Julian Alaphilippe Thibaut Pinot Tour de France 2019
Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot | AFP

Tour de France 2019 : une Grande Boucle marquée par les hauts et les bas des Français

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Le Tour de France 2019 a atteint les Champs-Elysées ce dimanche. Il restera dans l'histoire comme celui du premier sacre d'un coureur colombien, Egan Bernal, il est également mémorable par la présence de cinq Français dans le Top 15. Retour sur leurs succès et leurs déboires.

Si le Tour de France 2019 sacre pour la première fois un Colombien sur les Champs-Elysées, les Français ont réussi un retour en force. Ils sont cinq à terminer dans le Top 15, faisant de la France la nation la plus représentée devant la Colombie (Bernal, Uran, Quintana). Julian Alaphilippe, après 14 jours en jaune, s'est accroché à une 5e place. Warren Barguil a porté le maillot de champion de France jusqu'à la 10e place, suivi de près par Guillaume Martin (12e) et David Gaudu (13e). Loin de ses ambitions sur les deux premières semaines, Romain Bardet est parvenu à terminer 15e.

Seulement la 2e fois depuis 28 ans

Depuis 1991, seule l'édition 2011 a compté autant de Français dans les quinze premières places. Déjà, un homme en jaune avait donné l'impulsion avant de céder à trois étapes de Paris. Thomas Voeckler avait finalement terminé 4e, laissant la victoire à Cadel Evans. Derrière, Jean-Christophe Péraud (9e), Pierre Rolland (10e), Jérôme Coppel (13e) et Arnold Jeannesson (14e) signaient le meilleur Tour de Français depuis 20 ans. Après un faux départ (aucun coureur dans le Top 15 en 2010), la France entrait de plein pied dans la décennie, après des années 2000 loin des sommets du Tour. Et ce juste avant l'émergence d'une génération prometteuse menée par Romain Bardet (6e en 2014 et 2018, 2e en 2016, 3e en 2017) et Thibaut Pinot (3e en 2014, triple vainqueur d'étape). D'une certaine façon, les Bleus terminent la décennie comme ils l'ont commencée. 
 

Thomas Voeckler lors de l'ascension du Galibier sur le Tour de France 2011
Thomas Voeckler lors de l'ascension du Galibier sur le Tour de France 2011 © AFP

Mais si on ne termine pas à son sommet, le classement n'est au fond qu'une suite de chiffres. Une 10e ou 12e place ne reste pas dans l'esprit du grand public, qui ignore trop souvent les efforts titanesques déployés toute l'année pour tenir les trois semaines de la Grande Boucle. Ce n'est pas le résultat mais la façon dont il a été atteint, ou manqué, qui a valu aux Français les acclamations de leurs compatriotes sur les Champs-Elysées. Le panache d'Alaphilippe, l'abnégation de Bardet, la détresse de Pinot. Ils ont écrit un bout de l'histoire du Tour, chacun à leur façon. 

Alaphilippe, un rêve en jaune

Deux étapes, quatorze jours en jaune. Julian Alaphilippe restera l'homme de ce Tour de France. Après une campagne de classiques couronnée de succès, il a brillé sur la Grande Boucle en restant fidèle à son style. Toujours offensif, il est allé chercher en solitaire le maillot jaune à Epernay, sur la 3e étape. Dépossédé de son bien à la Planche des Belles Filles (6e étape), il est reparti à la charge pour le reconquérir à Saint-Etienne (8e étape). Sa hargne dans les Pyrénées, où on lui annonçait l'enfer, a semé le doute dans l'esprit des favoris. Mais les Alpes auront eu raison de ce rêve fou. "De quoi je serais frustré ? a-t-il résumé après la 20e étape. Si on m’avait dit que je ferai un Tour comme ça avant le départ, je n’y aurais jamais cru." Deux semaines en jaune, deux victoires d'étape et un pays à ses pieds. 

Julian Alaphilippe, un Tour en jaune

Pinot toujours maudit

Le plan semblait écrit à la perfection. La défaillance redoutée d'Alaphilippe dans les Alpes devait profiter à Thibaut Pinot, intenable dans les Pyrénées. Le leader de la Groupama-FDJ était enfin au rendez-vous de son destin. Sa victoire au Tourmalet annonçait un triomphe à Tignes ou Val Thorens. Peut-être. "Je sentais que depuis dimanche dans les Pyrénées j’étais capable de le faire, a-t-il assuré. Et sans ça, j’étais sûr que je l’aurai fait. J’en étais convaincu. Rien ne pouvait m’arriver." 

