Tour de France 2019 : Romain Bardet, la rédemption par la montagne

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Monier
Romain Bardet Tour de France 2019
Romain Bardet | AFP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Deuxième à Valloire derrière Nairo Quintana, Romain Bardet a relevé la tête après un Tour de France raté. Loin du podium au classement général, le leader d'AG2R La Mondiale a pris le maillot à pois de meilleur grimpeur. Et il visera une victoire d'étape avant l'arrivée à Paris, dimanche.

Romain Bardet a retrouvé le sourire. Une première sur ce Tour de France, qu'il avait lui-même qualifié de "supplice" après sa déroute dans le Tourmalet (33 minutes de retard sur Thibaut Pinot, vainqueur). Le Ligérien a rejoint Valloire en deuxième position, devancé seulement par Nairo Quintana sur la 18e étape après une journée dans l'échappée. Pas de victoire mais un maillot à pois de meilleur grimpeur piqué à Tim Wellens (Lotto-Soudal). Bardet a confirmé qu'il avait retrouvé des jambes avant deux ultimes étapes de montagne à Tignes, vendredi, et Val Thorens, samedi. 

"Il pensait vraiment à ce maillot"

On ne termine pas cinq fois dans le Top 10 du Tour, dont deux fois sur le podium, sans un mental infaillible. Largué au classement général, (18e à +23'39 sur Alaphilippe), Romain Bardet avait promis de ne pas abandonner et attendait les Alpes avec impatience. Il a placé une première banderille aujourd'hui, avec le maillot à pois à la clé. "Lui l'avait vraiment en tête, nous on essayait vraiment de le tempérer en lui rappelant que l'objectif c'était la victoire d'étape, explique le directeur sportif d'AG2R La Mondiale, Julien Jurdie. Il pensait vraiment à ce maillot à pois. Son objectif est rempli. Je pense qu'il y aura beaucoup de sourires ce soir à table, après beaucoup de frustration depuis le départ.

Le résumé de la 18e étape

Une deuxième place est souvent synonyme de regrets, mais pas aujourd'hui. "Romain est tombé sur plus fort que lui, il n'y a pas photo, a reconnu son manager Vincent Lavenu. Quintana a repris 1'30 dans la montée du Galibier alors que Romain a fait la montée à fond. Il n'y a pas de regrets." "J'ai pris du plaisir aujourd'hui, même si j'aurais aimé la victoire d'étape, a de son côté analysé Bardet. Quand Quintana est parti, j'avais déjà vidé le réservoir." Habitué à lutter pour le général, le dauphin du Tour 2016 a dû se rabattre sur le classement du meilleur grimpeur. "C'est un rôle nouveau pour moi, j'essaye de me redécouvrir" explique-t-il. "Romain devient acteur aussi de ce Tour maintenant" souligne Jurdie. 

"Je me demandais ce que je faisais là"

Car la Grande Boucle s'apparentait jusque-là à un calvaire pour Romain Bardet. "J'ai été absent, inexistant pendant 18 étapes et il était temps de se réveiller, reconnaît-il. Le plus dur à vivre, c'est que j'organise toute ma saison autour du Tour, je clame haut et fort que c'est la course qui me plaît. Quand on passe totalement à côté, on se demande pourquoi on a fait tout ça." L'introspection a été douloureuse pour le Français: "J'ai eu des moments difficiles, où je me demandais ce que je faisais là. Il y a eu beaucoup de doutes, beaucoup de tristesse et beaucoup de remise en question. Voir des jours de courses qui défilent et se passent sans nous, c'est difficile.

La réaction de Romain Bardet

à voir aussi Tour de France 2019 : Quintana vainqueur, Bardet à pois, Bernal impressionnant Tour de France 2019 : Quintana vainqueur, Bardet à pois, Bernal impressionnant

Dans la tempête, Romain Bardet a su tenir bon. "J'ai eu de la chance d'être beaucoup soutenu par mon équipe et tous mes coéquipiers" souligne-t-il. S'il avouait craindre la réaction du public face à ses déboires, il a trouvé un soutien sans faille. "Le public sait par où est passé Romain, explique Julien Jurdie. Je ne m'attendais pas à voir autre chose que des encouragements. Romain a son palmarès pour lui, c'est quelqu'un qui est très agréable auprès du public donc je ne me faisais pas de souci là-dessus. Et avec le maillot à pois, ça va encore remonter un coup. On sait que les Français sont passionnés par ce maillot."

Deux étapes pour finir en beauté

Il faut désormais ramener la tunique tachetée à Paris. Loin d'être une affaire entendue avec encore deux étapes de haute montagne avant les Champs-Elysées. "On va bien regarder, parce que les points sont doublés sur les cols hors-catégorie au-dessus de 2000 mètres (l'Iseran vendredi, Val Thorens samedi, ndlr). Il reste beaucoup de points à prendre donc il faudra la jouer fine. L'échappée sera intéressante une fois de plus." Encore huit cols à parcourir, dont deux hors-catégorie et deux de 1e catégorie, soit 114 points à prendre au maximum, alors que Bardet en compte 86.

Romain Bardet
Romain Bardet © AFP

Avec seulement 12 points d'avance sur Tim Wellens, Bardet reste à portée. Mais le Belge de Lotto-Soudal, loin d'être spécialiste à ces hauteurs, ne sera probablement pas le danger principal. L'Italien Damiano Caruso (Bahrain-Merida, 60 pts), le Kazakh Alexey Lutsenko (Astana, 45 pts) ou plus loin le Canadien Michael Woods (Education First, 31 pts) et l'Italien Giulio Ciccone (Trek Segafredo, 30 pts) auront également leur carte à jouer. Des noms qu'on devrait retrouver, comme celui de Romain Bardet, dans les prochaines échappées. Un défi inattendu pour terminer la tête haute, mais sans se voiler la face. "J'ai envie de me battre pour ce maillot à pois, mais ça n'enlèvera pas toutes les questions que je vais me poser à la fin du Tour, assure Bardet. Je vais essayer de le savourer et de retrouver un cyclisme d'attaque comme je sais le pratiquer." Rendez-vous dès demain, à Tignes. 

Avec notre envoyé spécial Quentin Ramelet