Bernard Hinault champion du monde 1980
Bernard Hinault, lors des Mondiaux de 1980 | DR

Tour de France. 36 ans après son titre mondial, Bernard Hinault fait son jubilé à Sallanches

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En 1980, Bernard Hinault était sacré champion du monde sur la route de Sallanches. Un parcours emprunté par la 18e étape du Tour, un contre-la-montre de 17 kilomètres. Comme un hommage au plus grand cycliste français de l'histoire, qui participe au Tour pour la 30e et dernière fois de sa carrière en tant qu'ambassadeur d'ASO pour les cérémonies protocolaires.

Le contexte

Depuis le dernier Tour de France 1980, Bernard Hinault a dû essuyer de nombreuses critiques. Touché au genou plusieurs semaines avant le début l'épreuve, le double vainqueur de la Grande Boucle à cette époque avait abandonné au soir de la 14e étape. Avant le début de la haute montagne, où il savait qu'il n'aurait aucune chance de défendre son maillot jaune. Anxieux à l'idée d'affronter les journalistes, Hinault avait fuit le Tour par la petite porte. Un départ rocambolesque, vécu comme un abandon par ses suporteurs. Une partie du public et certains observateurs professionnels lui avaient reproché un manque de panache. Notamment d'avoir préféré se retirer de la course plutôt que de lutter sur son vélo, quitte à être déchu de sa tunique dorée. Hinault n'avait pas été ménagé par les attaques. Son orgueil de champion touché, il s'était reconstruit à l'abri des regards, avec un objectif en tête : les Mondiaux. Car même si sa saison avait déjà été savoureuse avec un sacre au Giro, cette course des championnats du monde sonnait comme une dernière revanche. Sa rédemption passait par là.

La course

Vexé des critiques (injustifiées ?) dont il a été victime durant le Tour de France, Hinault veut frapper un grand coup. Il rêve du maillot irisé depuis toujours. Son histoire avec les championnats du monde est faîte de frustration. 6e en 1976, 8e en 77, 5e en 78, 21e en 79… il y a multiplié les accessits. Il rêve d'être enfin couronné. Au delà de ses ambitions personnelles, c'est la France qu'il doit remettre au sommet, 18 ans après le dernier sacre de Jean Stablinski.

Dès le début de la course, on comprend que le Breton a du feu dans les jambes. Le parcours est sélectif, l'écrémage s'y fait naturellement. Et alors que les favoris renoncent au fur et à mesure des 260km de tracé, Hinault se retrouve échappé aux côtés de Gianbattista Baronchelli. Les deux hommes se livrent un mano à mano dans la Côte de Domancy. Mais quand l'Italien plafonne, Hinault a encore du jus. Survolté, le coureur de 26 ans place une accélération foudroyante et s'envole. Premier au sommet, il descend à tombeau ouvert et file vers l'arrivée en solitaire. En franchissant la ligne, il laisse exploser sa joie, lève les bras au ciel et savoure l'instant.

L'héritage

Si désamour il y a eu avec le public français au cours de cette année 1980, il n'a duré que quelques semaines. Sitôt son passage sur la ligne d'arrivée, le champion Hinault avait fait taire ses derniers détracteurs. Il a remis la France du vélo à ses pieds. Et la suite de sa carrière ne démentira pas cette côte d'amour exceptionnelle. Son palmarès lui aussi continuera à s'etoffer avec trois Tour de France, deux Giro et une Vuelta supplémentaires, faisant de lui le plus grand coureur de l'histoire du cyclisme français.

Depuis son ascension fulgurante, la Côte de Domancy a même été rebaptisée « Côte Bernard Hinault ». Un bel hommage à celui qui aura été exemplaire toute sa carrière. L'un des trois seuls coureurs de l'histoire avec Eddy Merckx et Felice Gimondi à avoir remporté les trois grands Tours et le maillot arc-en-ciel.

Cette année, le passage symbolique sur la terre de ses exploits aura une saveur particulière. Investi auprès d'ASO depuis 1986 et sa retraite sportive, le "Blaireau" arrêtera de participer aux cérémonies protocolaires d'avant et d'après course. Une seconde retraite pour celui qui affirme vouloir consacrer plus de temps à ses proches et prendre du recul sur le Tour. Alors cette année à Sallanches, le passage des coureurs aura un petit goût de jubilé pour le quintuple vainqueur du Tour.

Le chrono de la 18e étape

Un chrono pour grimpeurs. Si les quatre premiers kilomètres de course ne feront pas de différence parmi les favoris, tout s'accélérera très vite, dès l'arrivée sur la côte de Domancy. Avec ses deux kilomètres à près de 10%, elle pourra créer des écarts très importants. Toute défaillance parmi les prétendants à la victoire finale s'y payera cash. En fin de parcours, la Côte des Chozeaux pourrait elle aussi faire mal aux pattes des coureurs un peu juste physiquement. Le Tour peut-il basculer ce jeudi ? Rien de moins sûr. Mais le podium final devrait s'y dessiner. Pour de bon.

Vincent Fossiez @VincentFossiez