"Ça", c'est sa malédiction personnelle. La poisse qui a provoqué son sixième abandon sur un Grand Tour en 12 participations. On pensait les tréfonds atteints en 2018, avec sa pneumonie à la veille de l'arrivée d'un Tour d'Italie où il squattait le podium. Sur la route de Valloire lors de la 19e étape, ce n'est pas la maladie qui l'a rattrapé. Mais une lésion musculaire à la cuisse, pourtant rare chez les cyclistes, contractée deux jours plus tôt. Ses larmes dans les bras de William Bonnet avant de mettre pied à terre resteront l'image de ce Tour de France. Pinot a écrit la page la plus triste de son histoire personnelle avec la Grande Boucle. Il a déjà donné rendez-vous l'an prochain, en espérant cette fois rédiger la plus belle. 

L'instant fort entre Madiot et Pinot après son abandon

Gaudu confirme, Bardet se relève

Le Tour n'a pas pu sacrer Thibaut Pinot, mais il a pu confirmer tout le talent de son premier lieutenant: David Gaudu. A seulement 22 ans, le Breton est une des plus belles promesses du cyclisme français. Il a tenu la dragée haute aux armadas d'Ineos, Movistar et Jumbo-Visma dans les ascensions. Impressionnant dans le Tourmalet, il a fait souffrir le groupe des favoris, permettant à Pinot de s'élancer vers la victoire. Voir un équipier terminer aussi haut (13e, à 23'29 de Bernal) est rarement anodin. 

Attendu parmi les favoris, Romain Bardet n'a longtemps été que l'ombre de lui-même sur ce Tour de France. Au bord du gouffre, il a sombré dans l'ascension du Tourmalet. Arrivé avec plus de 20 minutes de retard sur Pinot, il a serré les dents en attendant des jours meilleurs. "J'ai eu des moments difficiles, où je me demandais ce que je faisais là" a-t-il avoué. Pour la première fois, celui qui est déjà monté deux fois sur le podium à Paris regardait la course se dérouler de loin. "J'ai été absent, inexistant pendant 18 étapes et il était temps de se réveiller" a-t-il assumé après l'arrivée à Valloire, sur la 18e étape. Pour ne plus subir, il a attaqué. Seul Nairo Quintana, intouchable ce jour-là, a pu le priver de la victoire d'étape. Un courage récompensé par un maillot à pois sur les Champs-Elysées et une place de justesse dans le Top 15. Une maigre consolation après l'échec de son premier objectif, mais un beau symbole de l'état d'esprit du Ligérien. 

Romain Bardet : "Le maillot à pois ? Une belle consolation"

Barguil retrouve le sourire, Martin continue son ascension

On ne savait pas quoi attendre de Warren Barguil sur ce Tour de France. Après avoir fini meilleur grimpeur en 2017, avec deux victoires d'étapes au passage, le Morbihanais peinait à retrouver ce niveau. Son retour dans une équipe française, Arkea-Samsic, ne semblait pas l'avoir relancé. Mais le déclic s'est fait aux championnats de France, où Barguil a décroché son premier titre national. Sur sa lancée, et le maillot tricolore sur les épaules, il s'est hissé à la 10e place. Dans les Alpes, il aura tenté plusieurs fois de partir sans atteindre la victoire d'étape qu'il espérait. "Un top 10 sur la plus grande course du monde, ça signifie beaucoup de confiance pour la suite" a-t-il résumé. Assez pour prolonger son bail chez Arkea-Samsic, où le Colombien Nairo Quintana devrait arriver. 

Philosophe, auteur, dramaturge, Guillaume Martin a rappelé qu'il restait avant tout un excellent coureur. 23e en 2017, 21e l'an dernier, le leader de Wanty-Groupe Gobert a fait un bond jusqu'à la 12e place du général. Une satisfaction pour Martin, qui aurait lui aussi aimé viser une victoire d'étape. "Mon niveau s’est amélioré même s’il a manqué un petit coup d’éclat, analyse-t-il. Je n’ai pas toujours été chanceux en manquant les échappées au long court, mais ce n’était pas simple de tout miser sur une seule étape en assurant aussi en général. Cela restera mon seul regret : ne pas avoir eu l’opportunité de jouer une victoire." Contrairement à Barguil, il pourrait faire le choix de quitter sa formation. Son nom revient avec insistance du côté de Cofidis. 

Warren Barguil dans l'ascension de la Planche des Belles Filles
Warren Barguil dans l'ascension de la Planche des Belles Filles © DPPI
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