Thibaut Pinot à l'arrivée de la 15e étape.
Thibaut Pinot à l'arrivée de la 15e étape. | JEFF PACHOUD / AFP

Tour de France 2019 : Pinot, ça devient très sérieux

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Survolté dans l'ascension finale du Prat d'Albis, Thibaut Pinot a terminé deuxième derrière le vainqueur du jour Simon Yates, reprenant du temps à tous ses rivaux. Surtout, l'impression visuelle et le bilan comptable font de lui un candidat de plus en plus sérieux à la victoire. Mais son équipe reste prudente, alors que l'assaut final sera donné dans les Alpes à partir de jeudi.

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Le festin du Tourmalet samedi ne lui a visiblement pas suffi. S'il n'a pas gagné l'étape dimanche, Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) a encore frappé un grand coup sur la montée finale de la 15e étape du Tour de France. Derrière Simon Yates (Mitchelton-Scott), vainqueur en solitaire, Pinot a parsemé la route de tous ses adversaires, lâchés un par un dans l'ascension du Prat d'Albis (11,8 km à 6,9 %). Et confirmé - si certains en doutaient encore - qu'il a des jambes de feu sur ce Tour de France.

"C'était une belle étape comme j'aime, j'avais des bonnes sensations, il fallait que j'en profite. Je savais que la fin était un peu moins dure donc si j'attaquais dans la partie raide, je ne prenais pas trop de risques à me mettre dans le rouge. Si je me faisais contrer, il y avait moyen de suivre quand même.", a-t-il rassuré à l'arrivée.

Personne n'a pu le suivre dans les Pyrénées

Tous ses adversaires ont dû abdiquer un par un : Geraint Thomas (Ineos) et Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick-Step) d'abord, incapables de suivre l'attaque du Français. Emanuel Buchmann (Bora-Hansgrohe) et Egan Bernal (Ineos) ensuite, à la rupture avant d'exploser. Et enfin Mikel Landa (Movistar), qui a vu Pinot fondre pour lui souffler la deuxième place.

"J'ai repris du temps à tout le monde, c'est le principal. C'est très bien, il faut continuer, on est parti pour remonter au classement général", ambitionne-t-il. Yvon Madiot, son directeur sportif, a précisé que son coureur a encore fait parler son instinct dans le final."L'attaque n'était pas préméditée, on attendait car on ne connaissait pas la montée. On savait que le pied était difficile mais que le haut était beaucoup plus roulant. On a dit à Thibaut "Si tu as les jambes, vas-y !". 

Si le Français, désormais 4e du général à 1'50 d'Alaphilippe et 15 secondes de Thomas, a pu réaliser une telle journée, c'est encore grâce à un coup stratégique orchestré par la Groupama-FDJ. David Gaudu, Rudy Molard, Sébastien Reichenbach : tous les échelons de la fusée française l'ont mis sur orbite.

Un coup tactique parfait

"La stratégie c'était d'observer nos adversaires, voir s'ils plaçaient des équipiers à l'avant et dans ce cas suivre leur stratégie. Avec Sébastien, on était deux donc c'était idéal, on pouvait servir de relais dans le final à Thibaut. Je pense qu'on a couru vraiment juste aujourd'hui, Thibaut a encore montré qu'il était très fort", résume Rudy Molard.

"Ce sont des coups qui sont difficiles à tenter car on est sur le fil du rasoir. On ne sait pas si derrière on va être suffisamment prêt. Mais quand ça marche c'est beau. Aujourd'hui, tout a fonctionné. On essaie de se faire plaisir, et le plaisir ça passe par l'attaque." poursuit le directeur sportif Philippe Mauduit.

Face à un team Ineos à nouveau rapidement réduit à trois unités (Thomas, Bernal et Poels), un Gallois encore dans le groupe des battus et aucun autre favori capable de sortir seul, Thibaut Pinot s'avance, bien malgré lui, vers les Alpes avec la pancarte de favori du Tour de France.

Il a encore un débours de 1'50 à remonter. Mais il était 10e avant le chrono vendredi, 7e avant le Tourmalet, et est désormais au pied du podium. Mais les deux directeurs sportifs de la formation française ont logiquement tempéré une ambition que tout le monde chuchote de plus en plus fort, alors que Julian Alaphilippe a montré de vrais signes de fatigue dimanche.

L'espoir est permis, la prudence de mise

"On a un objectif : essayer de faire le mieux possible chaque jour. Ineos a donné des signes d'incertitude très tôt dans le Tour. Ils ont fait décrocher très tôt leurs coureurs, ils étaient dans la gestion. Quand on décroche les coureurs très loin de l'arrivée, c'est qu'on a besoin de les économiser", analyse Philippe Mauduit, embrayé par Yvon Madiot. On avait dit qu'on voulait faire un gros passage dans les Pyrénées, avec un très bon chrono, une reprise de temps sur pratiquement tout le monde. Pas de barrières, pas de limites."

L'enflammade générale après le coup de Saint-Etienne (8e étape) a fait long feu après le coup de bordure à Albi (10e étape). La prudence est donc de mise, mais l'espoir est de plus en plus permis avant les Alpes, un terrain de jeu que Pinot a pris l'habitude de dompter, comme à l'Alpe d'Huez en 2015. "C'est très bien, il faut continuer. Les étapes les plus dures arrivent dans les Alpes. Si j'ai la bonne jambe, je continuerai à prendre du temps." Personne ne sait encore jusqu'où ce Pinot-là peut aller.

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