité de la seule journée où Roglic n’était pas entouré de son armada jaune et noire pour lui prendre le maillot jaune et la victoire finale. Prodigieux.

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Jusque-là, Roglic était en effet intouchable, protégé par son équipe cinq étoiles de la  Jumbo-Visma depuis le départ à Nice. Trop protégé sans doute, tant la domination sans partage de la Jumbo-Visma a écœuré depuis le départ du Tour. Bien au chaud dans les roues de Wout Van Aert, Sepp Kuss et Tom Dumoulin, sans oublier le travail de sape de Tony Martin, George Bennet ou Robert Gesink, Primoz Roglic n’a en effet jamais eu à trop se dévoiler, si ce n’est dans le final de certaines étapes. Ainsi, on ne l’a véritablement vu à l’attaque que dans le col de la Loze (17e étape) et le plateau des Glières (18e étape). Mais à chaque fois, Roglic peinait à se défaire de Pogacar.

Par deux fois, le coureur d’UAE Emirates était même venu griller la priorité au sprint à Roglic, s’offrant ainsi deux victoires d’étapes à Laruns (9e étape) et au Grand Colombier (15e étape) grâce au travail… de la Jumbo-Visma. Et malgré ces deux avertissements, l’équipe néerlandaise n’a pas pris assez au sérieux cette menace. Une image le prouve, et revient aujourd’hui en tête : celle d’une attaque de Tadej Pogacar dans le col de Peyresourde lors de la 8e étape. La veille, le jeune Slovène avait été piégé dans une bordure, perdant plus d’une minute quarante sur Roglic. Vexé, il attaquait sur les pentes pyrénéennes pour reprendre du temps. Très en jambes, Roglic avait alors largement les moyens de le reprendre, mais l’avait laissé s’échapper, visiblement pas inquiété par son jeune compatriote. Ce jour-là, Pogacar avait repris plus de quarante secondes aux leaders.

Roglic, un air de Giro 2019

Deux semaines plus tard, cet excès de confiance va revenir hanter Roglic. D’autant que ce n’est pas la première fois de sa carrière que le Slovène sous-estime un jeune concurrent. En mai 2019, Primoz Roglic avait commis la même erreur sur les routes du Tour d’Italie. Leader du Giro, il ne se méfiait que de Vincenzo Nibali, laissant le champ libre aux outsiders, dont Richard Carapaz. Au final, Roglic avait terminé troisième derrière Nibali, deuxième... et Carapaz, vainqueur. Plus d’un an plus tard, le scénario se répète donc pour la Jumbo-Visma et son leader, qui aura de quoi nourrir des regrets.

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Etincelant en début de Tour, Roglic avait certainement les jambes pour écraser la concurrence en première semaine, notamment lors de sa victoire à Orcières-Merlette (4e étape). Il ne l’a pas fait, sans doute pour ne pas prendre le maillot jaune trop tôt. Un excès de confiance de la part de la Jumbo-Visma, que l’écurie néerlandaise paye cher. Malgré ses 4 hommes dans le top 20 et la deuxième place de Roglic, l’armada jaune et noire, qui a verrouillé la course depuis le départ et qui était venue sur le Tour pour mettre fin à l’hégémonie d’Ineos-Grenadiers, a tout perdu. Même son sang froid quand, à l’issue de la 16e étape, son directeur sportif  Merijn Zeeman s’emportait contre un commissaire de l'UCI, avant d’être exclu.

Sans doute grisée par sa domination totale sur ce Tour - accentuée par la défaillance collective de l’équipe Ineos-Grenadiers d’Egan Bernal -, la Jumbo-Visma s’est pensée intouchable. Et elle n’était pas la seule : personne n’osait imaginer au départ du contre-la-montre que l’impensable aurait lieu. Pas même le principal intéressé, Tadej Pogacar, qui confiait à l’arrivée : “Honnêtement je ne pensais pas pouvoir le rattraper. Roglic a vraiment bien roulé pendant toute la course. Je n’aurais jamais cru cela. Je ne croyais pas en moi jusque l’arrivée de cette étape”. Quelques secondes plus tard, Primoz Roglic, beau joueur, venait enlacer son jeune compatriote. Vainqueur de 3 étapes, avec des coéquipiers bien plus faibles que ceux de Roglic, Tadej Pogacar a rappelé que le vélo a beau être un sport individuel qui se dispute en équipe, il n’en reste pas pas moins individuel. Et qu’une armada, toute puissante qu’elle soit, peut sombrer sous les coups d’un seul homme.