Chris Froome (Tour de France 2015)
L'attaque de Chris Froome a laissé Nairo Quintana sur place | JEFF PACHOUD / AFP

Pour Chris Froome, peut-on se fier aux données de puissance pour parler de dopage ?

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Après les chiffres du Mont Ventoux en 2013, le compte Youtube Chrono Watts a semble-t-il pu se procurer les chiffres de l’étape du Puerto de San Lorenzo sur la Vuelta 2014. Là où Chris Froome avait du céder face à Alberto Contador. De quoi relativiser la montée ahurissante du Britannique sur le Tour de France 2013 ?

La guerre des chiffres est-elle la prolongation de la lutte antidopage ? L’apparition des « SRM », les fameux capteurs de puissance, et leur développement rendent la vitesse, la cadence de pédalage, la puissance développée et la fréquence cardiaque accessibles. Ou presque. Car pour le moment, les équipes conservent jalousement ces données. On imagine aisément l’utilisation que pourraient faire les coureurs des données de leurs concurrents. Mais ces derniers jours, des pirates ont rendu publiques les données de la fameuse montée du Ventoux par Chris Froome en 2013. Difficile de savoir comment ces chiffres sont sortis. Antoine Vayer, ancien entraîneur Festina et qui s’est spécialisé dans l’étude des performances des cyclistes, parle d’une fuite à l’intérieur de l’équipe. Celui qui se fait appeler "Festina boy" est l'un des plus fervents supporteurs des données de puissances. Selon lui, elles permettent de savoir qui se dope ou non selon une grille très précise et très personnelle.

Ahurissant dans le Ventoux en 2013

Toujours est-il que sur ces images, deux moments sont intéressants. La première attaque de Froome qui sème Alberto Contador et la seconde qui laisse Nairo Quintana sur place. En quelques secondes, la vitesse s’envole, la puissance développée aussi. Le rythme cardiaque lui stagne à un rythme relativement bas entre 155 et 165 pulsations par minute. Et c’est bien ce rythme qui permet aux détracteurs de Froome d’estimer qu’il ne pourrait réaliser ses performances sans aide extérieur (que ce soit un dopage « classique » ou « mécanique »).

La première accélération

La deuxième accélération

Christopher Froome a refusé de répondre à la polémique. C’est une seconde vidéo piratée qui va venir l’aider dans sa quête de crédibilité. Ce mercredi matin, le compte Youtube Chrono Watts a mis en ligne les données chiffrées de l’ascension du Puerto de San Lorenzo par Chris Froome sur la Vuelta 2014.

Les mêmes chiffres en 2014 mais battu par Contador​

Après moins cinq minutes de vidéo, et cinq minutes de train assuré par la Sky, le vainqueur du Tour 2013 se dresse sur les pédales et accélère. En quelques secondes, Froome passe de 19 à 30 km/h et développe jusqu’à 800 watts de puissance. Son rythme cardiaque lui passe de 150 pulsations par minute à 159 au plus fort de l’attaque. Une accélération qui dure 25 secondes. Des chiffres voisins de ceux du Ventoux. Oui mais cette-fois, Alberto Contador est dans la roue. Et l’impression visuelle est favorable à l’Espagnol qui apparaît « facile ». Trois kilomètres plus loin, après avoir sagement attendu dans la roue de son adversaire, Contador, maillot rouge sur le dos, dépose Froome. Le Britannique est alors à « seulement » 16,5 km/h et développe 382 « petits » watts. Son cœur bat à 159. Le même rythme qu’après son attaque de 26 secondes dix minutes plus tôt.

Que veulent dire tous ces chiffres ? Que l’attaque de Froome sur le Mont Ventoux n’était pas si spectaculaire que ça ? Visuellement elle reste impressionnante. Ces chiffres relativisent surtout les arguments de ceux qui avançaient comme preuve indiscutable la première vidéo. Et si Chris Froome avait tout simplement un battement de cœur bien plus lent que la moyenne ? Et si mardi sur les routes de la Pierre Saint-Martin, Froome avait été à son niveau, un niveau exceptionnel mais que ce sont ses adversaires qui étaient bien en-dessous de leur niveau ? Pour Dave Brailsford, Froome "n'a rien fait de surprenant. C'était ses adversaires qui n'étaient pas au niveau". Surtout, aujourd'hui, nous ne disposons que de deux ensembles de données, sur un seul coureur. Il serait passionnant de pouvoir comparer les données de Chris Froome à celles d'Alberto Contador sur la montée du Puerto San Lorenzo. Avec toutes les précautions d'usage sur deux coureurs aux physiques forcément différents.

La transparence passe-t-elle par des données publiques ?

Avec le piratage de ces vidéos, la question qui se pose est la suivante : pour évacuer toute suspicion (ou la confirmer pour les plus tranchés), ne faudrait-il pas rendre systématiquement publiques, les chiffres SRM ? Le passeport biologique de l'Union cycliste internationale va en ce sens en analysant à intervalles réguliers différents marqueurs corporels pour traquer des changements spectaculaires. Peut-on imaginer la même chose avec des données de SRM ? Difficile. Se poserait alors la problématique de l’interprétation de ces données qui n’est pas donnée à tout le monde. On le voit avec Chris Froome puisque certains chiffres, dopage ou pas, sont difficilement explicables sans connaître le profil physiologique du coureur. Le cyclisme a encore de nombreux casse-têtes à résoudre.