Geraint Thomas et Chris Froome dans l'ascension de l'Alpe-d'Huez
Geraint Thomas et Chris Froome (Sky) dans l'ascension de l'Alpe-d'Huez | AFP - Jeff PACHOUD

Tour de France 2018 – Le retour des démons du public envers la Sky ?

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L'ascension de l’Alpe-d’Huez lors de la 12e étape du Tour de France a montré le retour d'une agressivité d'une partie du public à l’encontre des coureurs de la Sky. Alors que les sifflets avaient disparu après 3 jours de course, cette dernière ascension a modifié cette dynamique. Un spectateur a tenté de donner un coup au quadruple vainqueur du Tour, et des sifflets ont retenti à l’Alpe lors de la cérémonie récompensant Geraint Thomas, vainqueur d'étape et maillot jaune. Bref, les démons sont de retour.

Certains craignaient le pire avant le départ du Tour de France. Pendant près de neuf jours, le calme était revenu autour de l’équipe Sky et de son leader, Christopher Froome. Son contrôle anormal au salbutamol avait attisé la suspicion avant le Tour. La 12e étape a ravivé les vieux démons.

« Les sifflets, ce n’est pas agréable. Mais quand il y a des gestes, c’est plus compliqué. On doit rester en sécurité. » La première réaction de Geraint Thomas, cible des sifflets à l’arrivée à l’Alpe-d’Huez après sa deuxième victoire de suite, est toute en nuance. Son leader, Christopher Froome, a préféré ne pas s’exprimer à l’arrivée, visiblement choqué. Lui a été l’objet d’une tentative d’agression dans la dernière ascension. Un acte isolé, que beaucoup redoutaient avant le départ de la Grande Boucle, suite au feuilleton sans fin du contrôle anormal du Britannique lors de la Vuelta 2017.

Geraint Thomas disait d’ailleurs fin juin : "J'ai l'impression qu'il y a plus de haine envers Sky. Mais c'est seulement une minorité du public, pas la majorité. Le Tour rassemble beaucoup de personnes, dont certaines sont mal intentionnées". Cela s’est vu ce jour. 

Après 3 jours, les sifflets s'étaient tus

A La Roche-sur-Yon, lors de la présentation officielle des équipes, la Sky avait été huée par une partie du public. Chris Froome avait préféré abandonner ses coéquipiers pour en finir le plus rapidement possible avec la parade. Cette scène, Nicolas Portal l’avait mal vécue. Directeur sportif de l’équipe anglaise, l’ancien coureur français nous confiait : « Quand on est monté sur le podium, c’est la première fois de ma vie que j’ai eu un peu honte », nous confiait-il avant le contre-la-montre par équipes de Cholet. « Sans colère. Ce n’est pas comme ça que je vois la France. » Et il ajoutait : « Je suis Français, j’ai l’impression que je le vis moins bien qu’eux (ses coureurs, Ndlr). »

"Un sentiment de honte"

Ce jeudi matin, il précisait : « Le sentiment de honte est quelque chose de très profond, de personnel. C’est un sentiment difficile à gérer. Ca m’a touché car c’est mon pays, ma langue, J’étais désolé de montrer cette image au reste du monde. » Mais Nicolas Portal se disait heureux de cette première moitié d’épreuve : « Les trois-quatre premiers jours ont été assez compliqués. Mais il n’y a pas eu de problème. On a pas mal de soutien. On a vu un public fan de sport, et c’est très bien. » Jusqu’à ce jeudi 19 juillet. Pourtant, chaque jour, le bus de la Sky est l’un des plus courtisés du peloton. Et les encouragements prenaient de plus en plus de place. Les chutes de Froome et le fait que la Sky n'était pas en jaune avaient peut-être adouci les réactions du public.

Pascal Chanteur, Délégué des coureurs sur le Tour de France, s’en réjouissait également ce matin : « Je pense que le public s’est fait sa propre opinion. En plus, certains articles de presse ont mis en avant certaines lacunes des institutions, en l’occurrence de l’AMA (Agence mondiale antidopage), sur ce contrôle anomal. Le public du vélo est un public bienveillant, même si de temps en temps des idiots courent à côté des coureurs et font courir des risques. »

C’est exactement ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Le retour du maillot jaune dans l’équipe britannique semble avoir réveillé certains mauvais instincts. 

De notre envoyé spécial