Rafal Majka
Rafal Majka s'est imposé en solitaire à Cauterets | JEFF PACHOUD / AFP

Rafal Majka (Tinkoff) s'offre la 11e étape, Froome et les Sky tranquilles

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La formation Tinkoff d'Alberto Contador a repris des couleurs en remportant sa première victoire d'étape cette année, grâce à Rafal Majka, lors de la 11e étape du Tour de France. Le Polonais a faussé compagnie aux échappés qui l'accompagnaient à 48.5km de l'arrivée, dans la montée du Tourmalet. Derrière, les Sky de Chris Froome ont géré le tempo et les cadors, visiblement toujours sonnés au lendemain du doublé de l'équipe britannique à La Pierre-St-Martin. Idem pour les Français Pinot (FDJ.fr), Bardet et Péraud (AG2R), encore en souffrance dans une étape marquée par la chaleur et six abandons.

Au lendemain du coup de force des Sky et de Chris Froome, les jambes et les têtes étaient lourdes chez les autres leaders d'équipe. Personne n'a osé la moindre attaque décisive parmi les ténors. Le Col d'Aspin et le Tourmalet au programme offraient néanmoins un terrain de jeu intéressant pour des échappés. A condition de ne pas réveiller les Britanniques et donc de ne pas être dangereux au classement général. Les tentatives de départ ont été nombreuses. Celle où se trouvaient Steve Morabito, Arnaud Démare (FDJ), Thomas Voeckler (Europcar), Rafal Majka (Tinkoff), Julien Simon (Cofidis), Emanuel Buchmann (Bora) et Serge Pauwels (MTN) s'est révélée la bonne. 

Rafal Majka, le coéquipier d'Alberto Contador, meilleur grimpeur du Tour de France 2014, a pris sa chance dans le Tourmalet, faussant compagnie au groupe qui n'avait plus que quatre autres membres pour se lancer dans un raid solo de toute beauté. Malgré une tentative de retour de Serge Pauwels (MTN), puis celle de Dan Martin (Cannondale) de fondre sur lui dans les derniers kilomètres, le Polonais n'a pas laissé quiconque lui disputer la victoire, même dans la vallée menant à l'arrivée de Cauterets. C'est la troisième fois qu'il s'impose sur les routes de la Grande Boucle, après ses deux victoires l'an dernier.

Vidéo: Le démarrage de Majka

Avec le joli matelas de plus de cinq minutes d'avance sur le peloton maillot jaune, le Polonais a conservé son avantage sur ses anciens compagnons d'échappée, alors que derrière, le peloton maillot jaune était généralement mené par les Sky et Richie Porte, même si Vincenzo Nibali (Astana) a fait rouler ses hommes un moment, avant de les voir exploser dans la montée finale. Et lui-même a fini par craquer, dans les derniers kilomètres de l'étape, après une attaque de Mollema (Trek).

Vidéo: Contador se sent mieux

Les autres "anciens" prétendants à la victoire finale, Alberto Contador (Tinkoff), Nairo Quintana (Movistar) ou Tejay Van Garderen (BMC) étaient bien présents, mais personne n'osait réveiller les Sky ou les attaquer. Il fallait peut-être cela pour retrouver ses esprits, retrouver de bonnes sensations avant la dernière étape dans les Pyrénées, demain. Il faut aussi parler de cette énorme chaleur, qui a sans doute étouffé les possibles ardeurs de certains.Car Chris Froome était encore entouré par Porte, mais aussi Geraint Thomas. Avec sa garde rapprochée, le leader du classement général a vécu une journée tranquille.

Vidéo: La victoire de Majka au terme de la 11e étape

Si la vie de ce peloton maillot jaune "vivotait", derrière, c'était l'hécatombe. Vansummeren (AG2R), Daniele Bennati (Tinkoff-Saxo), qui a chuté et pour lequel on craint une fracture, Dominik Nerz (Bora-Argon 18), Alberto Rui Costa (Lampre) et Ben Gastauer (AG2R) abandonnaient. Cela faisait cinq ans que le Tour de France n'avait pas connu autant d'abandons à ce stade de la course (21 abandons depuis une semaine et demi). 

Nouvelle mauvaise journée pour Pinot et Péraud

Après une journée du 14 juillet plutôt où ils ont été peu en vue, les coureurs français avaient décidé de reprendre des couleurs lors de cette deuxième étape pyrénéenne. L'ascension du col d'Aspin puis du Tourmalet étaient des terrains de chasse pour des hommes courageux. Thomas Voeckler (Europcar), présent dans une échappée, a bien basculé en tête au sommet de la première côte, celle de Loucrup, après 48.5km. Les AG2R Mickaël Cherel, Alexis Vuillermoz s'étaient aussi échappés après, tout comme Thibaut Pinot (FDJ.fr) et Romain Bardet (AG2R). Mais la bonne n'était pas celle-là. Et dans la montée du col d'Aspin, les coureurs tricolores commençaient à déchanter. Romain Bardet, malade après avoir vomi hier, et malgré une poche de glace sur le cou, était lâché, juste au moment où son coéquipier chez AG2R, Johan Vansummeren abandonnait. Dans l'ascension du Tourmalet, c'est Pinot qui craquait à son tour, avant Jean-Christophe Péraud (AG2R), soit les deux hommes du podium sur les Champs-Elysées l'an dernier. Au sommet du Tourmalet, Pinot comptait déjà dix minutes de retard sur Froome. A l'arrivée, c'était 21'44 de déficit.

