Qui fera quoi ? Le casse-tête de la programmation commence pour les équipes

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Vincent Lavenu

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Avec la clarification d'une première partie du calendrier cycliste débute le bal des interrogations. Habituées à préparer un programme spécialisé pour chacun de leurs coureurs avant même le début de saison, les équipes vont sans aucun doute revoir leurs plans. Le report des ambitions de Romain Bardet sur le Tour de France n'est que le premier d'une série de changements de cap. Mais derrière les leaders, c'est bien le sort des sprinteurs et des classicmen qui demeure le plus indécis.

L’officialisation du report du Tour de France 2020 du 29 août au 20 septembre prochain a permis au calendrier cycliste de retrouver un horizon. Dans le même temps championnats nationaux, européens, et mondiaux sont maintenus à leurs dates initiales. Si l’Union cycliste internationale a promis de sauver les deux autres grands tours et les principales classiques, les certitudes restent minces quand il s’agit d’imaginer le calendrier de la saison.

Spéculations et rumeurs

L’UCI a prévu d’organiser la Vuelta après le Giro et c’est à peu près la seule idée concrète. Les rumeurs vont bon train. D’après RMC Sport, ces deux grands tours pourraient être raccourcis, ce qui pourrait libérer des week-ends où caser des monuments. Dans ce cas, les leaders préféreront sans doute affronter le plateau très dense du Tour plutôt que de s’engager sur un grand tour au rabais. Et si la Vuelta et le Giro gardent leur format, long de trois semaines, il n’y aura guère de week-ends pour replacer un Paris-Roubaix, un Liège-Bastogne-Liège ou un Tour des Flandres. 

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Les spéculations vont persister jusqu’à l’annonce d’un calendrier officiel. Le défi pour les instances du cyclisme est énorme. Il faudra sauvegarder l’essentiel de la saison cycliste tout en contentant ASO, RCS, les sponsors et les diffuseurs. Tous sont en attente, mais les équipes, elles, vont déjà entamer les grandes manoeuvres stratégiques en reprogrammant le planning de chacun de leurs coureurs. “Tout ce qui avait été prévu en début d’année 2020 est désormais à jeter aux oubliettes. Dans les prochaines semaines, on aura un gros travail d’élaboration d’un nouveau calendrier”, a annoncé dès mercredi Cédric Vasseur, le manager de la formation Cofidis.

Un embouteillage sur le Tour ?

A peine quelques minutes après l’officialisation des nouvelles dates de la Grande Boucle, Vincent Lavenu, le patron d’AG2R La Mondiale, a confirmé un changement de cap pour son leader Romain Bardet. “[Le Tour] sera l'événement majeur de la saison, le plus grand événement sportif mondial organisé en 2020. Ce sera un moment important et c'est essentiel que Romain [Bardet] soit au départ”, a expliqué Lavenu en conférence vidéo. Initialement prévu sur le Giro, les JO et la Vuelta, le vice-champion du monde 2018 est venu garnir un plateau déjà très dense.

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Il y a des chances que tous les meilleurs grimpeurs du peloton soient sur la ligne de départ à Nice, le 29 août prochain. C’est simple : les hommes forts de l’édition 2019 avaient déjà prévu de remettre le couvert. Certaines équipes comme la Jumbo-Visma n’avaient pas caché leurs ambitions. Avant même le début de l’année 2020, elle avait prévu d’envoyer un trio Roglic-Dumoulin-Kruijswijk sur la Grande Boucle. "Peut-être y aura-t-il le meilleur plateau que le Tour de France n'a jamais eu", anticipe Marc Madiot, invité de Tout le Sport mercredi. Dans un coup de folie, Ineos a la possibilité de décider d’emmener quatre vainqueurs de grand tour en ajoutant Richard Carapaz (et un Chris Froome rétabli) à son duo Bernal-Thomas.

Vers un Giro au rabais

La hausse de la concurrence pourrait pousser les équipes les plus ambitieuses à mettre tous les moyens possibles pour être compétitives au classement général. Le Tour pourrait s’accaparer toute la lumière et toutes les ambitions des grimpeurs, d’autant que la course en ligne des Mondiaux de Martigny, dans les montagnes suisses, est maintenue une semaine après la fin du Tour. Alors qui sera au départ du Giro (prévu en octobre, dans la foulée du Tour) ? Quel leader, aujourd’hui, veut prendre le risque de courir un Giro potentiellement délaissé et raccourci plutôt qu’un Tour de gala ? Il pourrait ressembler à un long championnat national avec Vincenzo Nibali en tête d'affiche et un bal pour les sprinteurs.

La question est moins préoccupante pour la Vuelta. Eusebio Unzue, le patron de la Movistar, s’est réjoui mercredi de la possibilité d’aligner quelques coureurs à la fois sur le Tour et sur la Vuelta, grâce au mois vacant entre les deux, accordé au Giro. Comme l’Espagnol, Vincent Lavenu évoque déjà la possibilité de faire doubler  “1 ou 2 éléments”.

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Au-delà des leaders, c'est le sort des classicmen, voire des sprinteurs, qui suscite les interrogations. L'an dernier, dans un contexte moins à vif, une formation comme la Groupama-FDJ avait déjà décidé d'abandonner son caractère hybride en laissant Arnaud Démare à la maison pour dédier une équipe entière à Thibaut Pinot. Un sprinteur comme Fernando Gaviria (ou Alexander Kristoff) aura-t-il le droit à un train sur le Tour ? Le Team UAE pourrait tout miser sur sa pépite Tadej Pogacar et donc sur le classement général. Cependant, on voit mal des têtes de gondole comme Peter Sagan ou Greg van Avermaet échapper à une participation au Tour de France. Le manque à gagner est trop important pour les sponsors. Mais s'ils participent au Tour, ne vont-ils pas manquer les classiques qui font le sel de leur saison ?

Quid des classicmen et des sprinteurs

Tant qu'un calendrier complet n'est pas officialisé, tous les coureurs attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés. Les formations devront, dans tous les cas, faire des choix, peut-être moins difficiles que le traditionnel dilemme printanier Paris-Nice ou Tirreno. Il y a d'un côté les optimistes. Vincent Lavenu estime avoir un groupe assez dense pour avoir des ambitions sur toutes les courses. De l'autre, les pessimistes. "Face à la proximité des trois grands toursil est inimaginable pour les coureurs d’envisager de doubler. Une structure comme celle de Cofidis doit désigner 8 coureurs pour le Tour, 8 pour la Vuelta et 8 pour le Giro. 24 coureurs sur un effectif de 28, c’est beaucoup. On n’a pas le droit à l’erreur. Nous ne sommes pas à l’abri qu’un coureur soit hors de forme ou blessé dès les courses de reprise", note Cédric Vasseur. 

Les équipes devront relever le difficile défi de satisfaire tous leurs coureurs. Peut-être que l'embouteillage prévu sur le Tour permettra à un lieutenant, à un leader non habituel de briller (comme Carapaz l'an dernier). Peut-être que ce même embouteillage permettra aux déçus du Tour d'avoir une seconde chance sur la Vuelta. Dans tous les cas, le rythme effréné de l'automne poussera chaque formation à mobiliser chacun de ses coureurs. Et ce n'est pas ça qui va déplaire à Marc Madiot : "Moi je veux qu'il y ait des embouteillages ! Je suis prêt à mettre un cierge s'il le faut. Il nous faut beaucoup de courses, beaucoup de coureurs et beaucoup d'équipes au départ des courses. Ça voudra dire qu'on est dans une phase ascendante et tout va pour le mieux".