Raymond Poulidor
Raymond Poulidor, au village départ du Tour de France | DR

Raymond Poulidor : "Chris Froome est exceptionnel"

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Incontournable sur le Tour de France, Raymond Poulidor a bien voulu accorder un entretien à Francetvsport. A 79 ans, « Poupou » garde un œil avisé sur la course qui « représente toute sa vie ». Séduit par Alejandro Valverde et la très belle génération de Français qui déboule, le recordman de podiums (8) sur la Grande Boucle estime que Christopher Froome est cette année intouchable.

Vous attendiez-vous à un tel scénario après deux semaines de course ?
Raymond Poulidor :
Au départ, on pensait que les quatre favoris étaient tous en super forme, et que ça allait être formidable. Je pensais que Quintana allait s’en sortir le mieux, mais lorsque j’ai vu le déroulement des premières étapes, j’ai changé complètement d’avis. Je n’ai jamais vu Froome dans une forme comme ça, dominer autant ces premières étapes. Il est exceptionnel ! Il est dans les premiers lorsqu’il y a du vent, dans les premiers aux sprints, … Là où il m’a le plus étonné, c’est sur les pavés. Froome n’est pourtant pas adroit sur un vélo. Au Mur-de-Huy, il a largué tout le monde en 500 mètres, de même à Mûr-de-Bretagne. Et on a vu ce que cela a donné à la Pierre Saint-Martin avec sa victoire d’étape.

Comment expliquez-vous les performances en demi-teinte des Français ?
R.P. :
Est-ce qu’il y a la malchance qui est en cause ? Il y a peut-être une part de malchance. La tête est peut-être là, mais les jambes ne suivent pas. Il reste des satisfactions avec la confirmation de Tony Gallopin, Alexis Vuillermoz et Warren Barguil. On n’a jamais eu une génération de jeunes talents aussi fournie. Mais est-ce qu’ils vont supporter les Alpes ? Car je pense que les Alpes seront plus dures que les Pyrénées. L’an dernier, les Français ont été remarquables, avec deux Français sur le podium. Mais n’oublions pas que les trois favoris n’étaient pas là. N’oublions pas non plus qu’ils étaient à 8 ou 9 minutes de Vincenzo Nibali, qui a fait ce qu’il a voulu.

Nibali n’est pas le même non plus cette année…
R. P. :
Cette année, ni Nibali, ni Alberto Contador n’est au niveau. Ce qu’il y a bien chez eux, c’est que ce sont des attaquants. Ils ne sont jamais battus, et vont donc essayer. Mais est-ce qu’ils auront les jambes ? On l’a bien vu dans la Pierre Saint-Martin, ils ont attaqué, mais il n’y a rien eu à faire. Je pense que Froome est imbattable. Quintana a un podium à portée de main, il va essayer de le titiller et en a les capacités. Pour moi, celui qui me surprend le plus, c’est Alejandro Valverde. Il est étonnant ! Il a fait tout le travail dans la première étape. Si il n’est pas là, Quintana perd toute illusion dans ce Tour. Valverde pourrait occuper la deuxième place du général.

Qu’avez-vous pensé de la polémique sur Chris Froome et son surprenant démarrage ?
R. P. :
J’ai entendu les polémiques, mais on n’a pas dû assister à la même course ! J’ai regardé. Qu’on fait les Sky ? Ils ont roulé dix kilomètres, c’est tout ! Froome et Porte ont roulé six kilomètres. Ils n’ont rien fait toute la journée. Seule l’équipe de Quintana a fait la course en tête, et le Colombien n’avait logiquement plus personne à l’arrivée. Si les Sky avaient roulé pendant 200 bornes, il y aurait eu un vrai problème, mais ce n’était pas le cas.

Qu’attendez-vous des Alpes ?
R. P. :
La montagne est faite d’exploits, de drames, et autres. On attend beaucoup de cette dernière semaine, on attend des défaillances, et ça, c’est inévitable. Et puis quel temps va-t-il faire ? L’ennemi des coureurs reste la chaleur. Avec la pluie, on récupère mieux. Même si cela peut être dangereux dans les descentes. Mais ils sont prudents, et j’ai entendu beaucoup de coureurs réclamer la pluie !

Romain Bonte