Romain Bardet devance Christopher Froome à l'Izoard
Romain Bardet (AG2R La Mondiale) devance Christopher Froome à l'Izoard | PHILIPPE LOPEZ / AFP

Tour de France 2017 : Romain Bardet bientôt roi de France ?

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Sur le podium du Tour de France pour la deuxième fois d’affilée, Romain Bardet se rapproche année après année du Graal : succéder à Bernard Hinault, dernier vainqueur français de la Grande Boucle.

C’est un tout petit monde qui sépare désormais Romain Bardet de Chris Froome. Pas encore le monde de l'infiniment petit mais l’Auvergnat n’a plus besoin d’une longue vue pour apercevoir le Britannique. L’an dernier, l’Anglais tenait la course dans sa main avec une marge assez conséquente sur ses premiers poursuivants (4’05’’ sur Bardet et 4’21’’ sur Quintana). Cette année, le quadruple vainqueur du Tour n’a pas eu la même force dans les phalanges, le doigt sur la gâchette. Aucune victoire d’étape et une incapacité à faire la différence dans les grosses ascensions du parcours. Au final, il s’impose pour moins d’une minute devant Uran (54’’) et 2’20’’ sur un Bardet épatant dont la défaillance dans le chrono de Marseille n’atténue en rien la performance. Le voir éjecté du podium la veille des Champs-Elysées aurait même constitué une vraie injustice au regard de son Tour pétillant. Heureusement, il peut s’appuyer sur d’autres chiffres bien plus parlants que ceux du contre-la-montre au terme de cette 104e édition. Et puis il y a cette impression bien réelle que le leader d’AG2R La Mondiale a passé un nouveau cap. Avant le supplice phocéen, jamais Romain Bardet n’a été éloigné de plus d’une minute de Froome. 51 secondes, écart maximal, après la 9e étape à Chambéry. Au soir de sa victoire à Peyragudes, l’Auvergnat avait même effectué un rapproché à 19’’, le maillot jaune à portée de tir.

Meilleur que Froome en montagne

« Il faut être constant et patient sur le Tour et donner le maximum. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bardet a respecté son plan à la lettre sur les étapes en ligne. Pas un jour sans, pas une cassure et une gestion de la course sans économie. « On a le sourire, parce qu'on a vu une très belle équipe AG2R (2e du classement par équipes à seulement 7’14’’ des Sky), une équipe de champions qui se sont livrés corps et âme pour leur leader Romain Bardet, qui n'a que 26 ans et qui s'est comporté en patron, savoure le manager de l’équipe savoyarde Vincent Lavenu. Sur ce Tour l'équipe a grandi, Romain a grandi, il nous a donné de l'assurance. C'est lui qui a décidé de faire rouler à tel endroit, à tel moment. Il faut qu'on arrive encore à structurer l'équipe pour prendre une dimension supplémentaire mais on n'est pas loin du compte. » En montagne, les AG2R ont pris leurs responsabilités en bousculant le tempo imposé par les Sky. Dernier étage de la fusée, Bardet a fait le reste dans ses mano-à-mano avec les autres leaders. Ses stages répétés en altitude ont porté ses fruits. Au temps cumulé des étapes de montagne, Bardet devance Uran de 6 secondes et Froome de 18. « J’ai construit ce podium d’une manière totalement différente, réagit-il. J’ai passé une marche supérieure en montagne. Je suis heureux d’avoir répondu présent car l’après est toujours difficile à concrétiser. »

Pas encore le maître du temps

De six ans son aîné, Chris Froome est presque apparu vieillissant. Saoulé d’attaques de l’Auvergnat dans les Pyrénées et dans les Alpes, il a été contraint de muscler sa défense, bien aidé par une équipe Sky monstrueuse. Son joug tient toujours grâce à son aisance dans les chronos. A 26 ans, Bardet peut espérer renverser la table d’ici peu. Sa progression est linéaire et il sait quelle direction prendre pour décrocher son rêve jaune. Alors qu’il avait limité la casse dans les rues de Düsseldorf, l’Auvergnat a vrillé dans le chrono de Marseille, dernier juge de paix du Tour. « J’ai vécu un mauvais moment à un endroit crucial, raconte-t-il. J’ai su rapidement que je ne serai pas dans le match. J’ai fait un chrono plus avec la tête qu’avec les jambes. Je l’ai payé cher aujourd’hui, même si la pièce retombe du bon côté. » A bout de souffle, Bardet a rendu 1’57’’ à Froome et 1’32’’ à Uran, le faisant basculer à 2’20’’ au général. Les images de la montée vers Notre-Dame de la Garde sont terribles et révélatrices. Le physique entamé, il a constamment recherché la bonne position sans jamais la trouver. Tout l’inverse d’un Froome imperturbable et efficace sur sa machine. Le Britannique aurait même pu le croquer si le parcours avait été plus long de 500 mètres. Pour une seconde, Bardet a sauvé la 3e place convoité par Mikel Landa. « Le contre-la-montre n’est pas ma tasse de thé mais il va falloir que je m’investisse un peu plus », concède-t-il. Changement de braquet obligatoire mais pas de philosophie.