Thibaut Pinot fend la foule dans la montée de l'Alpe d'Huez
Thibaut Pinot fend la foule dans la montée de l'Alpe d'Huez | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Tour de France 2018 : Rolland-Riblon-Pinot, souvenirs de l’Alpe d’Huez

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Basculer le drapeau néerlandais de l’horizontale à la verticale, il suffisait d’y penser. Chasse gardée des Bataves sur le Tour jusqu’à la fin des années 80 (8 victoires lors des 14 premières ascensions, ndlr), la « montagne des Hollandais » a changé de main.

N’y brille plus que le bouillant public « oranje » sur les 21 virages de l’ascension. A part Bernard Hinault lors de l’arrivée main dans la main avec Greg LeMond (1986), les grimpeurs français ont longtemps tardé à inscrire leur nom au palmarès. Une anomalie réparée ces dernières années. Depuis 2011, les Tricolores se sont enfin appropriés la montée de l’Alpe d’Huez. Des quatre derniers vainqueurs, trois sont Français.

  • 2011 : Pierre Rolland superstar 

Pas encore rayé du palmarès du Tour et de l’Alpe d’Huez, remportée à deux reprises, Lance Armstrong y était allé de son tweet. Pour le Texan, Pierre Rolland venait de devenir la « Rockstar » en mystifiant Alberto Contador et Samuel Sanchez à 1,5 km de l’arrivée. Sept ans après sa victoire en solitaire, le grimpeur de EF Education First a encore du mal à trouver les mots. « C’est indescriptible ce qu’on ressent quand on passe la ligne en premier à l’Alpe d’Huez. J’en garde un souvenir magique, d’une journée parfaite. C’est la montée que tous les grimpeurs veulent à leur palmarès. » ce jour-là aussi, Rolland avait mis du temps à se voir en vainqueur. « Je me suis rendu compte que j’allais gagner à 300 mètres de la ligne donc je n’ai pas pu savourer avant. »

  • 2013 : Christophe Riblon voit double

100e Tour de France oblige, c’est la folie des grandeurs pour ce retour dans l’Alpe d’Huez. Suite à l’enrobage controversé du Col de Sarenne, ce n’est pas une mais deux montées qui sont au programme. Une occasion unique d’entrer dans le mythe de l’Alpe. Franc-tireur chez AG2R, Christophe Riblon écrit la plus belle page de sa carrière et s’octroie une place dans la postérité. « Quelle fierté d’avoir inscrit mon nom de famille, raconte Riblon. Des gens viennent me voir et continue à me redire merci. » De ce 18 juillet, il n’a rien oublié. La foule qui s’ouvre devant lui. La communion. Les frissons. Et le scénario d’une victoire fabuleuse. « Je connais ma journée par coeur et je ne veux surtout pas l’oublier, explique-t-il. Quand j’y repense, c’est comme si tout était écrit, presque une évidence. » Avec un moment clé quand à 2 km de l’arrivée, il reprend Tejay Van Garderen et le dépose. Une attaque en danseuse, un dernier regard vers l’Américain avant de filer vers la victoire. Cet après-midi, « il y aura peut-être un petit peu de nostalgie en arrivant en haut. » Avant cela, Riblon prendra le temps de s’arrêter prendre une photo devant son panneau au virage 15 « pour en profiter » encore un peu et graver une nouvelle image dans sa mémoire.

  • 2015 : Thibaut Pinot écrit sa légende

C’était un Tour à oublier pour Thibaut Pinot. Beaucoup d’espoirs déçus. Veille d’arrivée sur les Champs-Elysées, il reste une dernière occasion au Franc-Comtois de redorer son blason. Pour la première fois, l’Alpe d’Huez peut décider du vainqueur du Tour. Chris Froome vacille mais remporte son 2e Tour de France. Nairo Quintana a enfin mis le Britannique dans les cordes. Seul un coureur lui résiste : Pinot. Dans la montée finale, le grimpeur de la FDJ rejoint Alexandre Geniez, échappé du matin. Pour éliminer Ryder Hesjedal, il imprime un gros tempo pour lancer Pinot. Une rampe de lancement pour la fusée franc-comtoise qui décolle devant un public en transe.

« C’était plus qu’un Parc des Princes car il y avait vraiment le feu, se souvient Pinot. Il y avait beaucoup de bruits et c’est dans le virage des hollandais que je lâche Ryder. Je me sentais porté par la foule. » Les images sont impressionnantes et plusieurs fois on craint l’incident. « C’était fou. Des fois je ne savais pas trop où j’allais, reprend Pinot. Parfois c’était un peu dangereux mais que de frissons. » Le final est plus stressant pour Pinot. « J’étais au courant que Quintana revenait sur moi. Je me suis retourné plusieurs fois mais je ne voyais pas grand chose. En plus je n’avais pas d’oreillette. Yvon (Madiot) est remonté à ma hauteur pour dire que j’avais 30 secondes à 3 km. Je savais qu’il ne fallait pas que je traîne. » A l’arrivée, Pinot s’impose à 18 secondes d’avance sur le Colombien et entre dans la légende de l’Alpe d’Huez.

De notre envoyé spécial