Sprint massif Gand-Welvegem
Le sprint final de Gand-Welvegem | DIRK WAEM / BELGA / AFP

Qui veut prendre la place de Cavendish ?

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L'abandon précoce de Mark Cavendish dès la première étape du Tour de France a modifié le paysage des sprinteurs. Sans son as, les cartes du sprint sont redistribuées et pour les Français, l'horizon s'est éclairci. A moins que Marcel Kittel ne se mette à tout croquer sur son passage ?

Avec les ligaments de l'épaule droite de Mark Cavendish distendus, c'est toute la palette des vainqueurs potentiels qui s'est étirée. Véritable cannibale avec ses 25 victoires d'étape sur le Tour, le sprinteur britannique était le favori de chaque arrivée au sprint. Depuis 2008, c'était au moins deux victoires chaque année sur la Grande Boucle mais il tournait plutôt avec une moyenne de quatre. Son abandon redistribue donc fortement les cartes du sprint. Plusieurs spécialistes sont toutefois prêts à récupérer le gâteau. On pense notamment à Marcel Kittel, l'homme des débuts de Tour. Vainqueur de la première étape à Harrogate comme il l'avait fait en Corse en 2013, l'Allemand a le profil pour jouer les dominateurs. Héritier du grand Erik Zabel, le coureur de Giant-Shimano n'était pas prédisposé au sprint. Rouleur de grande classe, champion du monde du contre-la-montre juniors (2006) et espoirs (2007), il n'a explosé qu'aux 4 Jours de Dunkerque 2011 (il remporte quatre des cinq étapes de la course, ndlr). Depuis son carton nordiste, il prend de l'ampleur et arrive désormais à maturité. Fan de métal, Kittel allie puissante et vélocité. Sur une arrivée plate, il est logiquement au dessus d'André Greipel et son coéquipier John Degenkolb. L'Allemagne, on y revient toujours quand on parle de puissance. A défaut de retrouver un grand champion capable de gagner un grand Tour, elle dispose d'une incroyable machine à fabriquer des sprinteurs.

Les Bleus dans le coup

Depuis quelques années, une autre nation revient sur un terrain qu'elle avait trop longtemps délaissé : la France. Grâce aux Démare, Bouhanni, Simon et autre Coquard, le sprint tricolore a retrouvé des couleurs et des victoires. Au printemps, Nacer Bouhanni a claqué trois étapes sur le Giro et ramené le maillot rouge à Milan, une première depuis Laurent Jalabert en 1999. Si la FDJ.fr lui a préféré Arnaud Démare, fraîchement champion de France devant son coéquipier, c'est qu'elle a l'embarras du choix. Moins explosif mais plus régulier et endurant, il est le coureur à suivre pour les anciens sprinteurs français. Pourquoi pas au pied de Buckingham Palace, lieu d'arrivée de la 3e étape. "Arnaud est en mesure de gagner une étape dès cette année, il a vraiment les qualités pour ça, assure Jimmy Casper, dernier sprinter français vainqueur sur le Tour (2006). Dans le Tour, il faut avoir les watts pour rouler à 65 à l'heure sur les longues lignes droites, maintenir la vitesse et même accélérer. C'est un type de sprint qui convient mieux à Arnaud (qu'à Bouhanni)." Chez Cofidis et Europcar, on mise respectivement sur le puncheur Julien Simon et l'ancien pistard Bryan Coquard. Moins flamboyants, ils peuvent jouer placés. Mais malgré tout leur talent, les Français auront toujours un handicap structurel. Aucun n'a une équipe dédiée quand Cavendish ou les Allemands ont devant eux un train spécial qui les dépose dans un fauteuil aux 300 derniers mètres. Les sprinteurs tricolores ne peuvent pas en dire autant car leur équipe préfère jouer sur plusieurs tableaux. Au mieux, ils ont trois coéquipiers à leur disposition, ce qui est très insuffisant. Certains s'en sortent en prenant les roues de leurs rivaux mais c'est beaucoup plus aléatoire. Cavendish out, c'est une roue en moins à prendre mais des chances en plus de gagner. C'est déjà pas mal.