Emanuel Buchmann lors de la 16e étape du Tour de France.
Emanuel Buchmann lors de la 16e étape du Tour de France. | Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Tour de France 2019 : Buchmann, vivons heureux, courons cachés

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Loin, très loin de l'agitation franco-française de Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot, un homme place ses pions dans l'ombre géante des leaders tricolores du Tour de France. Sixième au général, Emanuel Buchmann est l'invité surprise d'un Top 10 qui dessine progressivement sa version finale. Et désormais, le jeune Allemand (26 ans) a de fortes chances d'y figurer, et peut-être même dans le Top 5.

Derrière la furie française de Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot, une silhouette allemande floquée Bora-Hansgrohe méconnue du grand public s'accroche inlassablement derrière les meilleurs : Emanuel Buchmann.

Pur produit de la formation allemande, le grimpeur d'Outre-Rhin a fait ses gammes en amateur chez Rad-net Rose, qui a également sorti un certain Pascal Ackermann, maillot cyclamen du dernier Tour d'Italie. Passé professionnel en 2015, le natif de Ravensburg dans le Land de Bade-Wurtemberg, a fait ses classes en silence dans le cocon Bora - Argon 18 puis Hansgrohe depuis 2017. 

Champion d'Allemagne sur route surprise en 2015 (la première de ses trois victoires en pro), Buchmann a depuis développé d'une manière linéaire ses capacités sur les courses par étapes. Dans l'ombre et l'humilité d'un cyclisme allemand discret après les années Ullrich, Buchmann est d'abord un forçat de travail pour l'être ensuite sur les courses. 

"Il a les exigences génétiques nécessaires pour rivaliser au niveau mondial, mais il ne crève pas l'écran", explique Dan Lorang, entraîneur et directeur de l'innovation chez Bora-Hansgrohe. Le Luxembourgeois, qui travaille avec Buchmann depuis trois ans, le voit comme un ouvrier de la route : "Il adore s'entraîner"

Pour préparer son 4e Tour - le premier en tant que leader de sa formation - le grimpeur de 26 ans n'a pas lésiné sur la préparation :  trois camps d’entraînement dans la Sierra Nevada (février), à Lienz (mai) et à Livigno (juin) avec un accent sur la récupération et la dernière semaine du Tour, qui s'approche ce jeudi.

La relève d'un cyclisme allemand orphelin

Espoir d'un cyclisme allemand en désuétude sur les courses par étapes depuis la retraite d'Andreas Klöden en 2013, Buchmann porte bien malgré lui les espoirs d'un pays de vélo qui n'a connu qu'une fois l'allégresse de la victoire sur le Tour, avec Jan Ullrich en 1997. Andreas Klöden, 5e en 2009, n'a jamais pu redresser le blason de l'aigle. Il est le dernier Allemand à être entré dans le top 10 du Tour. Cela remonte maintenant à 10 ans.

"Le fait de rester dans le cercle des favoris et de prouver sa classe lors du contre-la-montre montre qu'il a les qualités d'un vrai champion", a déclaré Jan Ullrich au quotidien Bild. "Cela ne fait pas mal de rouler un peu sous le radar", glisse malicieusement Buchmann, adepte de la performance dans l'ombre et bon 15e du chrono à Pau.

Jamais clinquant, pas adepte du show pour un sou, Buchmann n'a pourtant cessé de grimper le col roulant de sa carrière : 83e du Tour de France en 2015, 21e en 2016, 15e en 2017 pour finir 12e  de la dernière Vuelta devant... Rafal Majka, son coéquipier. 

Que des top 7 en 2019

Dans cette progression linéaire, Buchmann a logiquement réalisé sa meilleure saison en 2019 : 4e du Tour des Emirats en février, 3e du Tour du Pays Basque (avec une victoire) en avril, 7e du Tour de Romandie en mai et finalement 3e du Dauphiné en juin. Pourtant, il n'a pas fait grand bruit.

Emanuel Buchmann lors sa victoire au Tour du Pays Basque.
Emanuel Buchmann lors sa victoire au Tour du Pays Basque. © MAXPPP

"J'ai eu des bons résultats cette saison. J'ai toujours été dans les premières positions au classement général, je n'ai jamais fini en dehors du top 7. J'ai franchi un cap cette année, je me sens plus fort. Tout ce qui a mené au Tour s'est parfaitement déroulé", revient-il sur ses six premiers mois.

Sur le Tour, la recette ne change pas. Emanuel Buchmann est toujours là, mais jamais plus. Il a bien tenté d'attaquer dans le haut du Tourmalet mais il n'a pu creuser. Encore fallait-il être là pour tenter : Romain Bardet ou Nairo Quintana avaient lâché depuis bien longtemps.

Objectif top 10 voire mieux

Rebelote samedi, où Thibaut Pinot a bataillé pour le lâcher sur le haut du Prat d'Albis. "Pinot était très fort aujourd'hui (dimanche). Quand il a attaqué c'était impressionnant. J'étais à la limite et je n'ai pas pu le suivre.", explique-t-il à Cyclingnews.  

Emanuel Buchmann dans la roue d'Egan Bernal dans le Prat d'Albis.
Emanuel Buchmann dans la roue d'Egan Bernal dans le Prat d'Albis. © KEI TSUJI / BETTINIPHOTO / DPPI

Outsider d'un top 10 déjà bardé de favoris, l'Allemand commence même à se prendre au jeu. " Je suis vraiment surpris par moi-même. Après samedi, je me sentais déjà bien. Que cela réussisse deux jours de suite, bien sûr, c'est formidable.", se réjouit-il dans Die Zeit.

Un top 10 à Paris serait la suite logique de sa progression. Mais les Alpes vont passer par là. "Ça va être une dernière semaine intéressante. Je suis dans une bonne position, j'ai juste à suivre. Si j'ai les jambes et l'opportunité, j'essaierai, mais d'abord je vais suivre. Mon but est toujours le top 10. Mais si je suis dans les cinq premiers, je prends aussi..." Comme toujours, Buchmann ne le dit pas trop fort, mais il le dit quand même.