Romain Bardet, dauphin de Christophe Froome
Romain Bardet, dauphin de Christophe Froome | KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Romain Bardet, 2e du Tour de France et dauphin de Chris Froome, forte tête

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Dauphin surprise de Chris Froome, Romain Bardet est un coureur particulier. Particulier parce que plus que ses qualités physiques, ce sont ses qualités mentales qui font la différence.

Il y a ces coureurs qui remportent de belles courses et il y en a d’autres qui font mieux que ça. Ces derniers sont de la race des champions. Une classe trop souvent ouverte à tous les vents. Un mot dévoyé. Que ceux qui ne seront pas d’accord nous pardonnent mais Romain Bardet est un champion. Pas parce qu’il a remporté de grandes courses mais parce qu’au quotidien, le jeune coureur de 25 ans fait tout ce qu’il peut pour maximiser son potentiel. Et plus encore. Car détrompez-vous, Romain Bardet n’est pas le potentiel physique le plus impressionnant du peloton professionnel. Son mètre 85 et ses 67 kilos le rapprochent d’un Chris Froome, lauréat de trois Tour de France, et pourtant, Loïc Varnet, directeur du Chambéry Cyclisme Formation (CCF, la réserve d’Ag2r-La Mondiale) est catégorique : « Romain est loin d’être le plus gros moteur du peloton ». Un avis partagé par tous ceux qui l’ont côtoyé chez les espoirs ou les amateurs. « Si on m’avait dit que Romain ferait la carrière qu’il fait j’aurais rigolé, promet Benoît Luminet, son ancien coéquipier au CR4C Roanne. Une carrière professionnelle oui mais pas plus ».

Alors qu’est ce qui fait du protégé de Vincent Lavenu un coureur capable de monter sur la deuxième marche du podium du Tour de France ? La tête. « Il n’a peut-être pas à la base le plus gros moteur mais il a un tel mental et une telle abnégation… », confirme Clément Chevrier, ancien équipier au centre de formation et actuel coureur de l’équipe IAM mais surtout meilleur ami du champion. Quiconque côtoie Romain Bardet sait que le Français ne laisse rien au hasard. Et qu’il emmène les autres dans son sillage : équipe, staff, entraîneurs, coéquipiers.

Progresser, encore et toujours

Il y a ces coureurs bosseurs qui ne rechignent jamais à l’entraînement et il y en a d’autres qui font mieux que ça. Énorme bosseur, Bardet prend au sérieux comme peu d’autres ses programmes d’entraînement. « Je rappelle souvent à mes coureurs actuels qu’ils doivent garder un esprit critique et être très impliqués dans leur propre projet personnel, confie Loïc Varnet. Je cite souvent Romain en exemple ». Et pour cause, le directeur du CCF sait mieux que personne à quel point Bardet peut être rude, y compris avec son entraîneur. « Quand on a un entretien avec lui, il vaut mieux être préparé, bien réveillé parce qu’il relève la moindre faiblesse. Il m’a poussé dans mes retranchements. Dans sa réflexion, il a un temps d’avance sur la moyenne. Il faut connaître ses contenus pour répondre à des questions toujours pertinentes ».

Cette recherche constante de l’amélioration est le sel de la carrière de Bardet. Quasiment autant que les grandes victoires, c’est dire. Avec lui, une formation grandit. A son contact, un entraîneur s’améliore, un coureur progresse. Si chacun s’en donne les moyens. Car qu’on se le dise, Romain Bardet n’a pas un caractère facile. « Il peut avoir des mots très durs envers ses coéquipiers », confirme Clément Chevrier. Ascète quand il s’est fixé un objectif, le dauphin de Chris Froome attend de chacun qui l’entoure le même investissement. « Il nous tire vers le haut », assurait Mikael Chérel après le numéro de son leader vendredi vers le Mont-Blanc. Et comment le contredire quand on voit la progression d’Ag2r-La Mondiale à ses côtés ? « A Chambéry, il remettait beaucoup de choses en question dans le but de faire avancer les choses, se rappelle Clément Chevrier. Il apportait beaucoup à l’équipe pour progresser. C’est ce qu’il a fait avec Ag2r avec les stages en altitude, le matériel, la soufflerie ». Loïc Varnet confirme sans détour : « Il y a trois ans il allait en Sierra Nevada sur ses deniers personnels avec son père pour conduire le scooter. Il a montré la voie et ensuite il a fait partager cette vision à ses patrons et aujourd’hui, le stage est intégré dans le collectif ». 

Le collectif, vertu cardinale

Il y a ces coureurs que l’on dit « futurs grands ». Et il y a les autres, ceux qui savent être leaders. « Je connais des coureurs chez les pros qui ont des capacités physiques bien plus importantes que celles de Romain Bardet mais qui n’ont pas un dixième de son niveau de performance parce que l’ambition n’est pas la même, la volonté de se mettre en danger non plus. Etre leader dans une équipe, c’est se mettre en danger, on se compare aux meilleurs coureurs de chaque équipe dans le final », détaille Loïc Varnet. Romain Bardet est né leader. Oh, il n’est pas un leader vocal mais un leader d’exemple. « Ce sont les vrais leaders charismatiques qui sont écoutés et respectés sans avoir à lever la voix, poursuit Varnet. Au sein du centre de formation, j’ai été impressionné par sa manière de s’imposer avant même qu’il ait des résultats. Très rapidement dès le printemps de sa première année pro, il était déjà protégé sur certaines courses. Ce qui est relativement rare pour un néo-pro. Il n’a rien revendiqué, simplement par son attitude en course et sa capacité à être présent dans le final ».

Surtout, Bardet se nourrit de ses défaites. La marque des grands. Sur le Tour 2015, l’Auvergnat avait manqué ses deux premières semaines avant de planer sur la dernière pour décrocher un succès d’étape fabuleux à Saint-Jean-de-Maurienne et la neuvième place finale. Managers, entraîneurs, coéquipiers saluent tous sa formidable capacité de résilience et de résistance. Vers Saint-Gervais Mont Blanc, Bardet a aussi montré plusieurs autres facettes de sa personnalité. Son sens tactique d’abord. Son panache ensuite. Mais aussi son sens du collectif. « Il est transcendé quand il voit les autres se sacrifier pour lui, assure Chevrier. Ça lui met une bonne pression et il n’a vraiment pas envie de décevoir ». Enfin le leader d’Ag2r n’est jamais aussi à l’aise que quand la météo s’en mêle. « Je me souviens du Tour de l’Ardèche méridionale (en 2010). On avait rencontré pendant la course un très gros orage et la moitié du peloton était venu chercher son vêtement de pluie, narre Loïc Varnet. A ce moment-là, il avait attaqué pour se réchauffer jusqu’à rejoindre la tête et remporter cette épreuve. ». Romain Bardet, c’est évidemment les autres qui en parlent le mieux. Benoît Luminet résume parfaitement le bonhomme : « C’est le genre de mecs, on lui coupe la jambe dans la nuit, il en fait repousser une autre le matin ».

Un bonhomme de 25 ans, timide et discret mais sûr de lui et du chemin qu’il veut emprunter. Un chemin qui l’a mené à la deuxième place de la plus belle épreuve du monde. Un chemin dont il est loin d’avoir vu le bout.