Raimbaud Coppel
Jérôme Coppel et son agent Philippe Raimbaud lors des championnats de France 2015 | Mathilde L'Azou

Philippe Raimbaud, un agent très spécial

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On oublie tout de suite les clichés. Philippe Raimbaud n’a pas cinq portables et ne promet pas monts et merveilles à ses coureurs. Ne comptez pas sur lui pour semer la zizanie dans une équipe. De l’autre côté de la barrière pendant plus de 15 ans, de Vendée U à Sojasun en passant par Bonjour, il a tout fait pour protéger ses équipes des agents sportifs. Sauf que maintenant c’est lui qui défend les intérêts personnels des coureurs et démarche les équipes.

Quand il déambule dans le village ou autour des bus des équipes du Tour de France, Philippe Raimbaud ne se cache pas. Pas besoin. Son tempérament posé et discret, sa distance sur les choses, son côté humain tout simplement lui confèrent une place naturelle dans le milieu des agents sportifs cyclistes. Son passé dans de nombreuses équipes françaises et le souvenir qu’il a laissé à défendre les intérêts du cyclisme français sont sa meilleure carte de visite. Quand il a quitté Sojasun en 2013, son histoire avec le vélo allait prendre une autre direction. « Il y avait une chose que j’appréciais dans le vélo, c’est le lien privilégié qu’on entretient avec un sportif de haut niveau pour les accompagner dans leur carrière, de faire qu’ils donnent le maximum de leur possibilité, de les aider psychologiquement ou dans l’organisation de leur vie », raconte Philippe Raimbaud. Agent presque sans le savoir. Il l’est devenu presque par hasard. « Un jour je me ballade sur internet et je tombe sur une annonce d’un examen d’agent sportif. J’ai regardé le programme et j’ai vu que c’était des choses que je connaissais par cœur. En fait, c’était beaucoup plus difficile que je ne le pensais. » Conforté dans son choix par tous ses contacts dans le milieu, Philippe Raimbaud monte l’agence R-Sports conseil et se lance dans l’aventure.

Conseiller en toute indépendance

Au cœur du projet, l’épanouissement du coureur sous toutes ses formes. Car de toutes ses années au sein de différentes équipes professionnelles, il a compris que le sportif a parfois besoin d’une personne extérieure pour le guider et l’aider à s’élever. Dans une relation employé-employeur, « les dés sont forcément un peu pipés. » Oreille attentive, Philippe Raimbaud est là pour conseiller en toute indépendance. « Pour certaines questions, c’est difficile de savoir vers qui se tourner, explique-t-il. Il y a de la place pour une expertise indépendante. De la place pour quelqu’un à qui on peut tout dire avec la certitude que ça ne sortira pas. Et de la place pour trouver des solutions et mettre en place des stratégies de progression. » Le questionnement est donc permanent. Au-delà des performances, il y a toujours la réflexion sur ce qui est fait, pourquoi et comment faire mieux. Si l’agent fait comme tous ses confrères son travail de prospection et démarchage, ce n’est pas non plus la foire aux bestiaux. « Le marché est un mot horrible. On oublie qu’on parle de sportifs de haut niveau et donc d’êtres humains » Le secret de Raimbaud, c’est la confiance réciproque. « Ils savent que j’ai un certain nombre de valeurs, de réflexions éthiques. Je veux qu’il y ait une adhésion sinon ça ne fonctionne pas. Si je ne sens pas qu’on va avoir une relation fructueuse, ce n’est pas la peine de mettre en place. »

Le mercato s'agite sur le Tour

Le 1er août, le mercato du cyclisme professionnel sera ouvert. Un grand jeu de chaises musicales se prépare entre les coureurs des grandes équipes, qu’elles soient Pro Tour ou sur le circuit Continental. Comme dans tous les sports, les tractations commencent avant. Sur le Tour de France, beaucoup de choses sont déjà jouées. D’autres naissent. « Sur le Tour, toutes les grandes équipes et les grands coureurs sont là. Et c’est la période où tout le monde se dit est-ce que mon contrat va être renouvelé ou avec quel coureur je vais me renforcer. Ça s’agite en coulisses. Officiellement c’est le 1er août mais tout le monde est déjà prêt. » Sous contrat avec de nombreux grands cyclistes français comme Jérôme Coppel, son coureur « historique », Philippe Raimbaud a noué plusieurs contacts depuis début juillet. Alors que lui se méfait des agents comme de la peste, il reçoit un bon accueil de ses anciens collègues. « Il est bon de manière générale. Il y a des patrons d’équipe qui se souviennent que je sais de quoi ils parlent, indique Raimbaud qui représente une vingtaine de coureurs français et étrangers. J’ai connu leurs problèmes. Je les trouve très ouverts et transparents. Je suis même parfois surpris de leur franchise. Je mets ça sur le compte du fait qu’on a bossé ensemble. Ils me font confiance. »

A la recherche du nouveau Pinot

On est loin du monde du football où les agents dictent parfois leur loi et font perdre la tête aux joueurs. Dans le cyclisme, seules le stars disposent de contrats mirobolants. Pour les coureurs moyens, le salaire oscille entre 60.000 et 80.000 euros par an. Pas vraiment de poule aux œufs d’or pour l’agent qui gagne environ 5% du salaire de son coureur. Sauf à dénicher la perle rare. Raimbaud prévient ses protégés contre la folie des grandeurs : « Si tu veux gagner de l’argent tu perdras des courses. Si tu veux gagner des courses, tu gagneras de l’argent. » La base, c’est de devenir un champion et le reste suivra. « Le coureur qui a dix ans de carrière derrière lui, l’argent a une importance car sa carrière est faite. Il cherche à la rentabiliser. Pour un jeune prometteur, l’important c’est d’abord qu’il devienne un champion. » La tendance actuelle dans les équipes, c’est de faire signer un grand leader. D’où une forte augmentation des salaires de ces derniers. « Sinon, tout le monde rêve de découvrir le nouveau Thibaut Pinot ou le nouveau Romain Bardet, ajoute Raimbaud. Il y a une excitation sur les jeunes coureurs. » En revanche, ce sont les bons équipiers qui en payent les conséquences. Moins de place et d’argent dans les équipes où signent les stars actuelles ou en devenir. Un bon Tour de France peut-il donner plus de valeur à un coureur ? Ça peut aider mais ce n’est pas automatique. « Un coureur qui va devenir champion de France ou un qui va gagner deux étapes et remporter le maillot à pois rouges ça change la donne. Mais paradoxalement, ça ne change pas forcément l’image qu’on les managers de ce coureur. C’est une alchimie spéciale. » En charge de jeunes pépites comme Guillaume Martin ou Quentin Pacher, Philippe Raimbaud a tout le temps pour façonner leur image et en faire des champions.