Vidéo: Les interrogations de Thibaut Pinot

Warren Braguil (Giant-Alpecin) accusait lui-aussi du retour, lui qui avait chuté hier. Mais comme hier, au courage, il s'est accroché pour recoller au groupe maillot jaune. Si Pierre Rolland (Europcar) et Tony Gallopin (Lotto-Soudal) sont restés avec les meilleurs, Barguil a fini par lâcher quelques secondes, pour couper la ligne avec 32" de retard sur le groupe de Froome. Et Bardet a finalement limité les dégâts en prenant la 30e place, à 13'50" du vainqueur.

Vidéo: Barguil toujours là au courage

Mais c'est Thomas Voeckler (Europcar) et Julien Simon (Cofidis) qui ont fini premiers Français, à 3'33 du vainqueur, en 5e et 6e position de l'étape. Une récompense pour l'initiative de début d'étape et pour le courage tout au long du parcours du jour.

Vidéo: La relative satisfaction de Voeckler

Le gagnant: Rafal Majka

​A 25 ans, Rafal Majka est l'un des membres de la garde rapprochée d'Alberto Contador. Maillot de meilleur grimpeur du Tour de France 2014, il est l'un de ceux qui devaient mener l'Espagnol vers les sommets de la Grande Boucle. Au lendemain de la "défaite" cuisante du leader de la formation Tinkoff, il a eu un ticket pour partir. Il l'a bien fait, pour signer sa première victoire cette saison, la première de son équipe sur le Tour de France 2015, sa troisième personnelle sur la Grande Boucle. Un succès dédié à Ivan Basso, son coéquipier contraint de quitter l'équipe lors de la journée de repos pour se faire opérer d'un cancer d'une testicule.

Le nouveau lauréat: Peter Sagan

Il y avait un seul sprint intermédiaire sur les 188km de cette étape. Avec trois points de retard sur André Greipel (Lotto-Soudal), Peter Sagan (Tinkoff) pouvait ambitionner de s'emparer du maillot vert. Au km56.5, il la saisi l'occasion en s'emparant de la deuxième place derrière Trentin (Etixx-Quickstep), alors que l'Allemand finissait à la 9e place. C'était le bon coup, d'autant qu'une cassure dans le peloton juste avant le sprint intermédiaire avait contraint la formation Lotto-Soudal à rouler pour combler l'écart. Ce soir, le Slovaque est donc le nouveau maillot vert. Une très bonne journée pour la formation Tinkoff.

La confirmation: Froome e​t les Sky

Une démonstration de force hier, une démonstration de maîtrise aujourd'hui. Chris Froome et les Sky ont passé une journée sereine. Et le Britannique a même tenté de grignoter quelques secondes sur la ligne d'arrivée, en sprintant. Les hommes de Dave Brailsford n'ont même pas eu à forcer leur talent. A la veille d'une difficile étape, cela peut avoir son importance avant de quitter les Pyrénées.Vidéo

Vidéo: Chris Froome répond au scepticisme

Le perdant chez les cadors: Vincenzo Nibali

Au lendemain d'avoir perdu 4'25" sur Chris Froome, Vincenzo Nibali (Astana) a encore cédé du terrain. Dans l'ascension du Tourmalet, il s'est pourtant montré devant le groupe maillot jaune, faisant même rouler ses troupes un instant. Mais en toute fin d'étape, il a encore craqué. Incapable de hausser le rythme lorsque Bauke Mollema (Trek) est sorti du groupe, le "Requin de Messine" est franchi la ligne d'arrivée avec 6'11" de retard sur le vainqueur. Mais ce n'est pas le déficit le plus grave pour lui. Il a surtout lâché cinquante secondes sur Chris Froome (Sky), Alberto Contador (Tinkoff), Nairo Quintana (Movistar) ou Tejay Van Garderen (BMC). Au classement général, le voilà désormais rejeté du Top 10 par le Néerlandais Mollema, avec 7'47" de retard sur le Britannique. Le leader de la formation Etixx-Quickstep, Rigorto Uran a, pour sa part, été rejeté à 15'54" du vainqueur polonais.

Les perdants chez les Français: Thibaut Pinot et Jean-Christophe Péraud

L'an dernier, ils étaient autour de Vincenzo Nibali sur le podium sur les Champs-Elysées. Comme le Transalpin, cette année, ils souffrent et sont bien loin des meilleurs. Comme hier, Thibaut Pinot est passé à l'attaque. Tôt. Comme hier, il a ensuite craqué. La montée du col d'Aspin lui a été fatale. C'est à ce moment-là qu'il a abandonné sa place dans le peloton maillot jaune. Après sa sa mauvaise semaine dans le Nord, le leader de la FDJ.fr n'a pas retrouvé la forme dans les Pyrénées. Il a terminé dans un groupe très important de 43 coureurs, à 21'44 du vainqueur du jour. Jean-Christophe Péraud (AG2R) était également là.

Vidéo: Le constat lucide de Jean-Christophe Péraud