Guillaume Martin
Le coureur français Guillaume Martin | PHOTOPQR/LE PROGRES/Philippe Vacher

Tour de France 2017 : Guillaume Martin, la voie de la sagesse

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A 23 ans, Guillaume Martin découvre le Tour de France dans l'équipe belge Wanty - Groupe Gobert, invitée par l'organisation. Diplomé d'un master de philosophie, spécialiste de Nietszche et chroniqueur dans le Monde, le grimpeur normand est un équilibriste qui jongle sans cesse entre les choses de l'esprit et la performance physique. Au point de parler par exemple de "maîtrise socrato-froomienne". Le jeune homme tient ses deux passions de deux hommes : son père et son grand-père.

Guillaume Martin est un atypique. Jeune coureur de 23 ans au sein d’une équipe qui découvre le Tour de France, le grimpeur a une carte à jouer sur la Planche des Belles Filles. L’occasion de montrer au grand public qu’il n’est pas simplement un “ grimpeur-philosophe”, un surnom qui sonne comme une évidence pour celui qui a rédigé un mémoire de philosophie intitulé «Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ?» Le parcours du Normand, dix-huitième du Dauphiné au mois de juin, est une histoire de famille façonnée par deux hommes : son père et son grand-père.

Le premier, Daniel Martin, a été un modeste coureur amateur et lui a inculqué son goût de l’effort et son amour de la performance. “Dans notre ferme en Normandie, dès ses 5 ans il fallait que je chronomètre ses performances autour de notre cour. Et le lendemain il me disait 'Je recommence mais je veux faire deux secondes de moins'." Aux côtés de son fils sur les routes du Tour, M. Martin savoure et revient volontiers sur sa jeunesse : "Je vis ce tour avec une grande émotion. Je l’ai vu passionné de cyclisme dès qu’il a commencé à savoir parler. A la télévision il préférait les courses de vélo aux dessins animés.”

Un​ grand-père rédacteur en chef

L’autre homme fort de la vie de Guillaume Martin, c’est son grand-père. Journaliste et traducteur, amoureux des lettres, René Guyonnet a été rédacteur en chef de l’Express dans les années 60. Pour Daniel Martin, la continuité est évidente : “C’était quelqu’un de très instruit, féru de sport, c’est de lui que Guillaume tient ses deux centres d’intérêt. Dès qu’il a commencé le vélo à l’âge de treize ans, il a toujours mené de front ces deux passions. Quand il arrêtait de faire du vélo, il prenait un livre.” Le coureur de Wanty - Groupe Gobert prend aussi la plume. Il est l’auteur d’une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, que sa mère comédienne va mettre en scène. Entre deux étapes sur la route du Tour, Guillaume Martin écrit aussi des chroniques, pour Le Monde.

Folie nietz​schéenne et sagesse socratique

Avec un tel bagage, Guillaume Martin est vite devenu un personnage dans le petit monde du cyclisme. Il assume sans sourciller son côté “intello” mais insiste : il veut être reconnu comme cycliste. A quelques jours du départ de son premier Tour de France, il expliquait à Ouest-France l’influence de ses études sur sa façon de courir : “Ça me permet de rebondir plus facilement. Après, dans la course en elle-même, j’ai plutôt l’impression que ça me dessert, paradoxalement.” Entre l’instinct du coureur et la rationalisation du philosophe, l’équilibre est ténu. Dans sa première chronique pour le quotidien du soir, le coureur revenait justement sur cet équilibre : "se connaître soi-même c’est maîtriser ses limites, mais c’est aussi avoir l’instinct du moment où il est possible de les dépasser. Quand la folie nietzschéenne prend le relais de la sagesse socratique…"

Lors des premières étapes, ce sont d’autres coureurs de son équipe (Yoann Offredo, Guillaume Van Keirsbulck) qui se sont illustrés par des raids solitaires. Mais au sommet de la Planche des Belles Filles, Guillaume Martin portera les espoirs de Wanty - Groupe Gobert. “C’est une pente que je connais bien, pour avoir habité à côté" explique-t-il. Son père corrobore : “La Planche des Belles Filles et les Rousses (sur la huitième étape) ce sont deux jours propices pour lui.” Décrit par son entourage comme “très calme, ne se mettant pas la pression”, il va pouvoir se frotter aux meilleurs dans l’ascension d’aujourd’hui. En amateur avec le club d’Etupes il avait terminé troisième d’une étape du Tour de Franche Comté sur cette pente terrible de 6km à 8,5% de moyenne. Désormais à l’étage au dessus, il lui faudra la tête et les jambes pour tenir tête aux cadors.

Youmni Kezzouf @YoumniK