Christopher Froome devant Geraint Thomas

Tour de France 2018 - Pourquoi la Sky a raison de ne pas choisir entre Thomas et Froome

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Depuis que Geraint Thomas a endossé le maillot jaune au soir de sa victoire à La Rosière, lors de la 11e étape, la question du leadership dans l'équipe Sky revient sans cesse. Entre Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France en quête d'un doublé Giro-Tour qui n'a plus été fait depuis 20 ans, et son habituel second, le coeur britannique pourrait balancer. Au sein de l'équipe, il est urgent d'attendre. Car les Pyrénées délivreront leur verdict et devraient valider la hiérarchie finale.

Une question inévitable

Depuis mercredi dernier, la Sky fait l'objet d'une interrogation répétée: qui est le leader de l'équipe. Au départ de ce 105e Tour de France, la question ne se posait pas au grand public, puisque Christopher Froome, quadruple vainqueur de l'épreuve, sortait d'un succès sur le Tour d'Italie, socle d'un ambitieux doublé Giro-Tour. Depuis Marco Pantani, en 1998, plus personne ne l'a réalisé. En cas de victoire, il deviendrait le 8e à être sacré coup sur coup en Italie puis en France. Il rejoindrait Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et Pantani. Ce serait aussi son 5e titre, qui le placerait au niveau d'AnquetilMerck, Hinault et Indurain.

Mais les chutes du leader lors de la première semaine, couplée aux deux victoires consécutives dans les Alpes de Geraint Thomas, ont placé le Gallois en haut du classement général. Et son succès au Critérium du Dauphiné en juin, véritable répétition de la Grande Boucle, ne fait qu'affirmer sa position. "On avait évoqué cette possibilité au moment de la constitution de l’équipe", glisse Nicolas Portal, le directeur sportif de l'équipe britannique. "Il nous fallait une équipe solide autour de deux coureurs. Maintenant, on y est." Dans les Alpes, Thomas a clairement pris la position d'un équipier dans les ascensions. Avec une liberté d'action dans le final. 

Des interrogations sur les deux hommes

A 31 ans, Geraint Thomas vit sa plus belle saison sur la route. L'ancien champion du monde sur la piste a tardé à triompher sur la Route. Le Paris-Nice 2016 avait été sa première pierre. Le Critérium du Dauphiné cette année la deuxième, confirmée en juillet par ces deux premières semaines sur le Tour de France. "C’est tout nouveau pour G (Geraint, Ndlr), de le voir à ce niveau-là. Jusqu’à quand il va pouvoir le tenir ? Personne ne le sait", glisse ouvertement Nicolas Portal. Et les cols pyrénéens lui sont certainement moins favorables que ceux des Alpes, plus roulants. Souvent pénalisé par des chutes par le passé, est-il en capacité de tenir le cap ?

Et cette interrogation, le directeur sportif la livre aussi pour "Froomey", comme il l'appelle: "Il est à un très très bon niveau. Jusqu’à quel point il va tenir ce niveau, lui qui a fait le Giro ? Ce doublé est différent de ce qu’il avait fait l’an dernier avec le Tour et la Vuelta. Le niveau est clairement plus élevé."

Un collectif pour suppléer des individualités affaiblies

Pour l'instant, les deux premières places du général permettent à cette formation d'avoir deux chances de victoire. Si l'un a un coup de moins bien, l'autre deviendra leader. Si les deux poursuivent au même niveau... "Quand ça deviendra dur, on verra qui sera le meilleur", prévient Portal. "Quand dans une course, vous n'avez qu'un leader, s’il lui arrive quelque chose, l’équipe ne peut rien faire. Avec deux leaders, vous êtes plus tranquilles. Pour nous, c’est très bien."

Avec une formation toujours au complet, dont le sens du sacrifice s'est vérifié lors des étapes montagneuses, et ailleurs aussi, la Sky a tous les arguments pour compenser une baisse de régime de ses leaders. Egan Bernal et Jonathan Castroviejo ont été impressionnants dans les Alpes pour imprimer un rythme d'enfer. Ils peuvent aussi aider un de leurs leaders à limiter les dégâts en cas de jour sans...

Avec Tom Dumoulin (Sunweb), 3e à 1'50 de Thomas mais à seulement 11 secondes de Froome, et Primoz Roglic (Lotto-NL Jumbo), 4e à 2'38 du maillot jaune et 59 secondes du deuxième, le danger demeure. Jusqu'à quand ?

De notre envoyé spécial

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze